‹ Christophe ColombChapitre 17 sur 34 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Pie IX rentrait de Gaëte. Le grand pape qui, le premier, avait franchi les espaces de l'Océan, à peine rétabli dans sa ville de Rome, tourna les yeux vers celte France qui avait eu la gloire de l'y ramener et lui donna mission de réparer une longue injustice en arrachant aux plumes protestantes et impies leur proie et, après l'avoir lavée des souillures accumulées à plaisir sur cette figure par l'esprit d'erreur, rendre à la noble physionomie du navigateur chrétien à qui nous devons la seconde moitié du globe le rang qui lui appartient dans les annales de l'Église et du monde.

< Ainsi, dit M. Léon Bloy, comme la fdle aînée de l'Église avait égaré l'opinion et donné le nom d'un plagiaire au continent découvert par l'envoyé de Dieu, ce fut elle-même que le chef de l'Église chargea de réparer, autant que possible, cette injustice, en publiant dans sa langue la vie de ce sublime apôtre. »

Pour accomplir celte œuvre, Pie IX s'adressa au catholique dont un livre déjà célèbre, la Croix dans les deux mondes, avait dirigé le choix de l'auguste pontife.

Le comte Roselly de Lorgnes, chargé par le chef de la chrétienté de révéler enfin au monde le grand révélateur du monde nouveau , descend d'une des plus anciennes familles d'Italie , amenée en France par René d'Anjou et dès lors fixée en Provence.

Fidèle aux traditions de sa race, l'historien de Colomb se mit à l'œuvre avec la loyauté du gentilhomme et l'ardeur du chrétien. Cette œuvre dépassa les espérances du pape. Quant à son succès, il ne sert de rien de le prouver par la multiplicité de ses éditions, de ses traductions et de ses contrefaçons; il suffit d'écouter les sifflements de rage qu'elle suscita parmi les serpents acharnés à mordre ce granit invincible.

Mais, dit la Civiltà cattolica, « la chose qui, par-dessus toute autre, ressort du livre de M. le comte Roselly de Lorgnes, histoire si véridique, si appuyée, est le caractère de sainteté de Colomb, caractère qui resplendit dans toute la trame de sa vie et le ceint d'une auréole d'apostolat chrétien. L'auteur a mis en pleine évidence le héros. Sous l'éclat d'incontestables vérités , il le montre un homme de Dieu, enflammé d'amour pour la bonté du Verbe créateur et rédempteur, un infatigable propagateur du nom et de la charité de Jésus -Christ, un admirable précurseur de saint Ignace de Loyola. »

« En fait , s'écriait de son côté le célèbre Père Ventura , Christophe Colomb fut un véritable saint. »

De là à poursuivre l'introduction de la cause de béatification et canonisation du grand héros de l'Évangile, il n'y avait qu'un pas.

L'archevêque de Bordeaux, qui compte dans son ressort métropolitain les évêchés des Antilles françaises, en prit l'initiative.

Dans sa lettre à Pie IX, le cardinal Donnet attestait la disposition des esprits, leur pieuse attente; rappelait les vertus héroïques du messager de la croix, et motivait solidement les raisons d'admettre la cause par « voie exceptionnelle » .

Marseille fit écho à Bordeaux , et l'épiscopat commença dès lors cette série d'adhésions des pontifes du monde entier, qui atteint, à l'heure où nous écrivons, le chiffre de 947. Quelle imposante manifestation que ces mille signatures émanant des cardinaux, partriarches, archevêques et évêques du monde entier!

Le grand aspect de cette cause a été précisé admirablement par l'évêque d'Orléans. Répondant au vœu du cardinal -archevêque de Bordeaux, M^"" Dupanloup l'écrivait en 1866 :

« Nous ne devons pas laisser l'impiété dénaturer les grands événements, et travestir les grands hommes qui appartiennent à l'Église. Le présent inattendu du nouveau monde a l'ancien monde est l'événement le plus inattendu de l'histoire. Et c'est pour la conquête des âmes, par une inspiration de foi, avec l'encouragement de l'Église , et d'elle seule , que l'admirable Génois a entrepris, poursuivi et accompli sa découverte. Oui, il serait bien beau que ce nouveau monde, si peuplé, si actif, si fier, appelé à de si surprenantes destinées , eût pour premier ancêtre un saint. 11 serait bien beau que les navigateurs de toutes les mers eussent pour modèle et pour patron un saint. Et il est déjà très beau qu'un prince de l'Église affirme cette conviction , revendique cette gloire et propose cette cause. »

Les évêques de l'univers entier, réunis en concile œcuménique au Vatican, furent dès lors suppliés par le postulateur de cette cause, le comte Roselly de Lorgues, de signer un posiulalum , suppliant le souverain Pontife de daigner autoriser l'introduction de ce grand procès, avec les dispenses nécessaires.

Le postulatwn se couvrit de signatures.

La guerre, les malheurs de la France, les épreuves de l'Eglise et de la papauté, ont mis un temps d'arrêt à cette initiative. Mais le postulateur désigné par Pie IX n'a cessé d'espérer. Dieu accordera à sa verte vieillesse la suprême récompense qu'il ambitionne en ce monde, et il ne mourra pas, nous le demandons avec ses nombreux amis et admirateurs, sans avoir vu s'accomplir le vœu de son grand cœur!

Nous croyons répondre au vœu de nos lecteurs en entrant, avant de clore ce volume , dans quelques détails sur l'historique de cette glorification posthume du grand héros chrétien, dont on vient de lire l'admirable et sainte vie.

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