LE PANDEMONIUM DES IMBÉCILES
Ce gouffre, c'est l'enter, de nos amis peuple I Baudelaire. Fleurs du mal.
Stultorum numerus est infînitus.
ECCLESIASTE.
EL est, sans détour, le vrai fond du drame ou plutôt, de la farce ignoble qui se joue en ce moment sur tous les tréteaux du libéralisme espagnol.
La mort veut reconquérir sa proie. Christophe Colomb avait l'air d'être sur le point, de ressusciter dans la gloire immense des élus. L'Églîse parlait déjà de lui rendre la vie en le plaçant sur ses autels de miracles. Les sépulcres, aussitôt, s'en sont indignés en leurs conciles et les acéphales accroupis
sur la chaire de pestilence ont promulgué leur déplaisir.
L'athéisme qui ne se sent pas suffisamment recommandé par ses grands hommes, a besoin du Révélateur que, dès longtemps, il avait entrepris de confisquer.
Puisque cette Église qu'on ne peut pas tuer a la prétention» de l'honorer comme un saint, les derniers efforts doivent être accomplis en vue d'arracher de ses lumineuses mains cette pauvre poignée de poussière.
Il s'agit d'établir, par toutes les calomnies et tous les sophismes imaginables, que le Découvreur du Nouveau Monde était simplement un aventurier supérieur, une espèce de casse-cou de l'Océan, quelque chose enfin comme un Polonais de l'Atlantique, missionnaire de sac et de corde dont la témérité fut heureuse et dont les ossements doivent, à coup sûr, tressaillir de joie pour l'extrême honneur qu'on lui fait de l'estimer à l'égal d'un précurseur de notre progrès ravissant.
Il faut donc, à tout prix, le convaincre de petitesse, de tâtonnements et d'erreurs, au besoin, lui trouver des crimes ou, du moins, d'inexcusables faiblesses. Il restera ce qui pourra, mais si peu qu'on lui laisse, Chris-
tophe Colomb sera toujours un assez grand homme pour ces avortons équitables, toujours prompts à décerner l'apothéose à qui leur ressemble.
Mais il importe, avant tout, d'écarter le Surnaturel, d'effacer et de corroder avec les vinaigres puissants de la critique, le caractère providentiel de Colomb, ses vertus catholiques, sa candide foi, sa miraculeuse espérance et son prodigieux amour.
Et remarquez l'urgence extrême d'en finir décidément avec tout cela, car voici, demain, le quatrième centenaire de la Découverte.
Dans deux ans, le 12 octobre 1892, les marines du monde entier pavoiseront leurs navires dans les deux hémisphères et chanteront le lever du jour comme il ne fut jamais chanté.
L'angelus des tonnerres passera d'un mv?)nde à l'autre sur la houle des océans et s'enfoncera dans les continents profonds sur la croupe des immenses fleuves, pour s'en aller mourir sur les lacs rêveurs qui frissonneront de ce bruit des hommes dans leurs solitudes.
L'énorme monde américain sera secoué, du nord au sud, par l'unanime commotion des
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cœurs qui sentiront partout en ce jour le désarroi merseilleux des grandes allégresses publiques et les plus indignes n'échapperont pas à cette immersion d'enthousiasme qui recommencera le déluge.
Du Paciîique à l'Atlantique et de la Terrede-Feu jusqu'à la baie d'iludson, l'ivresse humaine percera les forêts, chevauchera les mf»ntagnes, franchira les golfes et les estuaires. Les races les plus hostiles oublieront un instant de se maudire ou de s'entre-dévorer.
Cette Amérique étrange et presque infinie qu'on croirait avoir été engendrée, comme un enfant, de la volonté d'un seul homme, trouvera, pendant la durée d'une rotation de la terre, assez d'unité pour crier la gloire de l'incomparable mortel qui l'a tirée du néant.
Ce quatrième centenaire de la nativité du Nouveau-Monde s'annonce, en effet, comme devant être partout une solennité sans pareille. L'Amérique ne se borne pas à multiplier les marbres et les bronzes en l'honneur de celui qui nous la révéla. Elle médite pour ce héros d'exception le plus exceptionnel de tous les hommages.
