‹ Christophe ColombChapitre 7 sur 31 · C H H I S T 0 P H E COL O M H · texte numérisé non relu

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une lyre. Un autre, Gagliuffi, s’écrie en voyant la prétendue maison natale de l’illustre navigateur, à Co~

goleto :

Unus erat mundus; duo sint, ait ille : fuere.

« Il n’y avait qu’un monde. Qu’il y en ait deux, dit-il, et il y en eut deux. »

Voilà ce qui séduit les imaginations, amies du merveilleux et du surnaturel. Ici Colomb devient un dieu qui prononce son Fiat lux !

Le second Christophe Colomb, celui de la réalité et de l’histoire, raisonne seulement en homme, et en homme qui n’a que les connaissances de son temps, et en Génois propre au commerce. « En naviguant toujours à l’ouest, se dit-il, on doit finir, selon toute apparence, par retrouver le continent asiatique, tous ces riches pays dont parle Marco Polo : le Zipan-Gou, le Cathay, le Mangi, si abondants en or, en pierreries et en épiceries. »

Telle est sa vraie pensée, fort peu lyrique, mais plus sérieuse que celles qu’on lui prête, et d’autre part plus curieuse pour nous, en ce que, reposant sur une erreur de la géographie ancienne, elle allait pourtant amener la découverte la plus considérable de la géographie moderne.

Jusqu’alors on ne connaissait, pour atteindre les pays décrits par Jean du Plan de Car pin et par Marco Polo, que la route de l’est, la voie de terre, pleine de difficultés et de périls. Si, en naviguant à l’ouest, on pouvait arriver directement à ces mêmes pays, et obtenir ainsi beaucoup plus vite l’or, les pierreries et les épiceries, quel avantage ! quelle source de profits et de richesses! Voilà le raisonnement de notre Génois, qui ne se trompait que de l’épaisseur des deux Amériques et du Pacifique. Il n’est pas question là de nouveau monde, jamais il n’en sera question dans son esprit. S’il rencontre des îles très-nombreuses et un grand continent mal entrevu, il croira qu’il est

arrivé à l’endroit voulu, sur les côtes d’Asie; il appellera toujours Indes, Mangi, Cathay et Zipan-gou, ces pays inconnus; il gardera pendant toute sa vie cette croyance, il mourra sans être détrompé, nonseulement n’ayant pas prévu, mais n’ayant pas connu, même après coup, la découverte qu’il a faite, et que d’ailleurs avait déjà faite, un an avant lui, le Vénitien Sébastien Cabot (je dis, celle du continent).

Une idée commerciale est donc l’idée première qui met en campagne l’imagination du Génois. Avec cela, l’esprit d’aventure, et aussi la curiosité de connaître la terre et la mer, et d’aller aussi loin qu’on peut dans les secrets de la nature. Là-dessus, ensuite, il ajoute f intérêt de la religion chrétienne, les âmes à conquérir dans ces pays lointains, et les pays avec les âmes. Les princes catholiques accueillent cette idée, et arborent volontiers l’étendard de la foi, couvrant de ces

nobles couleurs l’ambition et la soif des conquêtes, ou pour le moins des entreprises commerciales. Mais la

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foi, très-visiblement, à qui lit avec soin les textes,

n’est là que par-dessus le marché. L’humanité est

ainsi faite. Un soir, on parlait des Croisades devant

Napoléon : « Le tombeau du Christ, ah bien oui!

dit-il; les échelles du Levant et le commerce, à la

bonne heure! voilà la vraie raison des Croisades! » Colomb alléguera aussi le dessein de délivrer le tombeau du Christ, au moment où il verra baisser la faveur et l’enthousiasme.

Christophe Colomb, pendant sa jeunesse, avait eu l’imagination remplie des souvenirs que Marco Polo avait, laissés à Gênes, vers 1298, alors qu’il y était retenu prisonnier et qu’il dictait à un compagnon d’infortune, Rusticiano, de Pise, la relation de ses voyages. L’usage des copies manuscrites de cette relation fut assez commun dans le temps où Colomb s’occupait de son projet, entre 1471 et 1492. La description des richesses de l’Asie orientale avait redou blé l’ardeur des voyageurs à s’élancer de ce côté. La

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plupart des navigateurs continuaient à chercher les moyens d’abréger la route de l’est, soit par terre, soit en découvrant la route de mer au delà de l’Afrique; mais d’autres s’étaient arretés à la pensée d’une route plus directe par mer vers l’occident.

Dix-huit ans avant son premier voyage de ce côté, Colomb avait su que le roi de Portugal Alphonse V avait fait demander à l’astronome Toscanelli, de Florence, par le chanoine Fernando Martinez, une instruction détaillée sur le chemin de l’Inde par la voie

de l’ouest. Il s’empressa d’écrire, lui aussi, au savant

Florentin; Toscanelli répondit à Colomb en 1474, et lui communiqua une copie de la lettre qu’il avait adressée au chanoine Fernando Martinez :

« Je vois, dit-il à Colomb, que vous avez le grand et noble désir de passer dans le pays où naissent les épiceries, et, en réponse à votre lettre, je vous envoie la copie de celle que j’adressai, il y a quelques jours,

à un ami attaché au service du sérénissime roi de Portugal, et qui avait eu l’ordre de S. A. de m’écrire sur le môme sujet... Je pourrais, un globe à la main, démontrer ce que l’on désire; mais j’aime mieux, pour l’intelligencelle l’entreprise, marquer le chemin sur une carte semblable aux cartes marines, où j’ai dessiné moi-même toute l’extrémité de l’Occident, depuis l’Irlande jusqu’à la fin de la Guinée vers le sud, avec toutes les îles qui se trouvent sur cette route. J’ai placé vis-à-vis (des côtes d’Irlande et d’Afrique), droit à l’ouest, le commencement des Indes, avec les îles et les lieux où vous pourrez aborder. Vous y verrez aussi à combien de milles vous pour-

rez vous éloigner du pôle arctique vers l’équateur, et à quelle distance vous arriverez à ces régions si fertiles et si abondantes en épiceries et en pierres précieuses. »

Toscanelli écrivit ensuite à Colomb une seconde

lettre, dans laquelle il lui disait : « Vous aurez vu que le voyage que vous voulez entreprendre est moins difficile qu’on ne le pense; vous seriez persuadé de cette facilité si, comme moi, vous aviez eu occasion de fréquenter un grand nombre de personnes qui ont été dans ces pays (l’Inde des épiceries). »

Ainsi, dès l’année 1474, le projet qui devait amener les grandes découvertes géographiques de 1 492 était sérieusement à l’étude en Italie et en Portugal. Christophe Colomb était bien l’homme qu’il fallait pour entreprendre de le réaliser.

Né à Gênes, vers 1436, il était le fils aîné d’un fabricant de lainages qui eut assez de ressources

pour assurer à ses enfants les bienfaits d’une instruction très-supérieure à celle de la plupart des fils d’artisans de ce temps-là. Christophe fut envoyé à FUniversité de Favie. Dans sa quatorzième année ? il interrompit ses études universitaires et commença son apprentissage de marin.

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