‹ Christophe ColombChapitre 18 sur 34 · RÉCIT — DOCUMENTS — ESPÉRANCES · texte numérisé non relu

RÉCIT — DOCUMENTS — ESPÉRANCES

Christophe Colomb est, vis-à-vis de l'Église, dans la position expectante d'un bienheureux avant sa canonisation.

Cette constatation , si nettement formulée par le comte Roselly de Lorgnes, est l'expression exacte de la vérité.

Nous avons demandé à l'éminent historien du grand amiral de nous autoriser à lui emprunter le récit de ses doctes et pieux efforts en vue de la glorification du héros des deux mondes. Avec une bonne grâce parfaite , le zélé postulateur de cette cause nous a octroyé une permission dont nos lecteurs lui seront aussi reconnaissants que l'auteur'.

Choisi de Dieu pour révéler à l'humanité l'ensemble de la création terrestre, Christophe Colomb ne reçut en récompense de ses héroïques travaux que des calomnies, des fers, des outrages, la misère et l'oubli. Espérant prévenir l'indignation publique et lui dérober l'aspect de cette

* Nous devons aussi l'expression de notre gratitude aux bienveillants éditeurs-propriétaires du livre d'où sont tirées les pages que l'on va lire, MM. Pion, Nourrit et G'", rue Garancière, 8, à Paris, chez qui nos lecteurs trouveront le volume précieux qui achèvera de les édifier sur les efforts de l'ennemi du salut des hommes contre la vaillance religieuse du héros chrétien.

ingralilude, la cour d'Espagne, après avoir diffamé l'homme à qui elle devait sa splendeur, fit le silence sur sa tombe, et s'efforça d'abolir sa mémoire.

Celte machination de cour parvint, en effet, à tromper l'opinion sur le véritable auteur de la découverte. On attribua au Florentin Amerigo Vespucci l'œuvre de Christophe Colomb; et malheureusement la France, sans le vouloir, contribua la première à donner le nom d'Amérique au continent qu'avait pressenti le révélateur du globe. Mais tandis que le prétendu génie d'Améric était partout préconisé en Europe , et qu'à Florence la maison oîi il naquit, devenue l'objet d'un patriotique respect, se parait d'une inscription gravée en or dans le marbre, lui attribuant la découverte du nouveau monde; tandis que Gênes elle-même, dupe de ces assertions et trop oublieuse de sa propre gloire, exaltait celle d'Améric, la métropole du catholicisme résistait à l'entraînement général de l'opinion. Rome ne donna pas d'abord le nom d'Amérique aux régions découvertes par l'envoyé de la Providence. Imposant au nouveau continent le nom de la cause pour laquelle il fut deviné, cherché et trouvé, logiquement elle l'appela Terre de la Sainte-Croix'.

Si, par ordre supérieur, fidèles à la consigne du silence, les poètes castillans se lurent sur Christophe Colomb , les poètes romains ne firent point défaut à sa gloire. Seule, en Europe, la pourpre romaine semblait rougir de l'ingratitude générale, et tenter de la réparer. Les Éminenlissimes cardinaux: Ascanio Sforza, Bernardin Carvajal, Bembo, Luiz d'Aragon, Alexandre Farnèse, Benoît Pamphili, Pallavicino , Augustin Valerio, Gabriel Paleolto, furent les patrons des poètes qui célébraient le messager de la' bonne nouvelle. Le sacré collège, presque entier, invita le noble Giulio Cesare Stella à écrire en vers l'œuvre de la découverte.

Alors que déjà personne en Espagne ne se souvenait plus de Colomb, Rome solennisait sa grandeur. Et par l'admiration de la Ville éternelle l'ambassadeur de Gênes apprenait là que I'Ambassadeur de Dieu aux nations inconnues avait été son compatriote. Instruit du but de ses travaux, sachant ses vertus, ses épreuves, sa vie de prophète, d'apôtre et de martyr, Uberto Foglieta ne craignit pas d'imprimer sous les yeux du pape, cette hardie et précise affirmation, que «jamais dans l'Église chrétienne nul ne lui fut comparable en mérite». Sa conscience se soulevait, sa pieuse indignation fulminait à l'aspect de l'insouciance des

' Dans la célèbre édition de la Géographie de Ptolémée, faite à Rome chez Evangelista Tosino, le nouveau continent était nommé : Terra sanclx Cruels sive Mundus novus.