Il y a quelques années, Thonorable Page, député de la Californie, assisté de ses collègues Garfield, Davis et Pacheco, a soumis au Congrès (Jes Etats-Unis la proposition de reconnaître le 12 octobre comme fête légale de la nation.
Le Mexique projette une Exposition générale exclusivement américaine qui serait inaugurée, le même jour, en Tannée 1892, avec un déploiement inouï de magnificence.
Enfin, on a parlé d'un monument colossal, d'aspect cyclopéen, de proportions fabuleuses, hommage des Deux Mondes, qu'on devrait ériger à Colomb dans la partie méridionale du Nouveau Continent, à l'aide de souscriptions ouvertes chez tous les peuples civilisés.
L'Europe ne demeure pas étrangère à ces préoccupations. Dans maintes sociétés savantes, il a été question de ce centenaire. On s'en est entretenu dans les congrès géographiques. L'Italie, paraît-il, ne veut pas se laisser devancer par d'autres pays en cette occurrence. On a fait circuler en plusieurs villes un programme des fêtes qu'on pouvait organiser à cette occasion. Turin, Milan et
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\'enise semblent avoir le projet dctonncr le monde.
A Gênes même, lieu de naissance du Navigateur et cratère principal du volcan d'or dures dont les pédants du rationalisme voudraient salir son histoire, à Gênes, on proposait de préparer, en vue de cette époque, une Exposition italienne accompagnée de fêtes historiques surpassant tout ce qui s'est vu.
Mais ce qui est, plus que tout le reste, significatif, c'est qu'à son tour l'Espagne, cette bourrelé de son Bienfaiteur qu'elle a si affreusement persécuté jusque dans sa descendance, embrasée d'une soudaine ferveur, a l'air désormais d'adorer Colomb et s'avise de revendiquer exclusivement, c<')mmc sa propriété légitime, le Révélateur du Globe. Tout ce qui est de Colomb semble lui être devenu personnel.
Madrid prend l'avance. On y combine, dès à présent, des fêtes qui solenniseront, aux bords du Mançanarez, le quatrième séculaire de la Découverte. 11 s'est formé dans ce but une Société Colombine sous la présidence indiorne du duc de Vcraorua, inutile héritier
du titre concédé à don Luiz, petit-fils de Colomb.
Ce nom seul, il est vrai, nous avertit amplement de l'odieux esprit de ces réjouissance? dont l'auguste Face du Patriarche des iMissionnaires sera souffletée, par conséquent, une fois de plus. '
Assurément, dans la solennité du 12 octobre, Séville, à juste titre, voudra l'emporter sur Madrid. Il y aura émulation de magnificence. L'antique splendeur castillane reparaîtra dans l'anniversaire de ce jour qui fut le suprême triomphe de la Foi catholique, mais que nos Espagnols dégénérés envisageront, je le crains bien, d'une autre manière.
Toutefois, c'est aux lieux mêmes d'où partit Colomb pour son Entreprise que nous verrons surtout accourir de tous les points de l'Espa -ne, du Portugal et du littoral de la France, de pantelantes multitudes.
La province d'Huelva sera submergée par la curiosité européenne. Les eaux de l'Odiel et du Rio-Tinto disparaîtront sous les pavois des embarcations et leurs rives deviendront un campement babélique.
On a décidé de reproduire exactement la scène du départ de Colomb avec des cara-
\ elles construites et gréées sur le mo(ièle des siennes, pourvues d'équipages vêtus comme ils l'étaient alors. 11 y aura également le '.45mulacre du retour de l'Amiral sur la petite \ih.x et de son entrée au port de Palos, etc.. Enfin, l'Espagne fera vraisemblablement tout ce qu'une nation peut faire, sinon par amour pour un grand homme qu'elle a si longtemps méconnu, du moins par ce sentiment d'honneur imbécile qui pousse les dindons humains à se rengorger d'un trésor dont iis ignoraient la valeur, aussitôt que leur caroncule en est informée par la convoitise des alentours.
