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CIIIUSTOIMIE COLUMl!.
Celle lerre, que je Jie veux pas encore appeler du nom qu'elle doil à l'ingralilude, cette terre, (pi'une flamme, une âme, peut-être, avait déjà révélée à Colomb, elle venait d'être signalée par un matelot de la Pinta nonuné Juan liodriguez Bermejo.
L'Amiral, tombé à genoux, les mains levées au ciel, les joues inondées de larmes, entonnait le Te Deum, répété d'une seule voix par les trois caravelles.
La prière dite, il se releva seul, tout réqui])age était aux pieds de l'homme de génie, du père, et Matheos baisait les mains de l'Amiral, du grand Amiral, don Christophe Colomb, vice-roi et gouverneur perpétuel de toutes les îles, terres fermes, etc., etc.
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I,{! reste (le la nuit se passa à bord dos trois caravelles dans des sentiniciils faciles à s'imaginer. Personne ne dormait, on peut le croire : beaucoup la connaissent, celte douce fièvre do l'arrivée! on pays nouveau, après une longue et périlleuse traversée. Ici, seulement, pour les trois quarts des compagnons
de l'Amiral, c'était, ai plus ni moins, ce que serait pour nous un mouillage nocturne en plein archipel de la voie lactée.
Par prudence, les navires avaient mis en panne. Chacun préparait sa grande tenue. Les uniformes, hien autrement éclatants que les nôtres, étaient tirés des coffres ; les armes fourbies, moins par précaution que pour tuer le temps. On mettait les navires en état de défense, vivement, allègrement, et en défiant ces périls que la discipline ordonnait de prévoir. Vainqueurs des éléments et de l'enfer, pouvait-on redouter des hommes? Ces mêmes marins, que des terreurs imaginaires avaient failli pousser au crime, au parricide, ils auraient maintenant assailli le Grand Kan et toutes ses armées, sur un signe de leur amiral. Mathcos ne tarissait pas d'éloges sur ce dernier, et tous les matelots faisaient chorus. Commandés par un ])areil chef, la réalité n'avait rien pour faire pâlir ces hommes, naguère si Iremhlants devant des fantômes.
Cela soit dit à la décharge de ces braves marins, — Mathcos excepté, — qu'il ne faut juger ni à la mesure de leur chef, ni d'après nos idées. Ils étaient de leur temps, et les défaillances de leur courage ont pour excuse des superstitions, et surtout des chimères cosmographiques ayant créance chez de savants hommes du quinzième siècle. A moins de l'égaler, comment auraient-ils cru au géui(^ de Colomb, tant qu'il lui manquait cette auréole du succès qui, seule, légitime aux yeux de la foule les royautés de droit ou défait?
Ne refusons donc pas à leurs fautes une amnistie que, sans attendre leur repentir, la magnanimité de leur chef a couvertes de son silence.
Seul d'entre eux, et c'est ce qui les frappa davantage en cetle mémorable veillée, Christo[)he Colomb n'avait point changé. Sa Joie sans doute était immense, mais aucune surprise ne s'y mêlait, non plus que l'étroit sentiment de la conservation personnelle. Semblable, ou plutôt égal à lui-même, dans le triomphe et dans l'épreuve, ses compagnons mutinés l'avaient trouvé
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cainu' cl sévorc; ropeiilauts cl soumis, ils le Irouvaicnl calme, l'adicux. paternel.
Au poiiil du jour l'escadre se uiil en mouvement. Poussée par une l'aible brise, elle glissait sur des eaux si transparentes, qu'elles laissaient voir iiu fond de rochers, dont on évita aiséiucul les saillies. Une rade, ou i)lul()t une plage faiblement arquée, offrant bientôt un atterrage moins sus])ect, Tanural en fit prendre la direction, et il ne tarda pas à reconnaître une île de peu d"élendu(>, et tellement plate cl étroite, qu'une vue perçante comuie la sienne en pouvait embrasser presque toute la superficie en largeur.
Les détails, à cette heure peu avancée du jour, furent moins prompts à se livrer. Une vapeur légère fondait les couleurs des objets et en émoussait les contours; d'immenses prairies humides et scintillantes de rosée encadraient un lac nuancé de bleu et de rose, des flaques d'eau nacrées miroitaient à travers ce voile, déchirera et là par des flèches d'or. L'ombre cl le jour confondaient ici leurs mystères, leur poésie, donnant à cet ensemble d'harmonieux contrastes une suavité ineffable, un aspect tendre, béat, paradisiaque. A le voir, les cœurs les plus durs s'épanouissaient comme des fleurs.
Et le soleil n'avait pas encore paru I qu'allait être ce jour précédé d'une telle aurore !
11 se leva enfin, ce Titan sublime et slupide; il inonda de sa lumière inconsciente celle moitié du monde où il était encore adoré comme un dieu, el où, bi(!nlôl, 1(! signe du salut, le soleil du Verbe, celte lumière qui illumine loul honnne venant en ce monde, allait renverser ses autels fumants et pourpres de sang humain.
D'abord, il parut n'éclairer qu'une solitude. Des prairies, des lagunes semées d'îlots de sable, de grands bosquets d'arbres d'une belle venue, mais |ioint d'animaux privésou sauvages, point d'habitations humaines, et aucune Irace, soit de culture, soit d'industrie.
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Bientôt cependant, en s'approchant davantage, on distingua qnclques habitants entièrement nus, qui, à la vue des navires, se retirèrent sans trop de précipitation dans les fourrés.
On jeta l'ancre; les chaloupes furent mises à la mer. Colomb y descendit, suivi de son état-major, comme lui en grande tenue, et, peu d'instants après, il pressait enfin de ses genoux, il baisait amoureusement cette terre, de toute éternité promise à sa toi et à son génie.
La navigation avait duré du 3 août 1492 au 12 octobre de la môme année : soixante-dix jours, dont trente-cinq environ de perdus, par suite de la relâche forcée aux Canaries.
Christophe Colomb, quand il prit possession du nouveau monde, ne se souvint que de ce qu'il devait à Dieu d'abord, et ensuite à l'Espagne. 11 harangua ses compagnons avec cette éloquence passionnée dont ses ennemis mêmes ont vanté le prestige, et termina en adressant à Dieu une prière, qui, devenue officielle, a été depuis répétée à l'occasion de toutes les découvertes faites par des Espagnols dans l'ancien et le nouveau monde. 11 planta ensuite en terre l'étendard de la croix, donna à File le nom de San Salvador, et, tirant son épée, il déclara prendre possession de cette île « au nom de N. S. Jésus- Christ, pour la couronne de Castille. »
Aussitôt, tous les assistants, l'état-major en tète, l'acclamèrent Grand Amiral, vice-roi et gouverneur général, et lui prèlèrcnt serment d'obéissance, en le priant d'oublier leurs torts envers lui.
A ce moment, revenus de la frayeur qu'avait dû leur causer un spectacle si étrange pour eux, quelques naturels s'approchèrent; l'accueil qu'ils reçurent en attira d'autres ; bientôt la confiance et la joie furent mutuelles , les échanges, les repas en commun, les essais de conversations, les jeux, les danses, les visites à bord commeiicèrent pour ne se terminer qu'à la nuit. Ainsi finit dans une joie commune ce jour que devaient suivre de si j)rès, pour les habitants du nouveau monde, lant d'années de misère et d'oppression.