‹ Christophe ColombChapitre 29 sur 31 · VASCO DE GAMA · texte numérisé non relu

VASCO DE GAMA

Sans diminuer la gloire de Christophe Colomb, nous ne devons pas perdre de vue que les Portugais, depuis près d’un siècle, étonnaient le monde par leurs découvertes géographiques et avaient donné le premier essor aux entreprises qui se proposaient de rejoindre les Indes par une route nouvelle.

A la vérité, l’idée originale de Colomb fut de vouloir les rejoindre directement par l’ouest; les Portugais se contentaient de chercher à tourner l’Afrique :

ils ne faisaient donc que reprendre l’idée ancienne du périple d’Hannon. (Voir notre chapitre Ier.) D’année en année, ils poussaient plus avant dans l’Océan, vers le sud-ouest.

En 1486, ce Bartolomeo Diaz dont nous avons eu occasion de parler (page 175), alla jusqu’à l’extrémité sud de l’Afrique ; mais, assailli par d’horribles tourmentes, il n’osa remonter l’Afrique de l’autre côté, et donna à cette pointe fatale le nom de Cap des Tempêtes, que le roi de Portugal se hâta de changer en celui de Bonne-Espérance, ne voulant pas qu’un nom de sinistre augure décourageât les entreprises.

Dix années cependant s’écoulèrent encore avant que l’on osât doubler ce Cap terrible. Les imaginations populaires le croyaient gardé par quelque génie, et Camoens, dans ses Lusiades, n’a fait que s’emparer des traditions qui avaient cours, en posant le géant Adamastor debout sur le Cap des Tempêtes pour interdire aux hommes téméraires l’entrée de

CHRISTOPHE COLOMR

ces mers inconnues et de ces solitudes sacrées.

Il fallut le courage de Vasco de Gaina, stimulé par la gloire de Colomb, pour oser forcer ce passage.

Yasco de Gama était né à vingt-quatre lieues de Lisbonne, dans une petite ville maritime nommée Sines. Ce serait en 1469, selon une opinion reçue; mais cette date est bien invraisemblable, à moins d’admettre qu’il fût âgé de vingt-huit ans seulement lorsque le roi lui confia cette grande expédition en 1 497, et de supposer d’autre part, chose encore plus inadmissible, qu’une sorte de sauf-conduit accordé nominalement à Yasco de Gama pour passer à Tanger, a la date de 1478, l’eût été à un enfant de neuf ans. Il est

donc évident que cette date, de 1469, doit être reculée au moins d’une dizaine d’années.

La famille de Gama était connue en Portugal dés le xme siècle, mais surtout au xve. Estevan de Gama, père de Vasco, jouissait d’une grande réputation comme marin. Vasco débuta sous lui dans les mers de

l’Afrique et acquit de bonne heure une grande expérience de la navigation. Il dut à son caractère décidé et entreprenant d’être chargé par le roi de Portugal d’une mission qui demandait de l’audace. Un navire portugais, revenant de Mina avec une cargaison de poudre d’or et d’autres riches marchandises, avait été pris, en pleine paix, par des corsaires français. Le roi donna à Vasco l’ordre d’aller saisir dans les ports du royaume tous les navires français qui s’y trouvaient [mouillés. Gama commença à s’acquitter de cette mission ; mais le roi de France, Charles VII, s’était hâté d’ordonner la restitution du bâtiment portugais et la punition des pillards : Gama n’eut donc pas à prolonger cette lutte.

Au retour de Bartolomeo Diaz, Gama fut chargé

de poursuivre la circumnavigation de l’Afrique. Plusieurs années furent employées à rassembler des documents de toutes sortes, principalement les instructions de deux autres voyageurs portugais, Alphonse

CHRISTOPHE COLOMR

de Païva et Pierre de Covilham, qui, en 1 487, avaient reçu de Jean II l’ordre de se rendre dans 1 Inde par Alexandrie. Là ils s’étaient séparés. Covilham avait pris la route des Indes, et Païva celle de l’Éthiopie ; le premier avait visité Aden, Goa, Calicut, Cananor, Codchim. A son retour, il avait parcouru les côtes de la Perse, celles de l’Arabie et de l’Afrique, avait doublé le cap Gardafui, était arrivé à Mozambique, ayant observé en passant les royaumes de Mélinde, de Quiloa et autres, et était venu aborder à Sofala. Surpris par la mort au Caire, il avait eu le temps d’envoyer à Jean II une carte marine dans laquelle il avait marqué tout son voyage.

Gama, muni de ces documents, partit enfin de Lisbonne le 8 juillet 1 497, résolu à tourner l’Afrique et à parvenir aux Indes. Bartolomeo Diaz était au nombre des cent soixante hommes qui l’accompa-

gnaient sur trois navires.

Aux approches du Cap redoutable, les Ilots s’agi-

Page 1