Il est facile, après tout cela, de concevoir la ferveur du prosélytisme des Loges et des Vénérables, car la Franc-Maçonnerie qui règne maintenant en Espagne comme partout ailleurs, se cache très peu d'être l'ennemie de la gloire catholique de Christophe Colomb.
C'est elle qui mène à peu près ouvertement l'active campagne entreprise depuis vingt ans, en Italie d'abord, puis en Espagne, contre le projet de Béatification du Révélateur, — projet conçu par Pie IX, acclamé par les Pères du dernier Concile et dont l'accomplisscmenl
est sollicité du Vicaire actuel de Notrc-Seigneur Jésus-Christ par le Catholicisme tout entier, représenté par plus de huit cent soixante Kvcques adhérents au Postulatum dont le comte Roselly de Lorgucs est le dépositaire officiel.
Ce fait considérable est assez connu, mais ce qui l'est un peu moins en France, c'est l'effort enragé de l'athéisme, du rationalisme, du naturalisme et généralement de tout ruftianisme ultramontain pour amener l'avortement de ce grand dessein.
L'importance inouïe de la décision papale que les catholiques implorent, est surabondamment démontrée par le zèle que déploient les mécréants po^r la retarder ou la prévenir.
Il est clair que le Prince du Monde a effroi de Christophe Colomb. Il revendique cette gloire immense à l'unique fin d'en priver l'Eglise et la Papauté. On dirait vraiment que le nom de ce Porte-Croix angélique est un palladium suprême qu'il suffit d'arracher au \'atican pour le renverser.
En conséquence, la Franc-Maçonnerie qui résume excellemment toutes les formes imaginables de l'hostilité contre Dieu, a recruté partout ses estafet^â^ ou ses plantons. Le A •
fO CHRISTOPHE COLOMB
monde politique, le monde savant, le monde chenapan, le monde imbécile et jusqu'au monde ecclésiastique, lui ont fourni des agents pleins de clairvoyance ou d'irresponsables mais obéissants suppôts.
Elle a fait écrire ou parler les uns, en même temps qu'elle excitait les autres à vociférer. Elle s'est glissée dans les conseils des grands, s'est assise dans les cabarets populaires et dans les comptoirs bourgeois, s'est coulée enfin, comme un scolopendre venimeux, jusque sous la nappe de l'autel, jusqu'à l'intérieur du Tabernacle terrible, où de tristes prêtres l'ont abritée dans le voisinage de leur Dieu vivant.
Par ceux-là, surtout, l'incertitude est entrée dans un grand nombre de cerveaux chrétiens dont la froideur de glaçons polaires tient en échec le symbolique Vaisseau de la Papauté.
Pour ne citer qu'un exemple, il existe à Gênes un déplorable chanoine, ami sacrilège des profanateurs qui l'utilisent, dont l'ignoble existence ne paraît avoir d'autre objet que d'insulter à la mémoire de Christophe Colomb.
Rien ne peut égaler l'acharnement souta- • 1^
DEVANT LES TAUREAUX 6l
nier de cet effroyable cuistre. On est forcé d'en chercher le mobile dans la région des Ténèbres, car humainement, c'est inexplicable.
L'abbé Sanguinetti a tout mis en œuvre pour déshonorer le Révélateur du Globe et son glorieux historien français, le comte Roselly de Lorgnes.
A Gênes seulement, il est vrai, des ecclésiastiques, inspirés par lui, osèrent vilipender le Serviteur de Dieu. .Mais, de nombreux amis laïques de cet étonnant séducteur, répandus par toute l'Italie, donnèrent le spectacle inouï d'un dévouement poussé jusqu'au déshonneur volontaire.
Par la plume ou par la parole, un dénigrement sans exemple fut excité à Turin, à Pise, à Florence, à Plaisance, à Modène, à Rome même et jusque dans le palais du Souverain Pontife...
Ce mauvais prêtre évidemment dévoué aux fétides passions de la secte maçonnique, n'est ici qu'un exemple, je le répète, mais on est forcé de reconnaître, en gémissant, que •de tels efforts ont pour effet de désintéresser beaucoup de chrétiens de la grande Cause du .Messager de l'Evangile, dont les ennemis
de l'Eglise discernent si nettement la vitale importance.
