‹ Christophe ColombChapitre 10 sur 31 · CCC · texte numérisé non relu

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s’adresser aux souverains de ce pays. 11 voyage à pied, avec son fils, âgé de dix à douze ans. A quelque distance de Palos de Moguer, petit port de l’Andalousie, l’enfant tombe exténué de fatigue. Il y avait dans le voisinage un couvent de Franciscains, Santa- Maria de Rabida : Colomb frappe à la porte, demande un peu de pain et d’eau pour son enfant. Le gardien de ce monastère, d’autres disent le prieur, Juan Ferez de Marchena, le fait entrer, l’interroge, est frappé de ses réponses, lui donne l’hospitalité, bref se charge de garder et d’élever l’enfant, tandis que le père continuera son voyage. Il lui remet une lettre de recommandation pour le confesseur de la reine Isabelle, Fernando de Talavera.

Au printemps de 1 486, Colomb arrive à la cour, plein d’espérance, remet sa lettre, expose son projet. Le confesseur de la reine écoute mal cet aventurier pauvre qui, ayant à peine un habit, vient offrir des

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royaumes. Le projet est repoussé une fois de plus comme impraticable Fernando deTalavera ne donne aucune suite à la lettre de recommandation. Colomb se résigne encore à attendre des circonstances plus favorables.

Il s’établit à Cordoue, et pour subsister recommence à faire des cartes et des globes géographiques,

comme en Portugal.

Il trouve enfin des protecteurs, le duc de Medina- Celi et Pedro Gonzalès de Mendoza, grand cardinal d’Espagne. Ce prélat se charge de présenter Colomb à la reine Isabelle et au roi Ferdinand, qui l’écoutent et convoquent à Salamanque, dans le couvent dominicain de Saint-Étienne, des professeurs de mathématiques, d’astronomie, de théologie, moines pour la plupart, avec des dignitaires de l’Église. Colomb expose son idée et ses raisons. On les réfute par des arguments tirés des textes bibliques et des auteurs sacrés, les mêmes que nous avons trouvés dans la

Topographie chrétienne de Cosmas Indicopleustès, « Les uns niaient, avec Lactance et saint Augustin, )a forme sphérique de la terre et l’existence des antipodes; les autres, même en admettant la sphéricité, contestaient la possibilité de communiquer avec un hémisphère opposé, en raison soit de la chaleur, soit de la longueur du voyage en mer, soit enfin parce que, si l’on parvenait à descendre de l’autre côté du cercle, on ne pourrait jamais le remonter. C’était la foi à la lettre des livres saints qui était la hase de leur argumentation, et on n’allait à rien de moins qu’à insinuer contre le grand navigateur la terrible accusation d’hérésie L »

Le Génois, ferme et souple, louvoya avec art autour de cet écueil. Protestant de son profond respect pour les textes sacrés, il en allégua un grand nombre d’autres ramassés de toutes parts (Voir les notes at-

1 Édouard Charton, Voyageurs aneiens et modernes.

tribuées à Christophe Colomb, dans la bibliothèque Colombine, à Séville), soutint au surplus qu’en fait de géographie l’expérience avait aussi une grande autorité; il raconta les observations faites par tous les navigateurs et par lui- môme dans ses nombreux voyages, amoncela les faits, les inductions, et réussit à ébranler quelques-uns de ses auditeurs, entre autres Diego de Deza, alors professeur de philosophie, depuis archevêque de Tolède. Mais le plus grand nombre résista par préjugé théologique, et ajourna indéfiniment l’étude du projet.

Encore une espérance déçue! Colomb, alors, était âgé de cinquante ans, et il y en avait plus de vingt que cette idée consumait sa vie!

Les deux souverains catholiques avaient aussi leur préoccupation : c’était de chasser d’Espagne les Maures et la religion musulmane. Colomb les suivit à la guerre qui finit par la prise de Grenade : il vit planter sur l’Àlhambra la croix du Christ, et, comme il

s’était bien battu, il obtint des deux souverains victorieux une attention plus sympathique, plus suivie et plus efficace.

Ils nomment des commissaires pour s’entendre avec lui. Mais peu s’en faut que, cette fois, l’insuccès ne vienne de Colomb lui-même : les conditions qu’il fait manquent de tout perdre. Il stipule d’abord qu’il sera investi des titres et privilèges d’amiral et de vice-roi des pays qu’il découvrira; ensuite qu’il aura un dixième de tous les bénéfices de l’entreprise. « De telles prétentions, de la part d’un étranger, sans noblesse, pauvre, n’ayant d’autre titre qu’un projet trèscontesté, parurent exorbitantes. » On les déclara inadmissibles. Colomb se retira, prit congé de la cour, et partit de Grenade.il s’en allait offrir à Charles VIII de France, ou à Henri VII d’Angleterre, ce que refusaient Aragon et Castille. Isabelle se ravisa et envoya un courrier pour le rappeler.

Enfin le 17 avril 1492, à Santa-Fé, dans la vegct

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(plaine) de Grenade, un traité fut signé par les deux souverains : on accordait tout à Colomb : il en profita pour demander plus. Les articles du traité énonçaient « qu’il aurait pour lui, sa vie durant, et pour ses héritiers et successeurs à perpétuité, l’ollice d’amiral sur toutes les terres qu’il pourrait découvrir ou acquérir dans l’Océan ; qu’il serait gouverneur général et vice-roi de toutes ces terres, et qu’il aurait droit à un dixième de toutes les perles, pierres précieuses, or, argent, épices et toutes denrées et marchandises quelconques obtenues de quelque manière que ce pût être dans les limites de sa juridiction. » Déplus, le dernier article l’autorisait, sur sa demande, à avancer un huitième des frais d’armement, moyennant quoi il aurait droit à un huitième des bénéfices en sus. Vous voyez que le Génois ne s’endormait pas, et que, tout en suivant scs grandes vues, il ne dédaignait pas le soin, d’ailleurs très-légitime, de faire fortune, le cas échéant. Il équipa, en effet

un des trois navires de l’expédition, à l’aide d’un marché qu’il conclut avec un habile - navigateur, Martin-Alonzo Pinzon. Les trois frères Pinzon faisaient partie de l’expédition, laquelle, au témoignage d’Oviédo, se composait de cent vingt hommes, embarqués en trois caravelles, dont une seule était pontée. Le même historien dit que les trois frères étaient natifs de Palos. M. Michelet croit que « ces Pinzon d’Andalousie étaient des armateurs normands », au moins d’origine.

