‹ Christophe Colomb devant les taureauxChapitre 15 sur 16 · S4 CHRISTOPHE COLOMB · texte numérisé non relu

S4 CHRISTOPHE COLOMB

i Sa pieuse munificence efface ici celle de Constantin, de Charlemagne et la générosité de la grande Comtesse. Non seulement Colomb donnait ses biens, ses privilèges, le patrimoine de ses fils, dépossédait toute sa famille, exhérédait toute sa postérité au profit du Saint-Siège, mais il lui sacrifiait résolument jusqu'aux plus ardentes sollicitations de son àme, le trésor caché de sa piété catholique, cet amoureux espoir de délivrer un jour le Saint Tombeau, qui fut l'objectif constant de sa vie !

« Depuis l'an 42 de l'Ère chrétienne, où, sous l'empereur Claude, le Prince des Apôtres vint fixer à Rome la Chaire de l'Infaillibilité, en descendant la série des Papes jusqu'à Léon XIII, on ne rencontrera, ni parmi les Pontifes et les Docteurs de l'Eglise, ni parmi les Evêques et les Fondateurs d'Ordres, aucun Saint qui ait donné à la Papauté des gages d'un amour plus profond, plus absolu que celui de Christophe Colomb.

< Nous insistons sur cet héro'ique dévouement au Saint-Siège, parce qu'il est unique dans l'histoire, et que les annales de l'Eglise n'offrent pas un seul exemple de son similaire. En ceci, l'incomparable Serviteur de

Dieu s'est montré exceptionnel, comme le fut son rôle dans l'humanité'. »

Mais la très pure Alère des chrétiens qui n'a besoin des prairies de ce monde que pour paitre ses troupeaux et qui se laissa dépouiller sans murmure quand Dieu le permit, la divine Eglise a d'autres motifs de reconnaissance.

En agrandissant la terre au Nom du\'erbe, Christophe Colomb agrandissait l'Ame humaine, agrandissait l'Homme dont notre planète est la répercussion symbolique.

Ce n'est pas pour rien, — je le dirais devant les anges, — que les Livres inspirés assimilent partout l'Homme à la Terre et la Terre à l'Homme. On ne remarque pas cette obsédante répétition, parce que nos philosophies légères flottent sur les surfaces et ne descendent jamais dans les profondeurs.

Le globe terrestre est prodigieusement,\ inimaginablement la figure de Thomme, de \ ce composé mystérieux d'organes et de fa- i cultes que prétendent clarifier des psycholo-

* Le comte Roselly de Lorgues. Histoire Posthume, chap. XIV.

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gies volatiles dont s'esclaffent les constellations.

Si l'heure était \cnue de connaître la vérité, la rudimcntaire géographie qu'on enseigne aux petits enfant -s snait à faire mourir de ravissement.

On découvrirait alors des réalités divines et simples, mais d'une simplicité à faire pleurer les serpents.

On s'apercevrait que les continents et les mers, les montagnes, les fleuves et les cités ne sont pas des choses quelconques et vaines, profluées au hasard des mouvements plutoniens ou des branle-bas de l'histoire.

On vérifierait, au contraire, que leurs formes et leurs amalgames infinis sont identiques et consubstantiels au phénomène central de l'Humanité, envisagée comme le type ou le parangon divin des opérations itératives du Créateur.

On verrait enfin, pour en expirer dans les extases, que toutes les fois qu'un explorateur, qu'un navigateur, croyant ou sceptique, humble ou superbe, délimita sur le papier quelques portions inconnues de la Terre ou de la Mer, — sans le savoir, il décrivait

l'Homme qui est leur maitre souverain, leur paradigme et leur miroir.

A cet instant-là, sans doute, I'Ecce Homo de Pilate recevrait une signification si prodigieuse qu'elle ferait éclater, dans l'évidence absolue, ces énigmatiques Ecritures de Dieu que l'attention de dix-neuf siècles n'a pu déchiffrer.