*« \'eul-on savoir, dit le comte Roselly de Lorgrues, les effets de l'indifférence catholique à l'égard de cet incomparable Ser\ itcur de Dieu ? Les voici.
• « Le clergé ne revendiquant pas, comme lui appartenant, l'homme qui a le plus servi l'Eglise, l'impiété en a fait aussitôt sa proie. 11 y a quelques années, le savant et courageux abbé Alargotti déplorait l'outrage commis contre Colomb par le gouvernement Piémontais, en plaçant son effigie en face de celle de Cavour, sur les billets de banque, mettant ainsi au même rang le défenseur de la Royauté pontificale et le destructeur du Pouvoir temporel.
« Depuis lors, les démocrates italiens ont entrepris de confisquer cette personnalité vénérable. Ils ont prostitué le nom de Colomb, le traînant dans leur fange, le donnant à des écoles d'enseignement obligatoire et laïque, à des tavernes, des estaminets, des tripots. Les sectaires des sociétés occultes, les agents du communisme et de l'Internationale, ces violents ennemis de la
Papauté, l'ont pris pour mot de passe. Ils ont souillé à plaisir ce Nom sublime, le faisant servir à fonder, qui l'eût osé croire !... une loge de francs-maçons !
« Poursuivant leur abomination, ils ont attribué un rôle à Christophe Colomb, dans une de leurs scènes favorites d'impiété. Le 17 mars 1872. ils lui ont réservé une place marquante à l'enterrement civil le plus solennel qu'on ait encore vu : celui du chef démoniaque des révolutionnaires , le grand hiérophante de l'assassinat, le frénétique Mazzini.
« Ils ont mis sur le char funèbre, près du cercueil, le portrait du Serviteur de Dieu avec ceux de l'hérésiarque Arnaud de Brescia. du conspirateur Colas de Rienzi et du ténébreux Machiavel, et ces funérailles impies n'ont soulevé personnel*. »
\'oilà ce que rapporte l'ingratitude. Je n'ajouterai pas mes réflexions à ces lignes effrayantes publiées, il y a seize ans.
Il doit suffire de rappeler, une fois de plus, à tous ceux qui aiment encore « la charité.
* L'Ambassadeur de Dieu el Pie IX, Pion. 1S74.
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la vérité et la justice » que le quatrième séculaire de la Découverte est imminent désormais. 11 est aisé de prévoir qu'avec la fureur d'idolâtrie qui possède ordinairement les peuples sans Dieu, ce centenaire sera inouï. Deux ans à peine nous en séparent. Que fera le Catholicisme en ce jour?
« Sans les sourdes menées de quelques pieux personnages, dit encore l'historien de Christophe Colomb, qui prétendent servir les intérêts de la Papauté, la position du Serviteur de Dieu dans l'Eglise serait déjà authentiquemcnt définie. Et. dès l'instant où, par l'introduction de la Cause , le Saint-Siège aurait reconnu la gloire catholique de Colomb, les révolutionnaires, les athées, les positivistes n'oseraient plus se l'approprier. Ces superbes ont horreur des saints. Ils s'en éloigneraient soudainement comme Satan du corps de Moïse, devant l'Archange saint Michel. »
(!)n le voit, rien n'est plus pressé pour les sectaires antichrétiens, quel que soit leur nom, que de s'opposer, par tous les moyens possibles, à l'exaltation catholique de Christophe Colomb. Il leur faut, à tout prix, ce Nom devenu magique, ce Nom-talisman
dont le mystérieux pouvoir est certain pour leur clairvoyance de déchaînés.
Ils se feraient thaumaturges, ils accompliraient le miracle de devenir des gens de génie, pour confisquer au profit de leur fuligineux almanach cette éblouissante renommée. Ils savent, en même temps, qu'il ny a pas une heure à perdre, car il suffirait d'un seul acte émané du Souverain Pontife pour stériliser leurs complots.
Or, la Franc-.Maçonnerie qui est l'Impératrice fidèlement obéie de toutes les provinces du sectarisme et de tous les départements de l'impiété, après avoir consciencieusement ensemencé l'Italie de son ivraie de blasphème et d'apostasie, a décrété le défrichement de l'Espagne. ,
Il faut croire que ce nouveau sol était agréablement disposé, puisque le succès a dépassé les plus folles espérances.