Génois, qui, tant de fois prodigues de statues pour des causes vulgaires, n'avaient pas encore érigé une pierre à ce héros, éternel honneur de la Ligurie. Ce patriotique appel à la justice de ses concitoyens n'eut pas d'écho hors de Rome, et resta sans effet. Inutilement le livre intitulé Clarorum Ligurum elogia obtint-il un retentissement prolongé; le doge fit le sourd. La sérénissime république ne daigna voter ni monument, ni statue, ni inscription à celui de ses enfants qui éclipse toute splendeur.

Ensuite le cours du temps, les événements survenus, les préoccupations nouvelles laissèrent, en Italie comme ailleurs, assoupi durant près de trois cents ans le souvenir de Christophe Colomb.

Cependant çà et là, par longs intervalles, s'élevait quelque voix prononçant le nom du grand navigateur, admirant les résultats de ses travaux, sans se douter du caractère providentiel qui les distingue. Sous Napoléon I", à la suite des étranges assertions du Piémontais Galeani Napione, qui faisait naître Christophe Colomb au château de Cuccaro, dans le Montferrat, d'oiseuses discussions s'élevèrent à Turin, à Florence , à Gênes et à Savone sur cette fantaisie , qu'appuyait un vain luxe d'érudition locale.

Après la chute de l'empire , dès les premiers jours de la restauration, ces débats recommencèrent avec autant d'activité que d'aigreur. On pubha des lettres, des notes, des pamphlets, des protestations. On imprima, on invectiva, on brochura, dans tous les formats et à tous les prix, sans se convaincre jamais; et l'on ne fut d'accord que pour méconnaître et rapetisser la grandeur de celui dont on revendiquait la gloire. Le public religieux assistait, complètement indifférent, à ces controverses d'académie comme à ces prétentions de clocher. Le clergé ignorait encore quelle avait été la mission de Christophe Colomb, ainsi que le but de ses aspirations premières et le dernier terme de ses efforts.

Durant ces erreurs passionnées, ces infécondes discussions, le nom de I'Ambassadeur de Dieu ne se lisait nulle part dans les cités du nouveau monde. De la terre de Labrador au cap Horn, on y eût vainement cherché un monument, une statue, ou même une simple inscription à sa gloire. Toutefois cette coupable indifférence des Américains était moins fâcheuse et moins contraire à la vérité que la fausse érudition de certains académiciens d'Italie. Les écrits de Napione, de Cancellieri, de Priocca, du père Spotorno, de Felice Isnardi, de Belloro, aveuglément suivis d'Angelo Sanguinetti, etc., multipliaient en Ligurie des imputations calomnieuses contre le serviteur de Dieu. Les compa-

triotes de Christophe Colomb devenaient ses plus opiniâtres diffamateurs, tout en prétendant rehausser par sa grandeur celle de Gênes, son berceau.

Pendant que retentissait encore ce concert de dépréciations, la première affirmation du rôle providentiel de l'apôtre du Verbe parut dans notre livre : la Croix clans les deux mondes. Les traductions et les réimpressions de cet ouvrage, les imitations, les plagiats dont il fut l'objet contribuèrent à vulgariser promptement en Europe et en Amérique le caractère évangélique de Christophe Colomb. « Effectivement, dit M. le baron Van Brocken, à partir de la publication de cet ouvrage, on ne cesse plus de s'occuper de Christophe Colomb. Les faits l'établissent, et les dates le prouvent péremptoirement.

