C H UI S T 0 P H E COLOMB 21 Ô
l’éloigner delà pensée de retourner à Saint-Domingue. A cette occasion, des lettres royales datées de Valence de Torres, 14 mars 1502, confirmèrent à Colomb toutes les conventions précédentes entre les souverains et lui et toutes ses dignités1. »
Ferdinand se disait sans doute, avec une loyauté égale à celle de Jean II de Portugal : « Ce que Colomb découvrira n’en sera pas moins acquis à l’Espagne, quand même la politique m’obligerait de ne pas tenir ma parole. »
Ce n’était ni la première fois, ni la dernière, que la raison d’État, comme elle s’appelle, faisait bon marché de la justice, et que « la grande morale », celle des souverains, se moquait de « la petite », celle de Dieu.
1 Voyageurs anciens et modernes.
Le 9 mai de l’an 1502, l’Amiral, âgé de soixantesix ans, et qui en avait passé plus de quarante à naviguer, se remit en mer, avec quatre petites caravelles peu profondes, afin de pouvoir suivre les rivages et entrer dans les baies ou les détroits.
Comme s’il avait eu connaissance des deux grands continents de l’Amérique et de l’endroit où ils ne se tiennent que par un fil, Colomb arriva tout droit à ce fil, que nous appelons l’isthme de Panama, et là, juste au point le plus mince, voulut passer, et tâtonna longtemps. 11 rêvait un détroit qui, en effet, serait bien là, s’il était quelque part, et c’est là que bientôt on le fera. Mais Colomb était loin de se douter qu’au delà il aurait trouvé l’immense étendue de l’Océan Pacifique. Il longea toute la côte des Mosquitos, appelée aujour-
G H H I S T 0 P II E CO LO Mil 2 I 7
d'hui Costa Rica, à cause de ses mines
d’or et d’ar-
gent. On en désigna les gisements à l’amiral.
Il touchait enfin à la source de ces richesses si longuement et si ardemment convoitées. Aussi il
éclate en lyrisme ; on croit d’abord entendre du Pindare : Ariston mèn chrysos....
« L’or est une excellente chose; c’est de for que naissent les richesses, c’est par lui que tout se fait dans le monde, et son pouvoir suffit souvent pour envoyer les âmes en paradis. Les grands du territoire de Veragua ont pour coutume de se faire enterrer avec tout for qu’ils possèdent. On porta à Salomon 656 quintaux de.ee métal, sans compter l’or que prirent avec eux les marchands et les matelots et celui qu’ils donnèrent aux Arabes. Salomon employa cet or à faire fabriquer deux cents lances, trois cents boucliers, et un plancher orné de pierres précieuses; il fit faire, en outre de grands vases incrustés de pierreries, et plusieurs autres objets d’une grande valeur. Celle circonstance est rapportée dans l’ouvrage de l’historien Josèphe : De Antiquitatibus Judœorum , dans les Paralipomènes , et dans le livre de<
Bois. Josèplie rapporte que cet or provenait d’une ile ap~ pelée Aurea (l’île d’Or). S’il en est ainsi, je suis certain que les mines de cette île sont les mêmes que celles de Ve~ ragua, puisqu’elle est située à vingt journées vers le couchant, et qu’elle se trouve éloignée du pôle et de la ligne équinoxiale. Solomon acheta des marchands tout cet or, cet argent et ces pierres précieuses, tandis que Vos Aîlesses peuvent les faire recueillir, sans courir le moindre danger, dès qu’il leur plaira. David laissa par son testament à Salomon 3,000 quintaux d’or des îles des Indes, pour l’employer à la construction du Temple, et, selon le rapport de Josèplie, David était né dans ces contrées. Il est écrit que
le mont Sion et la ville de Jérusalem doivent être reconstruits par la main d’un chrétien : quel est-il? Dieu le dit ainsi par la bouche du prophète, dans le quatorzième psaume. L’abbé Joaquim a assuré que cet élu devait être Espagnol. Saint Jérôme montra à la sainte femme le chemin pour y arriver. L’empereur de Cathay, depuis quelque temps, a demandé avec beaucoup d’instance des hommes instruits, afin d’apprendre d’eux les dogmes de la religion chrétienne. Mais qui se chargera de faire parvenir jusqu’à lui ces hommes apostoliques? Si Dieu me permet de revenir en Espagne, je promets à Vos Altesses de les y con-