Le grain n'avait pas touché la terre que déjà blondissait une abondante moisson de canailles et d'énergumènes. Presque aussitôt on put récolter des nobles, des bourgeois, des fonctionnaires, des législateurs, des truands et des académiciens.
ta CHRISTOPHE COLOMB
Mais surtout on eut la joie de recueillir et de mettre en grange le très haut duc de Veragua, marquis de la Jamaïque, grand Amiral de l'Océan, Gouverneur des Indes, Sénateur du royaume et trois ou quatre fois grand d'Espagne, du seul chef de son immortel Ancêtre et qui, par surcroit, s'est donné la peine de naître valet d'écurie des toréadors et valet de cœur des renégates affiliations dont il commandite les attentats.
Entendons-nous, cependant. .Mes informations personnelles ne me permettent pas de garantir l'illumination de ce seigneur.
Il se peut qu'il soit compagnon, qu'il soit vénérable, ou même chevalier Kadosch. Qu'on l'ait affuble d'azur, d'écarlate, ou des redoutables ipsignes noirs, j'ai la disgrâce de ne pouvoir me prononcer sur l'un de ces points avec précision, et je ne prétends pas aller au delà d'une plausible conjecture.
Mais le duc de Veragua est un instrument si docile et si respectueux de la franc-maçonnerie, qu'il pourra s'estimer encore trop heureux d'être supposé « un peu au-dessous des anges » de l'Initiation.
Ce serait beau, pourtant, que le descen-
dant actuel du Porte-Christ, de l'Ambassadeur de Dieu, du Conculcateur de la Mer Ténébreuse, fut un véritable franc-maçon!
Je prie qu'on m'éclaire, j'implore des renseignements véridiques. L'héritier des titres et dignités de Colomb est-il ou n'est-il pas franc-maçon ?-
Ah ! que ce serait sublime de contempler en esprit ce fils de Celui qui dompta les Epouvantes, accomplissant, en souvenir des trois premiers voyages du Révélateur, les « trois voyages » rituels, gravissant les degrés de 1' « échelle sans fin » et faisant, aussitôt après, les < trois pas sublimes dans l'angle d'un carré long! »
Ne vous semble-t-il pas qu'un tel spectacle €st à mourir de ravissement et serait-ce trop, vraiment, de féliciter en conscience et d'exalter jusqu'aux étoiles, une maçonnerie capable de capitaliser ainsi l'héroïsme de cet hidalgo dont le bon vouloir fait un paillasson de la plus grande Gloire chrétienne, pour les bottes crottées de ses mystagogues ?
Puisque, de manière ou d'autre, le fier duc -est en condition chez les joyeux enfants du mystère, j'ose avouer qu'il ne me déplairait
pas de savoir qu'il déplore sincèrement l'assassinat d'Adoniram, architecte du Temple de Salomon, par les trois compagnons jaloux, Jubelas, Jubelos, et Jubelum; qu'il peut prononcer, sans crever de respect, des noms de loges tels que ceux-ci : les Admirateurs de rUtiirers, les Zélés Philanthroyes, le Saint- Antoine du par/ait contentement {>), les Amis triomphants, la Clémente Amitié cosmopolite, les Disciples de Memphis, la Rose du parfait silence, etc.
Je serais efficacement consolé d'apprendre qu'il s'enivre quotidiennement d'images symboliques, d'équerres, de compas, de glaives flamboyants, de lunes et d'étoiles et qu'avec un attendrissement occulte, il a remplacé le langage du Christophore par l'argot divin de la secte, lequel veut probablement en Espagne, aussi bien qu'en France, que le pain soit appelé /7ïerre brute; le vin, poudre forte {blanche ou rouge j ; les bouteilles et carafes,. jarriques ; les verres, canons; l'eau, poudre faible; les liqueurs, poudre fulminante ; les bougies allumées, étoiles ; les serviettes, drapeaux ; les assiettes, tuiles; les plats, plateaux ; les cuillers, truelles ; les fourchettes, pioches; les couteaux, glaives ; le sel, sable; le
poivre, sable jaune ; les aliments, matériaux ; les chaises, stalles...