Fallait-il, Seigneur! que Christophe Colomb fût grand et qu'il fût élu, — et qu'il fût unique, — pour avoir été chargé, à lui seul, d'une divulgation qui supposait l'analogique préconception de tout le mystère de l'humanité 1

Et pourquoi donc l'agrandissement des âmes, si ce n'est en vue d'élargir le Règne dont tous les chrétiens ont le devoir d'implorer, chaque jour, la venue >

Il faut avoir un esprit de chair ou passionnément ignorer l'histoire, pour supposer, un instant, que Christophe Colomb pensait beaucoup au progrès de la civilisation.

Qu'elle dût profiter indéfiniment de sa Découverte, jusqu'à la consommation des temps, il ne pouvait l'ignorer ; que l'esprit du mal pût en abuser pour la perdition des ambitieux

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de la richesse ou des ambitieux du savoir, comment aurait-il pu ne pas s'en épouvanter ?

.Mais le candide Ser\ iteur de Dieu, si souvent taxé d'ignorance, qui plongeait sans efifort dans les gouffres de la Nature, comme eût pu le faire un archange accoudé au balcon des cieux, devait avoir, au fond de son âme très humble, quelque chose qui ressemblait au mépris exprimé par Joseph de .Maistre : — « Nous gardons les sciences morales et nous laissons les sciences naturelles à nos domestiques. »

Un tel mot est souverain pour faire écumer les imbéciles et Joseph de Maistre, assurément le plus haut esprit de son siècle, obtint souvent ce résultat agréable, car il en écrivit un assez bon nombre.

Christophe Colomb, qui était le plus grand Chrétien de l'histoire, exaspéra, lui aussi, des armées d'idiots, sans avoir jamais proféré de propos amers. Sa douceur suffisait et suffit encore à les enrager.

Cependant, il dut entrevoir le péril de révéler tant de choses cachées si longtemps à l'esprit humain et s'attrister à la pensée que cette amplification de l'homme procurée par

lui deviendrait, pour des peuples sans charité, l'amplification de la Désobéissance.

Car ce Tertiaire de saint François était surtout un Apôtre et ses travaux furent exclusivement apostoliques.

C'est ce que l'Eglise a compris et c'est ce qui lui reste à notifier à tous ses enfants. Elle leur dira sans doute aussi, que cet Apôtre fut, par surcroît, un Prophète. et un Martyr, et ces choses seront chantées dans les cathédrales, quand les grandeurs du Christophore auront été consignées dans son merveilleux Hymnaire.

L'historien de Colomb fait observer que le culte ancien de saint Christophe, culte fameux et prodigieusement répandu dans la chrétienté, commença de s'éteindre à peu près partout, aussitôt après l'apparition du Porte-Christ que préfigurait, sans doute, le gigantesque passeur de l'Enfant divin.

La mystérieuse effigie qu'on rencontrait à chaque pas, dans les basiliques des vieux siècles, avaient enfin reçu son application. La légende si célèbre^du martyr syrien serait donc quelque chose comme un vieux testa-

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ment que l'histoire évansrélique de (Colomb devait accomplir.

Que pensez-vous d'un saint prophétisé de la sorte par un autre saint qui parait n'avoir eu d'autre vocation que de l'annoncer, mille ans à l'avance, dans sa personne et dans son martyre >

On est alors forcé de conjecturer un avenir aussi extraordinaire que le passé, un précursorat nouveau de quelque Gestion inimaginable, dont Christophe Colomb serait l'éclaireur et pour laquelle il aurait été chargé de tout dilater sous le firmament.

Quelques-uns ont parlé d'une Emission, à espérer, de l'Esprit divin qui rénoverait la face du monde et qui ferait la Croix de Jésus effectivement potentate sur le genre humain. Ces choses du siècle futur sont tellement redoutables et sacrées que c'est à peine si on a le droit d'y penser. Mais ne semblc-t-il pas qu'en les supposant plausibles, il se produirait aussitôt comme des échéances d'abime, au seul Nom de ce Précurseur du Paraclel par qui le Nouveau .Monde fut découvert sous de nouveaux Cieux >

11 m'esi difficile de laisser là cet immense

poème d'histoire qui remplit mon cœur depuis des années. Mais la littérature est si vaine pour de tels objets !