« En 1844, la Croix dans les deux mondes est éditée à Paris. Un véritable empressement accueille son apparition. Aussitôt le livre est reproduit à Bruxelles. On le transporte en langue étrangère. On s'en occupe en Amérique. Il est successivement traduit à Naples et à Milan. Le l'oi Charles-Albert, qui connaissait déjà des écrits du même auteur, parcourut avec intérêt sa nouvelle production. Après cette lecture, plein d'admiration et de respect pour la mémoire de Christophe Colomb , étonné de l'insouciance des Génois, le généreux monarque résolut d'ordonner une allocation pour ériger à ce héros chrétien un monument dans sa ville natale '. »

Quelques années plus tard, s'asseyait sur la chaire de saint Pierre le premier pape qui eût traversé l'Atlantique, parcouru les régions méridionales du nouveau continent, contemplé le Grand Océan, approché des flots que congèle le pôle antarctique, et franchi dans sa longueur le plus vaste espace des mers. Il semble que, par cette expérience personnelle des hommes, des climats et des productions du nouveau monde, le Christ avait préparé son futur vicaire à une compréhension plus complète de l'œuvre divine, et à une plus profonde connaissance de l'humanité qu'il devait gouverner un jour, au milieu d'émouvants périls et d'inextricables complications.

* Van BnocKENj Des Vicissitudes posthumes de Christophe Colomb, p. H et 12; in-S". Leipzig', 1865.

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Aussi, à peine remis des agitations révolutioiinaires , Pie IX, peu après son retour de Gaëte, ordonna-t-il cjne l'histoire du navigateur chrétien à qui nous devons l'Amérique, jusqu'ici exclusivement racontée par des plumes protestantes, fût enfin écrite dans son intégrité par uii catholique, et présentée sous son aspect véritable.

Comme la fille aînée de l'Église avait égaré l'opinion, et donné le nom d'un plagiaire au continent découvert par l'envoyé de Dieu, ce fut elle-même que le chef de l'Église chargea de réparer, autant que possible, cette injustice, en publiant dans sa langue la vie de ce sublime apôtre. Le saint-père choisit, pour cette œuvre, le plus ancien des écrivains catholiques français. Il ne la confia pas à un burin sacerdotal, parce que cette biographie n'est pas purement historique ou religieuse, mais qu'elle comporte des appréciations très diverses, touche à des intérêts multiples, et concerne le monde entier, sans acception de croyances et de gouvernements.

Sa Sainteté ne se borna pas à nous encourager de vive voix. Lors de notre retour en France, elle daigna nous adresser une lettre latine, dans le même but '.

Plus tard, notre travail étant fort avancé, nous retournions à Rome; et nous étions obhgé d'avouer, à la honte de la librairie catholique de Paris, que, malgré la protection du bref pontifical, aucun éditeur dit religieux ne voulait entreprendre notre publication. Alors, par une de ces généreuses spontanéités qui sont caractéristiques de sa noble nature, Pie IX daigna nous indiquer le moyen de faire paraître l'ouvrage dans les meilleures conditions.

Subitement , les échos du Vatican parurent avoir réveillé l'intérêt que prirent autrefois à la renommée de Christophe Colomb les hauts dignitaires de la ville éternelle. Le sacré collège, les ambassadeurs, les princes, les auditeurs de rote, les généraux des ordres religieux, les principaux membres de la prélature manifestèrent d'unanimes sympathies pour cette publication. Son annonce fut comme un événement dans la société romaine. Un ancien ministre de la justice et des cultes, longtemps président de la Chambre des députés, l'illustre M. Sauzet, témoin de cette impression, la transmit à Son Éminence le cardinalarchevêque de Lyon.

Quoique la perfection littéraire de cette improvisation de plume, tracée à l'instant même de notre départ, méritât tous les honneurs de

* Bref du 10 décembre 1851.

la publicité, nous en avons jusqu'à présent humblement joui seul, en égoïste. Mais cette lettre, dont nous obtînmes copie, est relativement à la question présente un suffrage trop précieux et une attestation trop importante pour que la modestie ait le droit de la retenir plus longtemps dans nos archives, surtout à l'heure où la routine et l'ignorance se liguent étroitement contre le serviteur de Dieu. Voici donc le texte entier de cette missive :

Rome, le 3 février 1854.