Il n'y a que deux sortes d'hommes en ce monde, disait un ancien, — Tacite, si j'ai bonne mémoire, — les hommes faits pour commander et les hommes faits pour obéir. C'est une proportion de un à dix mille environ, comme dans l'armée qui est le type accompli de toute hiérarchie terrestre.
La plupart des francs-maçons appartiennent à la seconde catégorie. Ils étaient nés pour végéter et pour germiner obscurément dafns les plates-bandes soigneusement irriguées du potager social. Ils eussent accompli leurs utiles et rudimentaires destins sous l'œil vigilant des arracheurs d'ivraie et des émondeurs de sauvageons.
-Mais voici : l'Eglise et l'Etat ayant été séparés par le simple fait d'une législation athée, l'Eglise a été privée du concours des lois civiles de répression et le pauvre têtard politique appelé bourgeois, sollicité à la fois, comme Hercule adolescent, par le vice et par la vertu, s'en est allé du côté où l'on avait l'air de s'amuser davantage et il est devenu franc-maçon.
C'est l'afTairc d'un homme de génie de raconter l'histoire des progrès de la bêtise européenne dus à l'extraordinaire diffusion de la lumière maçonnique dans ce dernier siècle.
Nous avons tous connu de ces bons crétins, tiers de leurs insignes et décrétant à tout propos leur propre importance, contempteurs adipeux de la Religion et du Clergé, parfaitement assurés d'être redoutables à Dieu et aux rois et se reposant des vulgaires soucis de leur boutique ou de leur ménage par le fraternel délassement des travaux de table.
Ces ruminants ont été montrés dans mille romans et ils ont fait les délices de plusieurs littératures. Mais c'est surtout en province et à l'étranger qu'il est agréable de les étudier.
Ils sont, je l'ai dit plus haut, les enfants du mystère. Sans doute, ils méprisent très virilement les mystères de la Foi chrétienne, mais ils se tiennent dans un tremblant respect devant le sot mystère de la foi maçonnique.
On leur a fait subir les idiotes épreuves d'où ils sont sortis ruisselants de gloire et ces superbes Capanées qui n'ont pas assez
•d'injures pour la filiale soumission des chrétiens, font le serment de la plus aveugle obéissance à un pouvoir occulte qu'ils ne connaîtront jamais et qu'il leur faudra servir tant qu'ils vivront et quoi qu'il ordonne, jusqu'à répandre leur sang- pour lui.
La Lettre Encyclique de Léon XllI publiée en 1884, avertissait une fois de plus la prétendue société chrétienne, tant de fois et si vainement avertie, de l'effroyable danger de ces comités clandestins.
Longtemps avant lui. Clément Xll en 1738, puis Benoit XIV en 1751, les avaient condamnés comme satauiques et ces actes de l'Autorité suprême furent renouvelés en ce siècle par Pie VII, par Léon XII épouvanté et enfin, le 25 septembre 1865, par Pie IX qui eut la gloire de protester presque seul, avec tant d'énergie et au risque de sa propre vie, contre toutes les stupidités homicides de son siècle.
Qui donc les écouta et voulut les croire > L'infaillibilité doctrinale du Saint-Père est une simple facétie pour les quatre-vingt-dixneuf centièmes de l'humanité civilisée et c'est même une question pour beaucoup de catholiques ruineux, qui n'ont pas assez de virilité
■HL C.UH.)MB
puur opter entre une franche apostasie et la parfaite adhésion du cœur.
C'est qu'il ne sa^àt pas seulement de sauver les âmes et de sauver les Etats, il faut encore sauver l'intelligence humaine qui est en perdition sur un océan de bêtise et qui va tout à l'heure être engloutie.
.Mais, hélas! il est bien tard. Quand les hommes faits pour obéir n'ont plus de maîtres, ils les remplacent aussitôt par des tyrans et se précipitent à l'esclavage...
