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des hommes, il a soin de dire que des Indiens lui en ont parlé, que ces deux îles sont situées près de l’île Yamaye (Jamaïque), que l’île des femmes s’appelle Mantinino et l’ile des hommes Carib. D’autre part, il estime que l’île Espagnole (Haïti) n’est autre que 1 île d’Ophir mentionnée au troisième livre des Rois.
Quant au quadruple objet de toutes les convoitises, or, pierreries, perles, épiceries, on trouve à ce second voyage quelques pépites d’or dans les fleuves, quelques épiceries dans les bois; de perles et de pierreries, point. La réalité reste donc toujours fort au-dessous des espérances. Les déceptions s’accumulent. La défaveur commence à gronder sourdement autour de Colomb.
Ajoutez que les Espagnols ayant semé sur ces terres nouvelles l’injustice et la violence, récoltaient la haine et l’hostilité. Le fort que l’on avait construit pour répondre à l’accueil hospitalier qui avait salué la première arrivée se trouva détruit au retour, et les gardes espagnols, au nombre de 42, tués; « laquelle
chose troubla lort l’Amiral et ses compagnons, estimant toutefois que quelques-uns des leurs vivaient encore. Lors déchargèrent toute leur artillerie ensemble comme un grand tonnerre, afin que aucuns de leurs compatriotes, si d’aventure, craignant le péril, fussent cachés en quelque bois ou tanière de bêtes, entendissent leur venue. Mais ce fut fait pour néant, car n’y avait plus pas un en vie. »
En vérité, il fallait s’y attendre. Voyez en effet quel avait été le procédé de l’Amiral. Lorsque la Santa -
Maria , pendant le premier voyage, s’était échouée sur des brisants, les naturels avaient, de bon cœur, aidé Colomb, plus que ses propres équipages, à sauver ce que contenait la caravelle. « Grâce à leur probité, dit-il dans son journal, on ne perdit même pas un bout d’aiguillette. » Et il ajoute : « Ce chef et tout son peuple ne cessèrent de verser des larmes. Ce sont des gens aimants et sans cupidité, et tellement
bons à tout, que je certifie à Vos Altesses que je ne
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crois pas qu’il y ait dans le monde entier de meilleures personnes ni un meilleur pays. Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes. Ils ont une manière de parler, la plus douce et la plus affable du monde, toujours avec un sourire aimable. »
Mais la suite est bien surprenante :
« Cette conduite si affectueuse aida Colomb à se consoler de sa mésaventure et de la lâcheté des gens de son équipage, qui l’avaient abandonné au moment où il allait commander les manœuvres nécessaires pour sauver le bâtiment. Il se félicita même bientôt de cet événement , car il lui vint à la pensée de le mettre à profit en faisant construire en ce lieu une petite forteresse. »
Ainsi, à chaque marque d’amitié, à chaque service obligeant qu’il avait reçus des naturels, Colomb avait répondu par la construction d’une forteresse destinée à les asservir.
Si l’on pense, en outre, que les hommes laissés par
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lui pour défendre ces forts s’amusaient à piller les biens des indigènes et à enlever les filles et les femmes sous les yeux de leurs parents et de leurs maris, s’étonnera-t-on des représailles?
Un jour que Colomb, pendant ce second voyage, écoutait le service divin sur le rivage d’une île, un vieillard de quatre-vingts ans, qui était nu, s’approcha avec plusieurs autres hommes nus comme lui, et parut fort attentif à ce qui se faisait. Ensuite il offrit à l’Amiral un panier plein de fruits ; puis il lui tint le discours suivant, par le moyen d’un interprète :
« Il nous a été rapporté de quelle manière tu as enveloppé de ta puissance ces terres qui étaient inconnues de vous autres, et comment ta présence a causé aux habitants et aux peuples une grande terreur. Mais je crois devoir t’exhorter et t’avertir que deux chemins s’ouvrent devant les âmes lorsqu’elles se séparent de ce corps : l’un rempli de ténèbres et de tristesse, destiné à ceux qui nuisent aux hommes,
l’autre plaisant et délectable, réservé à ceux qui, en leur vivant, ont aimé la paix et la tranquillité des gens. Donc, s’il te souvient que tu es mortel et que les rétributions à venir sont mesurées sur les actions
bonnes ou mauvaises de la vie présente, tu ne feras nuisance h personne. »
Colomb, comme le raconte Pierre Martyr, « admira ce remarquable jugement d’un homme nu », et lui répondit qu’il « connaissait bien ce qu’on venait de lui dire des divers chemins et peines ou récompenses des âmes se séparant du corps, mais aussi que iusqu’alors il avait supposé ces choses être inconnues aux habitants de ces régions. » Il ajouta qu’il ne venait faire aucun mal, mais au contraire du bien, en débellant les Cannibales et autres méchantes gens.
