CHAPITRE TROISIEME. Al
l'épitaphe des grandes matrones romaines : Lanam ferit. Jamais son époux ne porta de linge qu'elle n'eût entièrement façonné de ses mains.
Sa modestie égalait ses lumières : dans les conseils, elle se montrait avant tout soucieuse de s'éclairer, et, sa résolution une fois prise, elle trouvait pour l'imposer les formes les plus gracieuses, les plus poétiques. Un jour, respectueusement blâmée de procéder avec trop de lenteur à la mise en état de siège de Grenade, elle cueillit vme grenade qui se trouvait à sa portée, et, la mangeant lentement, grain à grain : « C'est grain à grain, dit-elle, que doit se manger la grenade. »
Isabelle est au-dessus du panégyrique; le superlatif l'atténue; on ne devrait parler d'elle que simplement, froidement ; on ne le peut pas.
M. de Montalembert la proclame « la plus noble créature qui ait jamais régné sur les hommes. »
Parmi ses contemporains, Oviedo se perd dans la contemplation de « cette âme immense, de cet océan de vertus. » D'autres la comparent à sainte Hélène, mère de Constantin, à sainte Thérèse, à sainte Elisabeth de Hongrie. Pierre Martyr écrit à un des plus illustres Romains de la Renaissance : « Prends pour un feuillet sibyllin, Pomponius, ce que je vais te dire : cette femme est plus forte qu'un homme fort, supérieure à toute àme humaine, un modèle de décence et d'honnêteté. »
Le chapelain de Ferdinand renonce à peindre tant de charmes et do vertus; tout ce que le roi, dit-il, possède de grâce, de distinction, de dignité, se trouve réuni, mais à un degré bien plus éminent chez cette reine, la félicité, l'honneur des Espagnes, le plus bel exemplaire de toutes les vertus.
Enfin, le cardinal franciscain Cisneros, aussi grand savant qu'habile ministre, déclare que le soleil n'éclaira jamais sou égale.
Ce dernier personnage n'avait pas seulement été appelé aux conseils d'Isabelle, il avait pénétré à la fois dans son génie et sa conscience. Mais, avant lui, la reine avait trouv('\ dans la famille franciscaine, un dircctour qui
devait, plus tard, exercer une influence capitale sur l'acte le plus glorieux de
son règne.
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Juan Ferez de Marchena n'avait encore d'autre titre qu'une naissante réputation de science et de sainteté, lorsque Isabelle avait choisi pour confesseur ce simple religieux franciscain. Le siij(M. avait obéi, mais le moine avait soupiré,