La Franc- .Maçonnerie et la vieille Hérésie janséniste ont ceci de commun qu'elles ne se démasquent dans aucun cas et n'r)nt jamais consenti à triompher par l'ostentation de leur puissance. Au contraire, l'une et l'autre ont toujours aimé le secret et l'argot du mystère.
Le victorieux procédé du Jansénisme consistait à se nier lui-même, à protester sans cesse de sa parfaite soumission à l'autorité de l'Eglise et à toujours considérer comme s'adressant à d'autres les blâmes ou les condamnations dont l'accablait directement cette Autorité bafouée.
Les francs-maçons, à leur tour, protestent
invariablement de leur inaltérable simplicité. Ils ne sont rien de plus qu'une inofîensivc pincée d'honnêtes gens associés dans un but de philanthropie, aimant à rire et sans aucune intention d'agir le moins du monde sur quoi que ce soit.
C'est le sophisme constant de ces Tartufes de, sérénité. Les plus atroces démentis historiques ont beau les souffleter, ils ne perdent pas contenance et ne se mettent jamais en frais de nouveaux mensonges.
Ils supposent toujours une humanité bonasse et modeste, satisfaite de progresser avec lenteur et dédaigneuse des souterraines intrigues dont on l'accuse. Les révolutions, suivant eux, sont les fruits naturels du terroir social ensemencé par le vent des philosophies et mûris au soleil de la raison...
La plus stricte équité veut néanmoins qu'on distingue deux sortes de francs-maçons. De leur propre aveu, sur les huit millions d'adeptes répandus dans l'univers, « il n'y a / guère que cinq cent mille membres actifs ». < Les autres mangent, boivent, chantent et... paient.
C'est l'immense armée des imbéciles, c'est le vivier, toujours plein, de la Jocrisserie
orgueilleuse, rebelle seulement à l'autoritc de l'Eglise, où les occultes cuisiniers de la haute Initiation puisent à leur fantaisie pour les combinaisons démoniaques de leur politique.
C'est donc avec une sécurité parfaite qu'on peut offrir ce joli troupeau comme le plus idéal chef-d'œuvre de l'abêtissement humain par l'effet d'une simple transposition de la loi d'Obéissance.
Je demande pardon pour cette digression, mais il me semblait indispensable de préciser, d'une façon absolue, le caractère soigneusement déguisé de l'opposition à la Cause de Christophe Colomb.
L'occultisme franc-maçonnique sait admirablement ce qu'il fait. Les êtres sans visage qui dirigent, du fond de leurs ténèbres, cette redoutable puissance, savent aussi bien que tous les papes et beaucoup mieux que la plupart des fidèles l'importance énorme de ce projet de Béatification.
Un pressentiment très sûr, envoyé vers eux des Lieux d'En-Bas, les avertit infailliblement de ceci, que l'exaltation catholique du Christophore doit conférer à l'Eglise une adoles-
cence nouvelle; une réitération de Promesse et d'Investiture, une soudaine et miraculeuse dilatation de ses Bras, correspondante aux aperceptions prophétiques de l'Amplificateur de la Terre, — et que, par conséquent, cette Cause unique ne ressemble pas aux autres. Le nimbe de Colomb ne serait plus un nimbe. Ce serait un halo terrestre, à la bénigne clarté duquel serait célébrée sans doute enfm, sous l'orgue des ouragans, la grand'messe de l'Apocalypse !
C'est pour cela qu'ils ont tant fait contre le Vicaire de Jésus-Christ, ces adversaires pénétrants et impénétrables. C'est pour cela qu'ils ont été chercher jusqu'au fond de ses pâturages et de ses torils, cet infortuné duc de Veragua, dont ils connaissaient la pauvre cervelle d'éleveur de bœufs et la triste âme bien plus indigente encore de patricien décrépit.
C'est pour cela qu'ils l'ont environné de leurs flagorneries et de leurs blandices, qu'ils l'ont enivré du meilleur nectar de leurs insidieuses promesses et qu'ils ont voulu faire le dernier des hommes du dernier descendant
de Christophe Colomb, — en laissant espérer à l'éponge desséchée qui lui sert de cœur, la gloire liquide que décernent aux gens puissants les domesticables Acadéiffies,