C'est Tindignation qui m'a forcé de revenir à cette colossale figure du Chri^tophore, et maintenant, je m'attarderais facilement à la contempler, en oubliant les immondices que l'ignorance et la vilenie de quelques goujats ont déposées à sa base.

Je ne puis, surtout, écarter de mon souvenir cette plainte inouïe du Révélateur écrivant aux Rois qui le comprirent si peu : — « Que la Terre pleure sur moi l »

Il est étrange de rencontrer l'analogue de cette lamentation de Prométhée, dans les traditions mythologiques de TEdda. *

Le Lucifer Scandinave, le lumineux Olympien Balder, vient de mourir et de rouler comme une avalanche dans le royaume souterrain de liel, la formidable Impératrice des morts.

A ce moment, dit le vieux saga, les Dieux se taisent dans leur épouvante, les ténèbres s'amassent et se coagulent autour d'eux, menaçant de les engloutir.

L'un d'entre eux se décide, alors, à descendre dans les enfers et redemande à la sombre

Souveraine cet indispensable Balder sans qui les Dieux vont s'éteindre.

La réponse de l'Abime est que Balder ressuscitera si toute la terre pleure sur lui.

En conséquence, on prescrit l'effusion des larmes à tout ce qui respire et à tout ce qui est inanimé. Telle est l'ori^-inc probable des fleuves et des océans.

Cependant, l'infortuné lialdcr ne parvient pas à revivre, parce qu'un mauvais esprit, singulièrement accoutré du nom d'un exécrable philosophe anglais, ne gémit pas du fond de son cœur et ne pleure, selon l'expression littérale, que des « larmes sèches ».

Les Dieux ainsi frustrés deviennent ce qu'ils peuvent et je ne sais pas si le deuil terrestre a recommencé pour eux.

Mais ne trouvez-vous pas admirable que cet universel sanglot, réclamé ;70wr lui-même^ par le Lucifer chrétien qui élucida la mer ténébreuse, soit précisément la grande largesse que peut lui faire la Trésorière des larmes d'amour, la très sainte Eglise Catholique, Apostolique Romaine?

Car il est véritable qu'on pleure beaucoup, parmi les gens de prière, devant les Tabernr.clcs sacrés et devant les Reliques des Saints,

DEVANT LES TAUREAUX IÇj

sur lesquelles il est de foi que l'Esprit de Dieu se repose.

Et les « larmes sèches » de la légende Scandinave n'ont pas le pouvoir d'empêcher les amis du Dieu vivant de ressusciter dans Sa Gloire. Elles n'y peuvent absolument rien, non plus que les acclamations sacrilèges des peuples athées.

Encore une fois, on pleure d'amour dans nos églises, — c'est même à cela que se reconnaît le Catholicisme, — et quand l'Epouse du Seigneur y consentira, les pauvres gens qui s'en vont, à l'aube, chercher leur pain dans les brouillards de la mer, les aventureux marins que Colomb protège aussi volontiers que les solitaires esprits, réconforteront sans doute leurs cœurs, avant de partir, en s'attendrissant sur lui, dans les simples chapelles où seront vénérées, le long de tous les rivages, les Reliques miraculeuses du Révélateur du Globe !

Tout protecteur d'Ex Bas. Page II.

Barbey d'Aurevilly n'était qu'un protecteur d'En Haut et, par conséquent, sans force pour accréditer une œuvre dont il fut seul à parler. Ce grand artiste était un sagittaire dont les flèches s'égaraient assez naturellement dans la direction des cieux. Si la préface que voici avait pu être imbécile et accrochée au Révélateur du globe par quelqu'un des immondes oracles du journaUsme contemporain, nul doute que ce livre malheureux n'eût été accueilli avec plus de faveur par ceux qui broutent dans les plaines marécageuses de l'Opinion.

« L'auteur de la préface que voici fut un des premiers qui parlèrent du beau livre d'histoire — cause et occasion de cet autre Hvre qu'on publie aujourd'hui.

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