« Monseigneur ,

« Cette lettre sera remise à Votre Éminence par M. le comte Roselly de Lorgnes. Je n'ai pas la prétention de recommander à un pontife aussi éclairé l'auteur du Christ devant le siècle, et de tant d'autres écrits, chers à la foi et honorés par les lettres; j'ai désiré seulement lui faciliter l'honneur de votre connaissance personnelle. Votre Éminence sait déjà aussi bien que moi la courageuse initiative prise par M. Roselly de Lorgnes dans les jours difficiles, et les services rendus à la religion et à l'instruction primaire, dont l'inséparable avenir plane sur les destinées de nos temps orageux comme la suprême espérance de salut.

« Le comte Roselly de Lorgues va mettre le comble à ses honorables travaux, en glorifiant par un magnifique ouvrage l'un des plus grands noms des temps modernes, celui du révélateur du nouveau monde. On dirait que cette grande figure a besoin d'être révélée à son tour, et que le destin jaloux qui poursuivit sa noble vie s'est acharné à projeter son ombre jusque sur sa tombe. Sa mémoire a été presque abandonnée aux écrivains protestants, qui ont défiguré sa vie. On sait que la sainteté égala son génie. Et celui qui depuis les apôtres a le plus propagé le nom du Christ, manque encore d'historien catholique. Il fallait rendre à la gloire de la foi celui qui donna un monde à son empire.

« M. de Lorgues a entrepris celte noble lâche, et il est digne de l'achever. L'empressement universel ne peut manquer à une telle œuvre, car elle importe à l'honneur des deux mondes; aussi a-t-elle excité dans la métropole catholique de tous deux la plus vive et la plus auguste sollicitude.

« M. de Lorgues emporte avec lui les témoignages les plus flatteurs du bienveillant concours dont le saint-père et le sacré collège se sont empressés d'honorer d'avance un monument qui honorera lui-même

notre époque. L'Italie, qui donna le jour à Colomb; l'Espagne, qui lui ouvrit sa gloire, ne pouvaient faillir à son histoire. La France, qui prit une part si grande aux nobles fruits de sa découverte, ne saurait rester en arrière. Et il appartient à l'illustre primat des Gaules de lui donner le signal, en consacrant par sa pieuse approbation l'éclat de tant d'illustres suffrages.

« Je félicite d'avance l'auteur de l'appui que lui donnera, sans doute, une si haute bienveillance. Je m'en félicite moi-même; et j'ose aussi en féliciter Votre Éminence, en la priant de permettre que je saisisse cette occasion pour lui renouveler l'hommage de la plus profonde vénération et du respectueux dévouement avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

« Monseigneur ,

« De Votre Eminence , « Le très humble et très obéissant serviteur, « P. Sauzet. »

La protection accordée par l'immortel Pie IX à la mémoire si longtemps oubliée de Christophe Colomb parut l'avoir ravivée soudain dans les deux mondes.

Quelques semaines plus tard, pendant qu'en Amérique des inscriptions, des statues colossales, des monuments allaient s''élever en son honneur, Gênes célébrait l'inauguration de la voie ferrée qui relie désormais la Cité de marbre à la capitale du Piémont; et le vénérable métropolitain de la Ligurie, Mgr Andréa Charvaz, devant l'autel en plein air où il venait de célébrer la messe, en présence de la famille royale, entourée d'une foule accourue de tous les points des États sardes, proclamait solennellement les vertus chrétiennes du héros génois. Le surlendemain, nous avions nous -même l'honneur d'expliquer au roi la mission providentielle de Christophe Colomb et son rôle évangélique. Victor- Emmanuel II, après nous avoir, avec une noble curiosité, adressé les questions les plus imprévues, nous engagea fort gracieusement à presser la publication de notre œuvre.

Le 11 du mois suivant, la France, par le généreux exemple de S. A. R. Mgr le duc de Montpensier, rappelait à l'Espagne ses devoirs envers son bienfaiteur Christophe Colomb. L'admirable reine Marie- Amélie, l'infante doiia Maria Luiza Fernanda et Mgr le duc de Montpensier arrivaient comme en pèlerinage à la Rabida, cet agreste mona-

stère où l'homme de la Providence avait trouvé son premier asile, son meilleur ami et les plus sûrs moyens d'entreprendre sa découverte. Dès lors la munificence du prince sauvait d'une complète destruction cette demeure de la piété qui abrita le génie, et servit à le confirmer dans son projet apostolique.

