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Déjà cependant approchait le jour on cette même république de Gènes, abusant d'une liberté qu'elle avait tant de lois conquise, perdue et reconquise allait devenir un fief du roi de France, entre les mains du traître Ludovic le More. Mais les divisions et les agitations stériles qui devaient un jour la rendre incrédule ou indifférente à l'offre d'un uionde que lui lit Christophe Colomb, n'avaieut pu encore se révéler à l'enfance de celui-ci, dans ce qu'elles avaient de funeste. Peut-être même gagnaienl-elles, dans un esprit aventureux, à leur contraste avec le calme d'une ville universitaire, déjà échapjjée, |)ar la servitude, aux orages de la politique.
Mais ce (pii avait dû surtout faire impression sur un enfaul né et élevé dans la ville de Gênes, c'était l'activité de cette vie toute maritime qu'il était appelé à Iransférer de son pays natal à une patrie adoptive; c'était l'éclat jeté par des victoires navales et des expéditions de commerce (l'un n'allait pas alors sans l'aulrt^) sur des noms tels ([ue ceux des Doria, des Fiesque, des Balbi, des Briguole, des Grimaldi, desDurazzo.
Déjà, en outre, à la suite des exploits de mer que rappelaient ces noms qui ne périront pas, on racontait à la Darse et sur le Vieux-Môle les hardis coups demain, les stratagèmes, les maïueuvres savantes d'mi certain François Colond), capitaine dans h's années navales du roi Louis XI, et surnommé l'Archipirate. Un autre Colond), distingué du jireniier par le surnom de Mozo (le jeune), faisait aussi parler de lui connue d'un vaillant amiral. Il commandait une petite escadre armée à ses frais, et, sous pavillon génois, mais à ses ris(pies et périls, il faisait la course, juscfu'au delà de Gibraltar, tantôt contre les Barbaresques, tantôt contre les Vénitiens rivaux de Gênes dans le commerce. C<'s expéditions passaient pour lui avoir fait acquérir de grandes richesses.
De tels souvenirs et de tels exemples, sans cesse avivés dans l'esprit de Colomb par sa corres|)ondance avec les siens, devaient trancher comme des S|)ectres de lumière sur les traditions, les nueiu's tranquilles el studieuses
i:il M'ITIII, l'IiKMIKIi. i:,
(111110 villo iiiissi ptHi iiiiii'iliiiio (|ii(' l'ost l'avic, ot nous no doufoiis pas (m'ils rraieiit <'aMso (le Ioniques cl i'nV|iioiit('s distractions aujenne écolier. Anssi, à |ieine eut-il ap|)ris les éléments de raslrononiie nauti(|ne (pTil hrùla d"e\périnientei' (Ml (inel(|ue sorte sur le vif, après en avoir obtenu le consentenienl de son ]tére.
A cet effet, il retourna à Gènes, où, pendant quelques mois, il partagea avec Rarthélemy, son frère, les humbles travaux de Dominique, dont la situation ne s'était pas améliorée. Peut-être à ce moment rencontra-t-il quelque opposition à des projets que nourrissait également Barthélémy. Mais enfin, pour l'un comme pour l'autre, la vocation l'emporta sur la tendresse et les appréhensions paternelles.
On |ieut croire en outre, malgré l'absence de preuves formelles à cet égard, (pie la renommée des navigateurs du nom de Colomb, dont nous avons jiarlé plus haut, i)eul-ètre même le passage de l'un d"eux à Gênes, hâta en les justiliant, la résolution des (ils et le consentement du ])ère. Ce qu'il y a du moins de certain, c'est que, embarqué dès l'âge de (piatorze ans, Christophe lit ses premières courses sons les ordres du |)liis âgé des deux Colomb, et ce n'est pas là nue faible présomption en laveur d'une parenté cpie les descendants de l'Archipirale et de son neveu devaient nu jour revendiquer avec tant d'énergie et de succès.
De tonte façon, lorsqu'il accueillit le jeune Christophe, rillustre amiral ne se doutait guère (pfil devrait un jour à celle recrue l'honneur d'être connu de nous.
Quelles campagnes firent-ils ensemble? c"est ce que nous ne savons jias au juste, non plus que bien d'autres particularités de la vie de Colomb. Les dates surtout font défaut à ce que l'on coiinail de ses courses dans la Méditerranée, mais ou sait (pi'en une d'elles, il re(:iil une blessure tellement grave (pi'il s'en ressentait encore dans sa vieillesse. Il y fait allusion en quehpies mois dans une lettre datée du 7 juillet I .')().".
16 Cil lu S TOI' Il K roLOMIÎ.
On tient également do Christophe Colomb lui-même, qu'il conimandn (les galères génoises, près de Tile de Chypre, dans une guerre contre Venise.
Il parle aussi d'un voyage à Chio, en des termes qui donnent une haute idée de son esprit d'observation, comme, dans un aulrc récit, se manifeste tel côté de son caractère qui fait déjà de lui un Ulysse chrétien.
