‹ Christophe Colomb devant les taureauxChapitre 12 sur 16 · V. Pte de los rtos del P^r Al^^^ D. CRISTOVAL COLON des · texte numérisé non relu

V. Pte de los rtos del P^r Al^^^ D. CRISTOVAL COLON des

* Procès-verbal de la découverte opérée, le 10 septembre 1877, dans la cathédrale de Saint-Domingue, signé des trois notaires : Pedro Polanco, Mariano Montolio y Rios et Leonardo Delmonte y Aponte.

ce qui siicnitie : Dernière partie des restes du Premier Amiral Don Christophe Colomb, découvreur.

« A l'exception d'un petit nombre d'os passablement conservés, tout était en poussière. Ce dut être une étrange émotion. Pour une âme un peu profonde, les restes d'un inconnu sont déjà singulièrement suggestifs de mélancolie, quand on les voit très anciens , émiettés aux angles des siècles et que toute forme s'étant abolie, la simagrée terrible du squelette, elle-même, a disparu.

« Qu'est-ce donc quand on connaît le passé de cette cendre, que ce passé est très grand et que cette balayure de l'éternité à un Nom que l'habitude de le prononcer a fini par rendre magique comme une formule évocatoire r

« Ces détritus de l'arbre pensant qui doit reverdir un jour retiennent, malgré tout, une si étonnante empreinte de la Vie, ils profèrent, à leur manière, une si formidable affirmation de leur essence, qu'on n'a jamais pu s'empêcher d'écrire sur les sépulcres des paroles d'immortalité. Humbles ou fastueuses, ces inscriptions veulent toujours dire que le dé-

cédé a été ceci ou cela plus qu'autre chose, qu'il est nécessaire que l'Infini le sache et s'en contente, et que c'est sur cette sentence lapidaire des hommes qu'il faut absolument que Dieu le rejuge à son tour.

« Mais, si les hommes jugent comme ils veulent, Dieu seul juge comme il peut et nul ne sait exactement ce que Dieu peut î...

« La relation d'un pareil .événement était nécessaire . Les chrétiens qui croient avec feri^eté au Dieu vivant et à sa Providence, ont généralement regardé ce fait comme une sanction divine du magnanime projet de Béatification conçu par Pie IX et que la mort a empêché ce grand pape de réaliser.

«Là certitude du lieu de sépulture del'xXmiral et l'authenticité de ses Reliques font disparaître une des objections les plus graves à l'introduction de sa Cause devant la Sacrée Congrégation des Rites. En même temps, cette découverte de la tombe inconnue du plus grand des hommes éclaire un peu plus, au profit de l'histoire, le rôle exceptionnellement sacrifié de ce Postulant toujours malheureux, qui ne paraissait pas avoir obtenu même une sépulture selon son cœur et qui vient à peine

de commencer aulhcnliquemenl le ftoriciat de son propre tombeau'. »

On vient de lire que l'Académie royale d'histoire de Madrid fut charj^^ée par le gouvernement espagnol de donner son avis sur révénement de Saint-Domingue et d'éclairer, de tous les flambeaux de sa critique, un simple fait, parfaitement lumineux en soi, qui crevait les yeux à tout le monde et qui n'avait nul besoin d'optique ni de lampadaires.

Un copiste quelconque, un écrivain public idoine à rédiger un tendre aveu pour une cuisinière de son quartier ou une pétition de secours pr>ur quelque savetier indigent, aurait merveilleusement accompli cette besogne, puisqu'il suftisait de transcrire, en une écriture discernable, les authentiques procès-verbaux de Saint-Domingue et le rapport détaille du commissaire officiel envoyé sur les lieux par le gr»uvcrneur de Cuba, d'après les instructions du cabinet espagnol.

Il est vrai que ce rapport qui concluait loyalement à la réalité de la découverte, avait été jeté au panier, en même temps que le con-

' Léon Bloy. — Lt Révélateur du Globe. II' partie, chapitre XI. Paris, 1884.

sul d'Espagne recevait brutalement l'avis de sa destitution pour sa peine d'avoir écrit une relation fidèle de ce qui s'était passé sous ses yeux.

Le ministre n'entendait pas que ce qui était avéré fût officiellement admis et cela rendait la tâche malaisée pour des académiciens qui en sont encore à Al. de \'oltaire et. par conséquent, ont remplacé la crainte de Dieu, qui n'est, après tout, que le septième Don de TEsprit-Saint, par la crainte du Gouvernement qui est le commencement des honneurs et des gratifications.

D'autre part, il fallait se donner l'air d'avoir quelque chose à dire qui ne fût pas d'une effronterie et d'une stupidité à faire bramer les montagnes. Enfin et surtout, il s'agissait d'être patriotes, c'est-à-dire de combiner l'outrage traditionnel à la mémoire du Révélateur avec les protestations d'une délicatesse infinie sur le point d'honneur de la sépulture de Colomb.

L'Espagne, sans doute, se réserve le droit de juger historiquement un aventurier dont elle a trop généreusement payé les faibles services en l'accablant de douceurs et de consolations pendant sa vie, mais aujourd'hui

qu'il est mort, elle se ferait manger les intestins avant d'avouer qu'elle a pu ne pas entourer sa tombe du respect le plus silencieux et le plus profond.

Subsidiairement, il apparaissait comme indispensable, à ces piliers d'institut, de traîner dans le ruisseau de leurs esprits le pauvre comte Roselly de Lorgues qui avait eu l'audace d'écrire en français une histoire magnifique et définitive de ce Héros assassiné dont ils sont les corbeaux jaloux et qui s'était, en outre, avisé de le proposer à la vénération de l'Eglise.

Tout cela, il faut en convenir, était assez difficile. Qui sait même s'il ne se trouvait pas au milieu d'eux quelque individu gênant. quelque fâcheux collègue ayant étudié quelque chose, hostilement doué de quelque esprit ou de quelque vague sentiment d'honneur et, dès lors, insuffisamment pénétré de l'urgence d'une turpitude* >

Quoi qu'il en soit, il leur fallut douze mois pour accoucher du mémoire que le ministère attendait de leur dévouement et qu'ils au-

' V. Appendice D.

raient pu dicter en dou^e heures, en décrottant leurs souliers, s'ils avaient eu moins de zèle.

Aussitôt, le ministre de l'instruction publique, incapable de s'en laisser remontrer par qui que ce fût pour l'intelligence et la dignité, le dissémina dans tous les coins écartés de notre univers et fie craignit pas d'apporter lui-même, avec diligence, aux journalistes les plus pressés ou les plus copieux, cet indispensable papier.

Un tel mémoire, si péniblement évacué, ne devait pourtant pas. malgré le cynisme augurai de ses affirmations dédaigneuses, réconforter puissamment l'orgueil des moins fiers ennemis de Christophe Colomb. On sentait si bien l'impuissance et l'innocuité de ces malheureux serpents à lunettes qui s'étaient si patiemment agacé les crocs sur les ferrures d'un vieux cercueil, dans l'espoir déçu de se soutirer un peu de venin !

Qu'on veuille bien, en effet, se représenter la situation de cette Académie domestique, forcée pour assouvir les maîtres qui la protègent, de plier à leur consigne le destin lui-même, de s'emparer d'un événement lucide et pur comme la bonne lumière de Dieu, de le dénaturer en toutes ses parties.

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