De proche en proche l'attention publique se préoccupait chaque jour davantage de Christophe Colomb.

Pour répondre à l'auguste confiance du chef de l'Église, la vie de Christophe Colomb a été rédigée avec un soin religieux, tous les faitsétant puisés à des sources authentiques, tirés de documents originaux, exposés sincèrement dans leur intégrité , suivant leur enchaînement naturel. L'écrivain s'est constamment effacé dans ce travail, et jamais l'historien ne s'y est substitué à l'histoire. Depuis dix-huit ans cette œuvre, reproduite en diverses langues, a été passée au crible de la critique européenne. Elle a suscité d'acrimonieuses attaques, valu d'impuissantes railleries à son auteur, sans qu'aucune de ses assertions ail pu être ébranlée. Les protestants de Londres, d'Edimbourg, d'Allemagne, de Suisse, des États-Unis, les incrédules d'Italie et de Belgique, les francs-maçons, les négateurs du surnaturel n'ont trouvé à lui opposer que des sarcasmes et des turlupinades. Généralement la presse française s'est plu à reconnaître l'importance de ses réfutations, de ses éclaircissements et de ses redressements historiques.

Cet ouvrage a mérité le suffrage du premier ecclésiastique français qui ait pressenti la sainteté de Christophe Colomb, et plus tard S. G. Mgr Dubreil, archevêque d'Avignon, avait la bonté de nous écrire :

« J'ai relu, avec plus d'intérêt encore que la première fois, ces belles pages où se retrouve la vie de Colomb, si vraie, si saisissante, parce que vous avez su comprendre que rien ne doit ressembler davantage à la manière dont se produisent les grands événements , que celle de les dire; et que, pour les raconter dignement à la postérité, il faut puiser son inspiration à la source même d'où ils sont sortis.

« C'est le souffle chrétien qui à donné des ailes au génie de Colomb, qui l'a poussé h ses merveilleuses découvertes ; c'est le même souffle

qui a guidé votre plume et vous a fait écrire votre livre, qui est une découverte aussi. Vous êtes descendu dans cette âme, ou plutôt vous vous êtes élevé jusqu'à elle; et le premier vous avez su y voir ce que les historiens vos prédécesseurs avaient ignoré : que la supériorité de Colomb, que le secret de sa grandeur, c'est sa foi. Le premier vous avez montré que c'est parce qu'il fut religieux plus encore que son temps, parce qu'il fut un chrétien enthousiaste, qu'il devint navigateur sublime, qu'il fut un grand homme parce qu'il était un saint. »

Malgré notre répugnance à entretenir nos lecteurs de ce qui nous est personnel, un intérêt supérieur nous y oblige aujourd'hui; et nous ne craindrons pas de rappeler ici l'opinion de la presse sur cette restitution historique, afin de maintenir solidement le caractère d'autorité qui lui appartient. Il importe de bien établir, aux yeux de tous, à quel degré de considération elle s'est élevée dans l'estime publique. Nous le devons d'autant plus, que notre ouvrage renferme les premiers éléments de la cause de béatification dont il va s'agir; c'est pourquoi tout récemment il vient d'être l'objet d'attaques téméraires, de la part d'écrivains qui n'admettent pas le surnaturel.

Pendant que se propageait ce sentiment de vénération à l'égard de l'incomparable disciple du Christ, le chef de l'Église éprouvait aussi le besoin de rendre hommage à son zèle et à sa piété. Le moment était solennel. Pour la première fois depuis trois cent soixante-dix ans, la papauté allait rompre le silence qu'elle gardait sur cet envoyé de Dieu. Il semble que le saint-siège attendait que l'erreur publique fût dissipée , l'opinion rectifiée pour ne pas trop l'étonner en rendant, prématurément justice au chrétien que le monde avait méconnu jusqu'à nos jours.

Si, par une réserve facile à comprendre, nous avons pendant plus de dix ans conservé pour nous seul cette attestation auguste, aujourd'hui l'intérêt du cathohcisme commande à notre humilité de ne plus la tenir secrète. Sa publicité devient nécessaire, et, sans hésiter, nous saurons sacrifier notre goût et nos habitudes à l'accomplissement d'un devoir religieux.

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