‹ Christophe Colomb et la découverte du Nouveau mondeChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

moins durable, les moindres détails de son arrivée dans le nouveau monde? A mon avis, la meilleure liistoire de Cliristophe Colninb, ce serait la collection des écrits de ce grand homme, accompagnée de commentaires, (|ir(tii serait libre de ne pas lire.

Les quelques pages siiivanlcs donneront une idée de ce que serait cette histoire. On y verra en toute ingénuité la somme d'impression (pu^ produisirent Tune sur Faulre deux branches de la race humaine, pour la première l'ois rapprochées depuis le jour mysiérieux du grand divorce.

« Voulant avant (oui, dit Colomb, inspirer de l'amitié aux habitants de cette ile, et certain, à les voir, (pi"ils se fieraient mieux à nous, et seraient mieux |)ortés à adopter notre sainte foi, si nous usions, pour les y amener, plutôt de douceur que de violence, je donnai à quelques-uns d'entre eux des bonnets de diverses couleurs, et des lils de perles de verre, dont ils se firent aussilùt des colliers. J'y ajoutai (Tautres bagatelles qui les firent si joyeux, si reconnaissants, que nous en fûmes dans l'admiration. Dès qu'ils nous virent remontés sur nos eml)arcations, ils se jetèrent aussitôt à la nage, et vinrent nous offrir des perroquets, du fil de coton, des zagaies et bien d'autres objets encore, en échange desquels nous leur donnions des perles de verre, des grelots et d'autres choses. Ils prenaient tout ce que nous lenr donnions et donnaient tout ce qu'ils avaient. Mais ils me parurent extrêmement pauvres en toute chose.

c< Les hommes et les femmes sont nus comme au sortir du sein de leur mère... bien faits du reste, et dévisage agréable. Leurs cheveux, gros comme des crins de cheval, tombent par devant jusque sur les sourcils. Par derrière ils en laissent croître une longue mèche... ces cheveux ne sont pas crépus... ('es hommes sont en vérité d'une belle race : ils ont le front et la tèle pins larges que les autres natnrels que j'ai pu voir dans mes voyages; leurs veux sont beaux et grands, leurs jaud)es très-droites... leur taille élevée... leurs mouvements gracieux. Quelques-uns se peignent d'une couleur noirâtre, mais

naturellement ils sont de la même couleur que les naturels des îles Ganares (les Canaries). . . Plusieurs se peignent en blanc, en rouge, ou de quoique autre cou-

leur, soit le cor|is tout entier, soit le visage ou les yeux, ou même seulement le nez. Ils n"oiil |ioint d'armes comme nous, et ignorent même ce que c'est. Quand je leur montrais des sabres, ils les prenaient par le trancliant et se

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coup.iicnl los doi;^ts. Ils ne possrdciil poinl de for. Leurs zagaies soiil des l)à((iiis auxquels s"ad.i|ile une deul de poisson ou (luelque aulre corps dur el aigu.

« Ayant observé que plusieurs asaient sur le corps des cicalrices, je leur demandai par signes comment et par qui ils avaient été blessés, et ils me répondirent, de même, que les habitants des iles voisines venaieni les alkupier pour les prendre, el qu'eux se défendaient. Je pensai qu'en effel on vient delà terre ferme pour les faire prisonniers et esclaves, d'autant (pi'ils doivent être des serviteurs fidèles et très-doux. Ils répètent vite et facilement ce qu'ils entendent, et je crois qu'il serait aisé de les convertir au christianisme, car il ne me parait pas qu'ils soient d'aucune secte.

c( Le samedi 15 octobre, au poinl du jour, nous vîmes accourir sur le rivage beaucoup d'hommes jeunes el d'assez grande taille... ils approclièicnt de mou navire dans des pirogues faites d'un seul tronc d'arbre, et travaillées d'une manière suriirenante jiour un pays si pauvre. De ces pirogues, les unes pouvaient porter de quarante à quarante-cinq hommes; d'autres étaient moins grandes, et quelques-unes si petites cju'un seul homme y pouvait tenir. Ils n'ont pour aviron qu'une sorte de pelle à boulanger, dont ils se servent tort adroitement. Lorsqu'une de ces pirogues vient à chavirer, tous ceux qui s'y trouvent se jettent à la nage, la redressent et enlèvent l'eau (jui y est entrée à l'aide de calebasses, qu'à cet effet ils portent attachées au corps... Avant observé que plusieurs portaient comme ornement un petit grain d'ov logé dans un trou qu'ils ont au nez, je parvins à apprendre, toujours jiar signes, qu'en naviguant au sud de leur il(\ nous d('Couvririons une terre dont le roi possédait de grands vases d'or et une grande qualité de ce métal... Ayant aussitôt résolu de naviguer dans celte direction, dès l'après-midi du lendemain, je les invitai à nVaccoin|>agner, mais ils refusèrent, d'où je compris (pie du pays dont ils me parlaient on vouait souvent les attaipier... Les habitants de celte île sont doiw : il est Mai (pie, séduits par lesobji'ts que nous

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k'iir laissons voir, il arrive parfois que, n'ayanl rien à offrir en échange, ils les dérobent et se sauvent à la nage en les eniporlaul ; mais ils donnent volontiers tout ce ([u'ils possèdent pour nos moindres bagatelles, même pour des morceaux de vaisselle ou de verre cassé : j'ai vu un d'eux donner, pour trois de nos ]dus petites pièces de monnaie, environ trente livres de coton filé... C'est une des productions de cette ile ; n'y voulant pas demeurer longtemps, je ne saurais les connaître toutes. Par le même motif, et voulant tenter d'aborder à Cipango, le temps me manque pour faire chercher où les habitants de cette île se procurent l'or qu'ils portent à leur nez. Mais voici la nuit, et ils sont tous retournés à terre sur leurs canots. »

Ainsi qu'il l'avait résolu, Colomb entreprit dès le lendemain l'exploration des côtes de San Salvador. Il trouva partout, chez les naturels, le même accueil et les mêmes usages, sauf, en quel([ues endroits, des huttes grossièrement construites en forme de lentes, et de délicieux vergers où poussaient des légumes, des arbres à fruits, et dans ces jardins, « les plus beaux qu'il eût jamais vus, » des sources d'eau douce très-abondantes, et ce qui, ilans sa bouche, devient un trait de caractère, « des pierres propres à bâtir des églises. »

Les habitants, venus à lui à la nage ou en pirogues, insistaient pour qu'il débaaquât ; mais la crainte des récifs lui fit prendre le large, et, bientôt, il se trouva entouré d'un si grand nombre d'îles, qu'il ne savait à laquelle aborder : « ses yeux, dit-il, ne se lassaient pas d'admirer des verdures si belles et si différentes des nôtres, et il venait de terre une si bonne et si suave odeur, que c'était chose la plus douce du monde. »

Il se détermina enfin pour celle de ces îles qui lui paraissait la plus grande, et il en prit possession dans les formes accoutumées; comme à San Salvador, il y fil élever une croix, et donna à la seconde terre où il eût abordé le nom de Sainte-Marie de la Conception. N'y ayant trouvé ni or ni rien qui dût le retenir, il continua ses explorations en débarquant dans une autre ile, qu"en

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