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de le dissoudre en le putréfiant à son haleine, de baver sur lui c<:»mmc le reptile sur sa proie et de l'engluer ignoblement de ses mucilages; — puis de le pétrir, de le triturer, de le r<»uler en boudin sur Tétai contaminé d'un fétide laboratoire en l'amalgamant à d'inexprimables ordures !
Alors qu'il suffisait d'un simple constat, il fallut, sans doute, pour s'ajuster aux conclusions excogitées par le minis^tère, bouleverser des archives de fond en comble, ouvrir le ventre à des dossiers innombrables, désobliger les cloportes et les araignées, inhumer son âme dans le crottin des rongeurs... Tout cela, pour dénicher, s'il se pouvait, au préjudice de Christophe Colomb, quelque alibi de la Providence !
Ils ne font que cela, depuis si longtemps, tous les calomniateurs du Porte-Christ, chercheurs éternels de la circonstance inconnue, de l'heure introuvable où l'amitié du Seigneur lui fut infidèle, en laissant une arme à ses ennemis !
Car l'enquête sur le vrai cercueil s'élargit aussitôt démesurément, la destinée posthume de Colomb étant d'agrandir et de magnifier
toute manifestation dont il est l'objet, fût-ce la bêtise ou la mauvaise foi de ses contempteurs.
Naturellement, l'historien catholique fut incriminé et même bafoué, de cette ironie balourde et châtrée qui paraît être la framée ou l'esponton des académies sépulcrales quand elles entreprennent l'extermination d'un vivant. On lui demanda s'il avait assisté Colomb, s'il l'avait suivi pas à pas dans ses voyages sur mer et sur terre ou, du moins, s'il l'avait connu familièrement, etc. On ne recula pas même devant la plate infamie de le citer inexactement et de souligner en italiques les opinions imaginaires et compromettantes qu'on lui imputait.
Le comte Roselly de Lorgues leur répondit tranquillement par le bienveillant conseil d'étudier la langue française et de fréquenter leur propre histoire.
Naturellement encore et pour obéir au fonctionnaire illuminé dont ils desservent l'autel, cette Académie exemplaire n'oublia pas de certifier la fraude sacrilège de l'archevêque de Saint-Domingue, évident complice du comte de Lorgues pour le fait délictueux de la sépulture supposée. Le monde apprit avec stupeur que la caisse de plomb, les
ossements, les inscriptions et jusqu'à l'enthousiasme d'un peuple avaient été commandés par eux à l'avance, chez un fournisseur étranger qui n'exporte que pour les miracles
et les canonisations.
Ici s'impose l'énoncé d\in profond mystère. Le bibliographe Harisse, fils présumé de Jacob et cosmopolite citoyen des Etats-Unis, vraisemblablement ulcéré d'une vilenie qu'il n'avait pas inspirée lui-même, n'approuva pas en cette occasion, les académiciens de .Madrid.
A défaut de l'estime universelle, ils avaient compté sur le suffrage de cet oracle et voici qu'il notifiait, au contraire, leur plate sottise et l'inanité de leur factum. Ce leur fut un très rude coup.
Pour tout homme qui sait et qui pense, l'opinion d'un pareil juge, en quelque matière que ce fût, équivaudrait au néant. Mais l'importance d'un cuistre est relative aux idiots sur lesquels il plane et pour ceux de l'Académie royale, le polygraphe ennemi de Colomb était beaucoup plus qu'un aigle. Il était Jupiter lui-même, le Jupin tonnant de l'histoire et de la critique, dont ils ne méritaient pas d'épousseter les sandales d'or.
Abandonnés par cet « assembleur de nuages », ils se consolèrent comme ils purent, en léchant la basane du gouvernement qui laissa, je suppose, tomber sur eux. quelques décorations et quelques mouchoirs pour essuyer leurs yeux en pleurs.
Mais comment diable se sont-ils réconciliés ? Voilà le mystère. Car ils sont aujourd'hui fort bien ensemble et la solennité qui se prépare, du couronnement d'Harisse par les dignitaires qu'il a saboulés, est une assez forte preuve, n'est-il pas vrai? de l'apaisement de leurs âmes.
Que s'est-il passé > Ont-ils fait amende honorable sur son paillasson, alléguant avec repentir l'indépendance et l'incoercible fierté du sang espagnol, et faisant valoir surtout à ce dépendeur d'andouilles, qui l'aurait admirablement compris, les saintes exigences de la domesticité ?- Ou plutôt, le duc des picadores est-il intervenu comme un pacificateur, pour lubrifier de quelque saindoux les charnières oxydées de leur dévouement } Je ne puis, hélas! que conseiller la résignation aux esprits curieux qui réclameraient une plus abondante lumière.
Nous voici parvenus au deuxième chant de la trilogie, car c'est bien une trilocrie, une sorte d'histoire tripariite comme celle de Cassiodore, et qui s'achève en apothéose à l'apparition glorieuse des Trente mille francs.
