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par une réaction inévitable, un cri de réprobation s’est élevé contre Amerigo Vespucci, comme si c’était lui qui eût volontairement dépouillé Colomb de sa renommée et qui lui eût traîtreusement volé sa gloire. Tout porte à croire qu’il n’en est rien. M. Édouard Charton, toujours consciencieux et équitable, s’exprime ainsi : « Amélie Vespuce n’a pas droit à une place élevée parmi les illustres voyageurs des quinzième et seizième siècles. Sa renommée dépasse de beaucoup ses talents ainsi que ses services, et l’honneur qu’on lui a fait de donner son nom au Nouveau Monde, que l’on aurait dû appeler Colombie, est certainement immérité. Mais est-ce bien à lui-même qu’il faut imputer cette injustice? A-t-il jamais prétendu déposséder Colomb de sa gloire? S’est-il rendu coupable, comme on le dit souvent , de mensonge, d’impudence et de faux? Il est aujourd’hui permis de concevoir des doutes sérieux à ce sujet. Améric Vespuce était un honnête homme, 'es-
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timé de ses contemporains et de Colomb iui-même. Il ne manquait ni d’instruction, ni d’esprit, ni de courage, et, après beaucoup de travaux, de fatigues et d’épreuves, il mourut pauvre. C’est très-probablemeqt par suite d’une fatale erreur d’abord, par amour-pi opre national ensuite, qu’on l’a grandi au delà de toute mesure raisonnable. Par réaction, une clameur universelle s’est élevée contre lui; on l’a pris en haine et on l’a, pour ainsi dire, calomnié par
amour et par enthousiasme pour Christophe Colomb. 11 semble qu il serait plus équitable de le laisser au rang très-secondaire qui lui convient, et de se consoler d’entendre si souvent répéter son prénom à côté des noms d’Europe, d’Asie et d’Afrique, en songeant que les autres coutinents et la plupart des États n’ont reçu des dénominations ni plus justes ni plus satisfaisantes sous aucun rapport. »
Après tout, Amerigo eut le mérite de contribuer plus qu’aucun écrivain de son temps à éveiller et à
contenter la curiosité de l’Europe nu sujet des nou-
veaux pays découverts. Si le hasard l’en a récompensé au delà de toute mesure, est-il juste de lui en faire un crime, et doit-on oublier qu’il fui estimé d’un grand nombre de contemporains très-notables, et de Colomb lui-même, comme on vient de le voir?
Quoi qu’il en soit, le nom de Colombie fut donné
seulement à la partie de la terre ferme où Colomb avait abordé dans son troisième voyage. Il eût été convenable d’étendre ce nom au moins à tout le
continent méridional. Quant au continent septentrional, il eût pu recevoir sans injustice le nom de Sébastien Cabot, qui le premier en avait parcouru les côtes. Enfin, pour achever de régler ce compte, il n’eût pas été mal, à mon avis, que Marlin-Alonzo Pinzon, qui avait tant contribué de son inlluence et de son argent à la première expédition de Colomb,
et qui avait découvert Haïti, eût laissé son nom à
cette grande île plutôt qu’à la Martinique, si tant
est que le nom de Martinique vienne de Martin- Alonzo. L’insubordination de ce marin aventureux ne devait pas, en bonne justice, le frustrer à jamais de la part de renommée à laquelle il avait droit.
En résumé, il n’est pas nécessaire, — pour réclamer au nom de Colomb, de Cabot et de Pinzon, — d’accuser Amerigo Vespucci.
Achevant cette esquisse des grandes découvertes maritimes qui signalèrentda fin du quinzième siècle, il nous reste à parler de Vasco de Gama.
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