‹ Christophe ColombChapitre 13 sur 31 · CHRIS T 0 P II K COCO M B · texte numérisé non relu

CHRIS T 0 P II K COCO M B

faire prévaloir, et il y eut, par suite, de longues négociations entre lui et Ferdinand. Ce dernier se hâta de demander la sanction de son droit sur les découvertes de Colomb au pape Alexandre VI, qui, né à Valence, était sujet de la couronne d’Aragon. Ce fut alors qu’Alexandre VI rendit la fameuse bulle qui terminait les contestations des deux puissances en traçant une ligne idéale tirée du pôle nord au pôle sud et passant à cent lieues à l’ouest des Açores et des îles du Cap-Vert : tous les pays découverts ou à découvrir à l’ouest de cette ligne étaient alloués à l’Espagne; tous les pays à l’est, au Portugal. Plus tard, par un traité en date du 7 mai 4 494. les deux rois reculèrent la ligne de démarcation jusqu’à la distance de 370 lieues à l’ouest des îles du Cap-Vert; ce qui donna au Portugal le Brésil, lorsqu’on vint à le découvrir.

Mais nous n’en sommes, pour le moment, qu’au

9 mars 1493 et à l’entrevue de Colomb avec le roi de Poitugal. Aux réclamations de ce roi, Colomb répondit avec réserve qu’il ignorait les termes du traité de 1479, et qu’il n’avait fait qu’exécuter les ordres de ses souverains. Le roi s entretint encore longuement avec Colomb, puis lui désigna pour logis le château du plus grand seigneur qui se trouvât en ce lieu.

« Lundi 11 mars. Après dîner, Colomb prit congé du roi, qui le fit reconduire par tous les personnages distingués de la cour. De cette résidence, il se rendit au monastère de Saint-Antoine, près du village de Villa-Franca, afin de se présenter devant la reine, qui l’avait fait prier de venir lui rendre visite. Il reçut d elle l’accueil le plus gracieux.

» Mardi 12 mars. Un écuyer vint de la part du roi pour offrir à Colomb de l’accompagner et de le défrayer entièrement sur la route, s’il voulait retourner par terreen Castille. Il lui fit amener deux mules: l’une pour lui, l’autre pour son pilote, qui l’avait

-<«ri.îw ■*' ~ *

CHIUSTOPHE COLOMB

suivi à la résidence royale; mais Colomb, se méfiant peut-être de quelque embûche, — et non pas sans raison, au dire de quelques historiens, — préféra se rendre en Espagne par mer.

» Vendredi 15 mars, vers midi, Colomb entra, par la barre de Saltes, dans le port de Palos, d’où i était sorti le 3 août de l’année précédente. »

Par conséquent, le premier voyage de Colomb, du 3 août 1492 au 15 mars 1493, avait duré sept mois et douze jours.

A Palos, on n’espérait plus le retour des caravelles. Quand la Nina fut signalée, on avait peine à la reconnaître et à croire h ce qu’on voyait. Mais, lorsqu’on se fut assuré que c’était bien la Nina qui entrait dans le port, et qu’elle était montée par Christophe Colomb, quand la nouvelle se répandit qu’on avait retrouvé les Indes par l’ouest, tout le peuple, dans un enthousiasme indicible, accourut sur ie rivage; les travaux furent suspendus, les occupations

interrompues ; et, sitôt que Colomb mit pied à terre, tous les habitants, d’un mouvement unanime, l’accompagnèrent en procession à l’église pour y rendre grâces à Dieu.

La cour était à Barcelone. Colomb écrivit à Ferdinand et à Isabelle son heureuse arrivée, et alla attendre leurs ordres à Séville. Là, il trouva une lettre royale qui portait pour adresse : «A don Christophe Colomb , notre Amiral surla mer Océane, et Vice- Roi et Gouverneur des îles découvertes dans les Indes. » La lettre lui annonçait que le roi et la reine l’attendaient à Barcelone; il partit sans retard.

Sur la route, comme la nouvelle s’était déjà répandue, tout le monde accourait au devant de lui pour le saluer avec des cris de joie. Il était récompensé de toutes ses peines. C’était en vain que Martin- Alonzo Pinzon avait essayé une seconde fois de lui dérober sa gloire. Soit que la tempête l’eût poussé dans la baie de Biscaye, comme il le prétendit, soit

qu il cul fait ce conlc pour cacher qu’il était allé volontairement aborder à Bayonne, Martin-Alonzo se hâta d’écrire de cette ville au roi et à la reine, de manière à s’attribuer en grande partie l’honneur des découvertes. Il demandait aux deux souverains la

permission de se rendre auprès d’eux, espérant arriver avant Colomb. Mais, quand il sut que la Nina l’avait précédé à Palos et que Colomb marchait vers Barcelone au milieu de l’enthousiasme universel, Martin-Alonzo se sentit pris d’un profond découragement. Il alla s’enfermer dans sa maison et n’en sortit plus. Muhoz et Charlevoix rapportent qu’il mourut peu de jours après. M. Édouard Charton, avec l’esprit d’équité qui ne l’abandonne jamais et qui donne à tous ses écrits un si grand charme, conclut ainsi sur ce personnage : « Martin-Alonzo Pinzon était un homme doué de qualités supérieures ; il avait aidé puissamment Colomb de son argent et de son influence avant leur départ ; il avait partagé ses périls;

il aurait eu droit à partager avec lui, dans une certaine mesure, les honneurs de la découverte. Il se perdit lui-même par trop d’orgueil, d’ambition personnelle, et pour n’avoir pas su comprendre le génie de Colomb. »

En approchant de Barcelone, Colomb vit venir à sa rencontre un grand cortège de peuple et de seigneurs. « Son entrée dans cette noble cité, dit Washington Irving, a été comparée à l’un de ces triomphes que les Romains avaient coutume d’accorder à leurs généraux vainqueurs. Les Indiens ouvraient la marche ; ils étaient peints de diverses couleurs, suivant la mode de leur pays, et parés des ornements d’or de leur nation. Après eux, on portait différentes sortes de perroquets vivants, des oiseaux et des animaux empaillés, d’espèces inconnues, et des plantes rares auxquelles on supposait des vertus précieuses. On étalait aux regards du public des couronnes et des bracelets d’or, qui pouvaient donner une haute idée

Page 1