La courte et lumineuse réponse de l'historien de Ccdombà l'Académie royale, réponse qui mettait à néant le fameux rapport et démontrait la réalité de la découverte, avait eu un tel succès que le gouvernement de Sa Majesté Catholique, en dépit des triomphantes assertions qui avaient précédé le travail piteux de ses académiciens, se croyait obligé de faire humblement appel aux érudits des autres Etats.
Le comte Roselly de Lorgues y répondit, en 1885, par son Histoire Posthume de Christophe Colomb, complément nécessaire de la biographie du Héros et couronnement des travaux de son historien.
Ce livre suprême, d'une érudition singulière et qui révèle tant de faits inconnus, n'est rien d'autre que le récit de cette gloire exorbitante, s'abimant dès son aurore, voyageant dans le mystère des catacombes, par-dessous la rumeur d'une dizaine de générations et
surgissant tout à coup, par la volonté d'un pape, malgré les efforts diaboliques d'une multitude d'imbéciles épouvantés d'un tel signe, au moment précis où la splendeur obscurcie du Catholicisme a tant besoin de ce réconfort de magniticence !
L'infatigable Postulateur, après avoir, dans son Histoire de Colomb, raconté l'Odyssée chrétienne de celui qu'il nomme le Messager de l'Evangile, nous fait voir maintenant l'horrible dessous ténébreux de ce drame immense où les Anges pleurants ont pu contempler l'abominable victoire des puissants écrasant un Pauvre qui était l'ami de Dieu.
On peut désormais suivre, fil à fil, la trame savante de ce tissu d'iniquités qui commence au premier succès du Héros catholique et qui ne tendait à rien moins qu'à la ruine totale et sans remède des plus grandioses conceptions que l'amour d'un homme eût jamais enfantées.
L'historien indigné et implacable ne se contente pas de ce tourbillon de crimes et de mensonges qui submergèrent, comme des ondes, l'Envoyé de Dieu; il nous fait enjamber son cercueil et nous force à tâter dans les ténèbres les sépulcres oubliés de sa race
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descendue tout entière dans le même gouffre. Certes! il convient à Dieu que la vérité et la justice aient enfin leur tour et que l'hypocrisie, même séculaire, soit une bonne fois démasquée, pour que cette terre qu'il a faite ne ressemble pas décidément à quelque Panthéon sinistre à la porte duquel une main de l^Abime aurait écrit ces mots avec le sang des saints : Ici o.\ assassine les grands ho.m.mes!
'* L'Académie royale d'histoire de .Madrid, — racontait, en juillet dernier, la Revue du monde catholique, — n'a pu oublier sa défaite ni pardonner à l'écrivain français son écrasante réfutation. Aussi, lorsque parut Y Histoire Posthume^ s'est-elle empressée d'en entreprendre la démolition. Comme une meute à la curée, ces irritables savants se sont précipités sur l'ouvrage pour le mettre en pièces ; ils se sont distribué la besogne. Ce n'est qu'après un examen collectif et itératif qu'ils ont fait choix d'un rapporteur.
<( Une fois la tâche de celui-ci terminée, dans sa vive rancune, l'Académie n'a pas eu la patience dattendre son jour ordinaire des séances. C'est « en assemblée extraordinaire du 10 mai 1885 ». enJunta extraordinaria celé-
brada el dia lo de mayo, qu'elle s'est réunie pour jouir du rapport que .M. César-Fernandez Duro était chargé de faire. Ce rapport, imprimé aux frais de l'Etat, forme un volume de 304 pages, intitulé : Colomb et l'Histoire Posthume, a Colon y la historia postuma ». Il a été répandu à profusion. »
Ai-je besoin d'ajouter que cette nouvelle machine, dirigée contre l'œuvre française, s'attaquait passionn^ent à la personne même de l'auteur?- 11 serait inutile et fort assommant d'essayer une analyse de cette chose de néant. C'est le rebàchage vomitif des mêmes calomnies et des mêmes sottises. C'est l'entêtement invincible de certains animaux heureux de croupir, que la trique elle-même est impuissante à tirer de leur vautrement et qu'on ne pourrait expulser du cloaque de leurs délices qu'à la condition • d'en faire bouillir la fange, au risque d'asphyxier les oiseaux du ciel !
Il serait encore plus inutile, s'il se peut, ô^ chercher à leur faire comprendre qu'un acharnement si bête est infiniment glorieux pour l'écrivain supérieur dont les étrivières ont le pouvoir de tant exciter leur rage ; qu'ils ser-
vent ainsi, de la manière la plus efficace, la sainte Cause de Christophe Colomb ; et qu'il n'est pas possible, entin, de jeter l'ordure à la véritcS comme ils le font, sans déterminer aussitôt la germination des roses delà colère dans les cœurs organises pour l'admiration.
L'outrecuidance remarquable de ce nouveau mastic, de ce replâtrage d'àneries et de saletés, trahit et rend manifeste l'intervention du bibliographe«américain, avec lequel ils s'étaient évidemment recolFésdéjà. L'avortement non pareil de leur première élucubration démontre assez qu'ils n'eussent jamais été capables de mettre bas ce filandreux pamphlet, sans le secours du vétérinaire d'institut qui les accoucha. Qu'ils reposent en paix, sous l'aisselle de leur compère, en attendant l'heure, plus prochaine qu'ils ne le pensent, des rétributions.