Le 3 août 1 492, sortirent du petit port de Palos les trois caravelles, qui allaient chercher, à travers un océan inconnu, les domaines du grand-khan, les provinces du Cathay et du Mangi et la grande île de Zipan-gou<

Quand les vaisseaux eurent passé les îles de. Canare, comme on appelait alors les îles nommées aujourd’hui Canaries, que venait de découvrir au commencement du même siècle le Normand Jean de

Béthencourt et qui étaient considérées connue les bornes du monde, l’inquiétude s’empara des matelots. Les traditions populaires avaient peuplé de fantômes redoutables cette mystérieuse immensité. C’était le désert et c’était l’abîme, et du milieu de ce désert et du fond de cet abîme s’élevaient des îles trompeuses, qui fuyaient devant les navigateurs. Dans cette région des orages, dans ce chaos, hors des limites du monde, le Prince des Ténèbres avait établi son empire. Malheur aux mortels téméraires qui oseraient s’y aventurer ! Que de pièges les attendaient! D’abord l’île de Saint-Brandan, que chaque année les habitants des îles de Canare voyaient paraître et disparaître à l’horizon; ensuite Pile d’Antilia ou des Sept-Villes, et celle de Brade, ou Brasil, ou Berzil (d’où le nom en définitive est venu au Brésil, comme aux Antilles celui d’Anlilia), puis l’île Verte, l’île Maïda et celle de la Mainde-Satan, devaient retenir les marins, empêcher

la découverte projetée et le retour dans la patrie !

Ce n’étaient pas seulement les imaginations populaires qui s’émouvaient des légendes sinistres dont la mer Océane était remplie; les esprits cultivés euxmêmes ne savaient pas tous s’affranchir de ces superstitions et de ces terreurs. Un savant arabe du moyen âge, Hérif-al-ed-Rizi, disait en parlant de l’Océan occidental : « Il entoure les dernières bornes de la terre; au delà tout est mystère et obscurité; aussi n’en peut-on rien savoir, parce que la navigation en serait trop longue et trop difficile. Agité de tempêtes continuelles, il a des vagues comme des montagnes, et dans ses profondeurs incalculables il nourrit des monstres affreux... »

Certaines cartes désignaient cette mer par le nom de Mer Ténébreuse , Mare Tenebrosum.

Que de craintes! que de périls! sans compter la zone torride qui, selon l’antique tradition, devait consumer les navigateurs!

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Les équipages ne purent donc, quelque déterminés qu’ils fussent, s’empêcher de frémir d’effroi en pénétrant dans ce monde redoutable. Hors des confins de la nature connue, dans quels gouffres d’épouvante allaient-ils plonger?

Colomb seul fut tout à la joie de se sentir enfin à l’œuvre, et aussi d’échapper aux vaisseaux portugais qui, envoyés, dit-on, à sa poursuite, devaient ou empêcher ou partager l’exécution de sa glorieuse entreprise.

« Alors, dit M. Charton, commence pour Christophe Colomb, déjà parvenu à l’âge de cinquante-six ans, une vie nouvelle. C’est surtout dans les relations de ses voyages qu’il est intéressant d’en lire les événements tour à tour si glorieux et si tristes. Mais, avant d’entrer dans le détail de ses %

illustres navigations, il semble utile d’en résumer, comme

dans un sommaire, les principaux résultats, afin qu’on se fasse plus aisément une idée exacte de l’ensemble.

» Dans son premier voyage, en 1192, Christophe Colomb découvrit les îles San Salvador, la Conception, Fernandina Isabelle, dans l’archipel des Lucayes; une partie de la côte

septentrionale de Cuba, la côte septentrionale de Saint- Domingue. Cette première expédition dura sept mois.

» Son second voyage, en 1493, dura neuf mois, et eut pour résultat la découverte des îles la Dominique, la Guadeloupe, Marie-Galande, Saint-Martin, Sainte-Croix, Puerto- Rico et la Jamaïque. Christophe Colomb explora cette fois une beaucoup plus grande partie de Saint-Domingue et la partie méridionale de Cuba.

» A son troisième voyage, en 1498, Colomb découvrit la Trinité, aborda au continent d' Amérique, sur la côte entrecoupée par les branches de 1 Orénoque, reconnut le golfe de Paria, les îles de l’Assomption (Tabago), de la Conception (Grenade), de la Marguerite et de Cubaga. Ce fut en revenant de ce voyage, pendant son séjour à Saint-Domingue, qu’il fut arrêté par le gouverneur Bobadilla, et renvoyé, chargé de fers, en Espagne.

» A son quatrième et dernier voyage, Christophe Colomb, âgé de soixante-six ans, découvrit File de Guanaga, vint à deux journées de distance du Aucatan, côtoya Honduras, les Mosquites, passa près des îles Limonares, explora la Côte Riche, l’isthme de Veraguas, qu'il supposa voisin des États du grand-khan, aborda Por.to-Bello et Puerto del Retreto (Puerto-Escribanos), dans l’isthme de Panama. »

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