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de la richesse des régions nouvellement découvertes. Colomb venait ensuite, monté sur son cheval, et entouré d’une brillante cavalcade de jeunes Espagnols. La foule se pressait sur les places et dans les rues ; les fenêtres et les balcons étaient remplis de dames, elles toits mêmes étaient couverts de spectateurs. Le public ne pouvait se rassasier de contempler ces trophées d’un monde inconnu. »
Le roi et la reine, entourés des plus grands seigneurs d’Espagne, attendaient Colomb dans la vaste salle d’un palais mauresque où les rois d’Aragon faisaient leur résidence quand ils venaient en Catalogne. Ferdinand et Isabelle étaient assis sous un dais de brocart d’or. Au moment où Colomb entra, ils se levèrent de leur trône. Colomb plia le genou devant eux, pourleur baiser la main; ils s’empressèrentdele relever et l’invitèrent à s’asseoir. Puis ils lui donnèrent la parole pour dire ce qu’il avait fait. Colomb, avec une noble simplicité, raconta le voyage, les découvertes,
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les espérances plus grandes encore, les dangers courus au retour. «Ses paroles excitèrent une émotion que le respect avait peine à contenir. Quand il eut terminé son discours, le roi, la reine, l’assemblée entière, tombèrent à genoux, et toutes les voix, s’unissant ensemble, chantèrent un Te Deum. Tels étaient les transports qui agitaient toutes les âmes, que Las Casas, pour peindre ce qu’on éprouvait dans ce moment solennel, n’a trouvé que ces expressions: « Il semblait qu’ils eussent un avant-goût des délices du paradis1. »
Les jours suivants, on vit le roi se promener à cheval, ayant Colomb à sa droite. Les fils de l’Amiral furent nommés pages de la reine. L’enthousiasme des populations, loin de se refroidir, allait toujours croissant. Les plus sages esprits s’abandonnaient aux illusions les plus extraordinaires. On croyait, comme
Éd. Charton, Voyageurs anciens et modernes.
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Colomb, qu’il avait découvert une extrémité de l’Asie jusque-là inconnue, une terre d’or, et si supérieure en beauté au reste du monde, que l’on ne pouvait la comparer qu’au paradis terrestre, si toutefois ce n’était pas ce paradis lui-même.
Voilà donc Colomb, après tant d’épreuves, arrivé au faîte de la gloire et du bonheur. Il n’y restera pas longtemps. L’infortune va de nouveau l’assaillir. Sa vieillesse connaîtra des amertumes plus cruelles que celles de son âge mûr, car l’espérance ne les adoucira plus, et, pour prix de ses grands desseins réalisés, l’ingratitude des hommes brisera son cœur.
On décida que l’Amiral, dans le plus bref délai possible, entreprendrait un second voyage.
« Cette fois, on lui donna le commandement d’une Hotte de dix-sept navires, parmi lesquels étaient trois grands vaisseaux ; les autres étaient des caravelles de diverses grandeurs. Il eut pour équipages les meilleurs pilotes de l’Espagne, des marins expérimentés, des ouvriers en tous genres. Un grand nombre de nobles voulurent faire partie de l’expédition, qui s’éleva à \ ,200 hommes. On remplit les navires de provisions de toute nature : chevaux, bétail, graines, plantes, médicaments, objets d’échange, miroirs, grelots, verroteries, draps de couleur. Colomb fut investi du titre et de l’autorité de Capitaine général de l’escadre; ses pouvoirs étaient illimités. Le 8 mai, il prit congé du roi et de la reine. Le 25 septembre 1 493 ses dix-sept navires sortaient de la baie de Cadix, en présence d’une foule innombrable, toute pleine de la confiance et de l’espoir exagérés qui animaient les
navigateurs. »
On possède deux récits de ce second voyage, écrits
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i’un on latin par Pierre Martyr, d’Anghiera, l’autre par Chanca, médecin de Séville, tous deux contemporains de Colomb. Ces deux récits ne se contredisent point. Le livre des Voyageurs anciens et modernes reproduit le premier, dans la naïve traduction faite en 1532.
Pendant ce second voyage, l’amiral continue à s’entretenir dans son erreur relativement aux pays où il est arrivé. Tous les noms de lieux que la relation de Marco Polo avait fait connaître, Colomb croit les retrouver tant bien que mal dans ceux que lui disent les indigènes ; on lui dit : Civaoy il entend Zipan gon, et toujours se croit au Japon, pendant qu’il est aux Antilles. Il semblerait presque, par moments, si j’ose dire toute ma pensée, que Colomb ne demande pas mieux que de se tromper et de tromper les autres avec lui. Ainsi, les singularités fabuleuses qui, dans
le récit de Marco Polo, avaient frappé les imagina-
lions populaires, par exemple cette île habitée seule ment par des femmes el cette autre seulement par