Pourquoi donc, cependant, ne se sententils pas absolument rassurés ? Le borborygme prolongé de leurs arguments dénonce une colique secrète et dissimulée avec soin, mais dont les effets éclateront aussitôt que le premier aveugle venu heurtera de son bâton les murs sonores de la catacombe où ils se sont réfugiés contre la lumière...
Tirons le rideau sur cette scène épouvantable, comme disait Chateaubriand, et bénissons l'imbécillité d'une injustice qui nous laisse voir, sans que ses auteurs en aient le soupçon, à quelles conditions fangeuses pourrait être obtenu le fameux prix de trente mille francs, si le lauréat des Loges et des Synagogues venait à mourir.
Car il peut mourir, le grand Pan de l'Equivoque et de l'Apocryphe I On peut le perdre soudainement et à jamais. Il peut arriver que ses frères et compagnons l'aient soigneusement enfoui, comme un trésor, dans quelque trou laïque et civil, un peu avant le glorieux jour de la récompense. Il faudra donc dénicher un autre triomphateur, un suppléant à ce victorieux décédé et ce ne sera pas facile si l'Académie d'histoire n'y a pas pensé dix ans à l'avance.
Rassurons-nous, cependant. D'autres y auront pensé pour elle. La puissance occulte à laquelle tout obéit là-bas ne sera jamais à découvert de spadassins et de renégats. Ses viviers sont toujours pleins et on pullule dans ses crapaudières. Le premier claquedent littéraire qui lui tombera sous la main, sera
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précisément le Briarée dont elle a besoin pour tout démolir, si ce famélique n'a pas peur de Dieu. Elle le remplira de son esprit et l'enlèvera d'un solide coup de fouet, après lui avoir chuchoté son programme. Programme, d'ailleurs, infiniment simple et que comprendrait un enfant.
Avant tout, exterminer la grande Histoire cathr.lique du comte Roselly de Lorgues. Delendus Cornes. Tel doit être l'objectif, la souveraine'préoccupation du pointeur, puisque la culasse du mortierde trente mille francs n'a été fondue que pour ce bombardement.
A cet effet, se pénétrer profondément de l'inexistence de Dieu et de l'absurdité des impulsions mystérieuses par lesquelles on a supposé que certains grands hommes pouvaient agir ;
Invoquer avec ferveur les témoignages variés de la science expérimentale et congédier avec dédain le surnaturel décrépit dont quelques rêveurs ont tenté l'introduction dans l'histoire ;
Partant de là, nier avec une énergie de tous les diables la vocation et la prédestination de Christophe Colomb ;
Démontrer lumineusement qu'il n'a pas
découvert le soi-disant Nouveau-Monde que toute la terre connaissait avant lui, ainsi que l'établissent avec évidence de nombreux et viridiques témoignages malheureusement perdus ;
Qu'il y alla, p©ur ainsi parler, en voisin, dans l'unique objet de s'enrichir et de se rendre important, en faisant croire qu'il avait trouvé quelque chose ;
Pour ce qui est du caractère de ce prétendu Messager divin, soutenir avec audace qu'il était d'un orgueil infernal et d'une ambition effrénée qui le rendirent bientôt insupportable, non seulement aux pauvres Indiens si férocement opprimés par lui, mais encore aux évangéliques Espagnols, forcés de rentrer en Castille pour échapper à la tyrannie de ce nouveau Pharaon, del rey Faraon.
Comme il faut être juste envers tout le monde, le lauréat des Vénérables, usant de: cette bonne foi judaïque dont le bibliographe célèbre nous a donné tant de preuves, devra reconnaître que Christophe Colomb n'était pas absolument un idiot, malgré son catholicisme, qu'il avait quelque expérience de la navigation, un aplomb superbe et qu'il fut
assez bien servi par les circonstances. Comme cela, on ne pourra pas crier à l'iniquité.
Mais, encore une fois, la chose qi/il ne faut pas oublier un seul instant, c'est de répandre à tout propos quelques infamies sur le comte Roselly de Lorgues et de souiller, s'il est possible, jusqu'à l'intérieur de sa vie privée...
11 est bon d'apprendre à ces catholiques si fiers, qui pourraient autrement l'ignorer toujours, que leur Pie IX avait choisi précisément le plus médiocre des hommes et le plus méprisable en ses pratiques, pour être l'historien de Colomb qu'il vénérait à l'égal d'un saint.
Mais laissons là toute idée funèbre. C'est le pieux Harisse, nous l'espérons bien, qui accomplira ce joli travail, à moins qu'il n'en charge un commissionnaire ou un porteur Id'eau, et c'est bien lui que les académiciens couronneront en 92 et proclameront Y Unique historien du Révélateur du Globe, aux applaudissements unanimes des francs-maçons et des vachers ; — cependant que les carillons et les canonnades lointaines chanteront, à leur manière, l'énorme gloirctdu Pauvre à
qui les tempêtes ont obéi et qui fit trembler toutes les colonnes de Ténèbres, quand il descendit aux enfers pour délivrer la moitié du orenre humain!