C'est à propos d'une expédition à Tunis pour le service du roi René d'Anjou, lorsque les Génois, vers 1460, essayèrent de conquérir Naples contre la maison d'Aragon, au profit de Jean de Calabre allié de leur république : « Il m'arriva, écrit Colomb, d'être envoyé à Tunis par le roi Reinier (René), que Dieu a rappelé à lui, pour capturer la galère la Fernandina, et lorsque j'arrivai à la hauteur de l'île San Pietro, en Sardaigne, j'appris qu'il s'y trouvait deux vaisseaux et une caraque avec la galère, ce qui troubla tellement les gens de mon équipage, qu'ils prétendaient ne pas aller plus loin, mais retourner à Marseille pour chercher un antre vaisseau et prendre de nouvelles troupes. Connue je n'avais aucun moyen de les contraindre, je fis semblant de me rendre à leurs désirs; je changeai le point du compas et déployai tontes les voiles. C'était le soir; cl le lendemain matin nous étions à la hauteur de Carthagène, tandis que tous étaient persuadés que nous faisions roule pour Marseille. »
On ignore en quelle année Christophe Colomb franchit pour la première fois le détroit de Gibraltar, mais on tient de lui-même, qu'avant son premier voyage de découverte, il avait vu le nord de l'Europe, l'Angleterre, et qu'il était allé plusieurs fois de Lisbonne à la côte de Guinée.
Dans ses Prophéties {Profecias) il écrit : « Dès l'âge le plus tendre j'allai en nier, et j'ai continué de naviguer jusqu'à ce jour. Quiconque se livre à la pratique de cet art désire savoir les secrels de la nature d'ici-bas. Voilà déjà plus de quarante ans que je m'en occu])e. Tout ce qu'on a navigué jusqu'ici je l'ai navigué aussi. »
cil A PU ni:: rni:Mii;r.. 17
La plus imporlanlc de ces courses, par l'étendue de mer qu'elle embrasse, c'est celle qu'il poussa jusqu'en Islande. Nous la rapporterons en son lieu. Nolons seulement ici, contrairement à dos auteurs qui ne font plus foi de nos jours, que rien dans cette expédition ne fut de nature à lui donner aucune notion de l'existence du nouveau monde.
Au reste, disons-le une fois pour toutes, la vraie gloire do Christophe Colomb n'est pas dans le fait même d'une découverte dont il mourut sans avoir nettement compris ni la vraie nature ni la vraie portée, mais dans la force de jugement et de caractère qui lui fit accomplir cette découverte alors qu"il en rêvait une autre. Ce qui permet de voir en lui un homme presque unique, c'est la réunion on sa personne de toutes les parties qui font le grand homme; c'est qu'il fut à la fois et au plus haut degré, homme de cœur, d'action et d'intelligence.
Mais de si beaux dons n'auraient pas suffi à le désigner à la Providence pour la mission qu'il lui fut donné d'accomplir, sans la profonde piété qui le défendit toujours de l'orgueil. Ce n'est pas que Colomb n'ait été de bonne heure dans le secret de son génie, ou qu'il en ail jamais douté, devant les dédains de la foule, ni même en aucune des circonstances où ce génie parut un moment s'éclipser; déjà, avant d'en avoir donné des marques sensibles, il y croyait, se mesurant à la hauteur de ses desseins; mais, aussi humble devant Dieu que fier devant les hommes, ces desseins mêmes il les fit toujours remonter à une inspiration divine, et tendre à la plus grande gloire de Dieu.
Cette fierté dans la soumission, est le trait le plus saillant, le trait distinctif de son caractère; et, comme s'il eût craint (m'on put vouloir l'atténuer un jour, il a laissé empreint, dans une multitude de lettres et d'écrits divers, ce signe des héros parfaits qui brille également au front des saint Louis et des Jeanne d'Arc.
Comme la bergère de Domrémy, Ir fils de l'artisan génois eut des visions.
18 CllHISTOPHE COLOMB.
des songes prophétiques; comme elle, il entendit des voix l'appelant à de grandes choses, et de même que Jeanne en faisant sacrer Charles VII dans sa cathédrale de Reims, rétablit l'unité française, de même Christophe Colomb, en reliant à jamais le nouveau monde à l'ancien monde, restaura l'unité humaine.
Que l'idée d'une pareille œuvre se soit offerte à lui, non pas sous cette forme un peu abstraite pour le temps, mais sous celle d'une mission religieuse, nous en avons mille preuves dans ses écrits, et accessoirement dans un grand nombre de témoignages contemporains.
Parmi ces derniers, un des plus concluants, et en même temps des plus curieux au point de vue pittoresque, est un croquis conservé au palais ducal de Gênes, et qui, s'il est comme on le croit de la main môme de Colomb, donnerait une assez haute idée de son habileté comme dessinateur. Dans ce projet de tableau ou de fresque, qui représente allégoriqucment le départ de Colomb pour le nouveau monde, le héros est assis sur un char dont les roues à palettes battent une mer agitée. A côté de lui, désignant et ouvrant la voie, est la Providence. La ReUyion chréliennc pousse en avant le char marin, que s'efforcent d'arrêter VIgnorance et VEiwie. Chacune de ces figures est accompagnée d'une inscription qui en désigne le caractère, et le dessin porte la marque dont Christophe Colomb usait pour signer ses écrits. On y observera son prénom figuré de manière à en rendre l'étymologie aussi frappante que possible.
Elle l'est davantage encore, et jointe à un rapprochement plus formel, dans la fameuse carte du nouveau continent, tracée en 1500 par Juan delà Cosa, de Biscaye, qui accompagna Christophe Colomb.
En tête de ce précieux monument, le patron de Christophe Colomb est figuré, conformément à sa légende, portant l'enfant Jésus sur ses épaules, et lui faisant ])asser les eaux.
Un savant écrivain, auquel sont éminemment redevables l'histoire et la