On livra en effet, incidemment, quelques combats aux Cannibales qui se rencontrèrent dans les îles autres que celles parcourues jusqu’alors.
Mais plus souvent, au lieu de faire la guerre aux
Cannibales, les Espagnols se la faisaient entre eux, quand ils n’élaient pas occupés à attaquer les peuples inoffensifs.
Ces indignes compagnons de Colomb n’étaientpour la plupart que des aventuriers paresseux et cupides. « Adonnés à méchancetés, larcins et rapines, ils perturbaient les cœurs des habitants; pour laquelle chose, en plusieurs lieux, lesdits habitants, autant qu’ils en trouvaient à l’impourvu, les mettaient à mort, comme faisant à Dieu sacrifice. »
A quoi avaient servi les violences? A changer des amis en ennemis. Voilà quel avait été le fruit de ce raisonnement étrange, de cette singulière liaison
d’idées : « Ils aiment leur prochain comme euxmêmes. » Donc : « Ils sont faits pour obéir! »
De ces dix malheureux insulaires qu’on avait emmenés de force en Espagne, six seulement avaient pu figurer dans le triomphe de Colomb. L’un était mort
pendant la traversée ; trois se trouvaient malades en débarquant à Palos ; ils y restèrent et y moururent bientôt. Des six qui survivaient, trois encore moururent par le changement d’air et de régime et par le regret du pays. Les trois autres, sur lesquels on comptait pour servir d’interprètes dans le second voyage, aperçurent h peine du haut du vaisseau leur terre natale, qu’ils se jetèrent à la mer pour se réfugier dans leurs chères forêts.
Colomb avait commis des injustices, il allait en subira son tour. Ainsi cette épopée toute faite a sa moralité comme sa péripétie.
Il mit à la voile, le 10 mars 1 494, pour revenir en Espagne. Il emmenait avec lui 225 passagers et 30 Indiens , parmi lesquels était le cacique Caonabo, de race caraïbe, qui mourut dans la traversée. Colomb toucha à Marie- Galande, puis à la Guadeloupe, où il eut un engagement avec les insulaires. Le 20 avril,
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il s’éloigna de la Guadeloupe, s’égara, et lutta péniblement, pendant un mois, contre les vents alizés. Les provisions s’épuisaient, la famine commença à se faire sentir et à exaspérer les gens des équipages : les uns voulaient jeter à la mer les Indiens, les autres voulaient les tuer et les manger. Enfin on arriva en vue du cap Saint-Vincent, et le 11 juin on entra dans la baie de Cadix. On était parti le 25 septembre 1493, on revenait le 11 juin 1 494; le second voyage avait donc duré près de neuf mois.
« Ce retour de Colomb fut loin de ressembler au premier. Les Espagnols qui l’accompagnaient étaient tristes, découragés, irrités contre lui. Dès qu’ils eurent le pied sur le sol de l’Espagne, ils se répandirent en malédictions contre l’Amiral, à cause des déceptions qu’ils avaient trouvées à l’île de Saint-Domingue. Où étaient ces trésors qu’on leur avait promis? Ils revenaient pauvres, maladifs, n’ayant à raconter que des épreuves, des privations de toutes sortes, des
dangers, des guerres soutenues contre les insulaires. En vain Colomb essaya de ranimer l’enthousiasme public; en vain il faisait marcher devant lui, dans les villes qu’il traversait en allant à Burgos, les Indiens captifs, dont l’un, frère de Caonabo, portait une chaîne d’or du poids de 600 castillans; en vain il vantait la découverte des mines d’or trouvées dans la partie méridionale d’Hispaniola ! Ces efforts pour remuer l’imagination étaient trop au-dessous des espérances qu’il avait fait naître et partagées. Les populations, avec leur mobilité ordinaire, se jetèrent d’une extrémité à l’autre, et commencèrent à regarder avec dérision l’homme que, un an auparavant, elles avaient honoré comme un demi-dieu. Toutefois les souverains le reçurent, à Burgos, avec bienveillance, et écoutèrent son récit avec intérêt. Mais, lorsqu’il proposa une troisième expédition, il remarqua plus de froideur chez le roi. Ce fut seulement au printemps de 1 498 que, grâce surtout à la reine, il