‹ Christophe ColombChapitre 22 sur 31 · G H H I S T 0 P H E GO LO MP · texte numérisé non relu

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d’une part, celui de la légende et de la poésie; de

l’autre, celui de la réalité et de l’histoire. M. Rosclly en a inventé un troisième, celui des congrégations et

des confréries. Ce Christophe Colomb d’une nouvelle espèce n’est plus un marin, c’est un capucin; entendez bien que je parle sans métaphore : Colomb, pour avoir reçu l’hospitalité au couvent des Franciscains de la Rabida, devient non- seulement l’ami des

Franciscains, mais Franciscain lui-même, d’âme *

comme d’habit.

Le père gardien, qui accueillit Colomb et son enfant, est, dans cette histoire fantastique, le collaborateur du Génois, et même son inspirateur. L’auteur lui attribue, à ce bon Jean Perez, tout l’honneur, peu s’en faut, du projet de Colomb, qui aurait bien moins, d’après ce récit, communiqué que reçu des idées.

Bref, les Franciscains ont presque tout fait, comme le prouvent leurs archives, qui sont détruites ;“et Rome avec eux a tout conseillé, tout conduit; et Colomb a

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élé tout au plus l’instrument que le clergé et l’Église ont bien voulu employer.

Rien n’est plus ridicule que de telles assertions; rien n’est plus maladroit aussi, plus compromettant pour la cause qu’elles ont dessein de servir; elles forcent le lecteur de remarquer combien le contraire est évident : car de l’Eglise et du clergé vinrent la plupart des obstacles qui faillirent tout empêcher. Sauf deux ou trois exceptions honôrables, que nous avons notées, on a pu voir que Christophe Colomb n’eut pas d’adversaires plus redoutables que les théologiens, soit présents, soit passés, à commencer par les Pères de l’Église. On se rappelle que le confesseur de la reine, Fernando de Talavera, à qui le tiénois était recommandé, rejeta son projet comme chimérique, au lieu de lui procurer une audience d’Isabelle, et que le conclave de Salamanque réprouva l’idée du pauvre marin comme contraire aux textes sacrés et sentant l’hérésie. Il est vrai qu’après le

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et de prendre part aux grands résultats : Rome se hâta de nommer un vicaire apostolique pour Us Indes , — puisqu’on croyait toujours, comme Colomb, que c’était des Indes qu’il s’agissait. — Tous les Ordres religieux rivalisèrent à qui enverrait des représentants, ou, pour mieux dire, se disputèrent, plus tard encore, l’honneur d’avoir été les premiers à en envoyer.

Voilà la vérité. Mais M. Roselly a changé tout cela. A son avis, « Colomb est l’homme de l’Église. »

« Colomb appartient à l’Église bien plus décidément qu’à la marine. Quoique fixé dans le monde par ses fonctions, il vivait habituellement plutôt en religieux qu’en laïque. »

On nous le représente à chaque instant disant l’office des Franciscains, priant, se confessant, communiant, faisant dire des messes sur tous les rivages et plantant des croix de mission à tout bout de

CHJIISTOPHE COLOMB

champ. Il est en communication constante avec les Franciscains ses très-chers frères, particulièrement avec Juan Perez, qu’on fait voyager pour cela, bon gré mal gré, en Amérique, par des séries de conjectures et d’explications impossibles. Perez est le Pylade, l’Achate, l’Arcas, le Théramène de Colomb. Colomb lui confie toutes ses pensées, même celles qu’on n’a jamais pu savoir.

« Dans le sein de son ami furent déposés des secrets que nul n'a connus. (N’est-ce pas joli?) Ce qu’il avait enduré des hommes, ce qu’il avait reçu de Dieu, ses conjectures particulières, qu’il ne confia point au papier , ses doutes cosmographiques, les aperçus indéfinis, ébauches de sa pensée, les hardis corollaires de son intuition , tout fut versé dans ce vaste cœur que recouvrait la bure de saint François... »

Remarquez, en passant, ce style de mélodrame. Aux temps heureux de l’Ambigu -Comique, alors que

florissait Lazare le Pâtre, M. Joseph Bouchardy,

l’homme à la carabine, chantait ainsi I

« Sous la bure qui recouvrait sa poitrine, Juan Perez de Marchena cachait un patriotisme généreux.

Ni l’âge, ni la science, ni les austérités n’avaient rétréci son cœur. »

Vous concevez que M. Roselly, par ce beau style, veut grandir autant que possible le bonhomme Perez, et avec lui tout l’Ordre des Franciscains, et tous les moines qu’il y a, « depuis que le monde moinant moina de moinerie. »

Écoutez plutôt : « Christophe Colomb précédait les nouveaux apôtres , ses frères les Franciscains , ses amis les religieux de saint Dominique, que devaient suivre bientôt les saints émules de François Xavier. »

« Il a, le premier, porté la croix sur la terre nouvelle. Il a été le précurseur des missions, le héraut du

catholicisme, le mandataire tacite de la papauté. »

Tacite est bien agréable, et heureusement trouvé.

Tacitel Voilà pourquoi personne ne s’en était douté

jusqu’à présent. M. Roselly nous apprend aussi, entre parenthèses, que Rome ne condamna jamais la doctrine de Galilée, comme on l’avait toujours cru. Apparemment elle lui donna aussi une approbation tacite. Qui sait si l’Inquisition elle-même n’avait pas une sympathie tacite pour tous ceux qu’elîe brûlait? En vérité, le livre de M. Roselly est une révélation.

Quand on le lit, on va de surprise en surprise. L’audace de ses assertions vous donne des éblouisse-

ments. Voyez encore : « En reconnaissant l’influence manifeste de la Grâce sur les prodiges du Révélateur de la Création, les sincères chrétiens verront simultanément dans sa vie la plus haute glorification individuelle possible du Catholicisme. . ,V Église seule , c’est-à-dire le clergé à tous les degrés de la hiérarchie, dans la complète représentation de ses pouvoirs

et de ses dignités, concourut à r accomplissement de

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