CHAPITRE TROISIÈME
et, l)ien(ôt, du consentement de la reine, il avait retrouvé cette ombre du cloître, aussi conforme à sa vocation religieuse que propice à son goût pour la méditation et l'étude. Isabelle n'avait pas, pour cela, renoncé aux conseils du père gardien de Sainte-Marie de la Rabida, et, dans ce monastère où il avait établi un observatoire, Juan Ferez devait parfois interrompre ses rcchercbes et ses prières pour répondre à des lettres de cette reine, dont il avait gardé la confiance tout entière.
Aucun autre lieu n'eût pu être aussi favorable à des observations astronomiques que ce couvent, dont les ruines,... je me trompe, dont les constructions, restaurées depuis peu par un prince français, dominent, au sud, une vaste étendue de mer, et, au nord, ces plaines immenses qu'embrassent, d"un côté, le Guadalquivir, et, de l'autre, la Guadiana.
Ce monastère était, du reste, aussi liumble que la famille religieuse qui l'babilait : toute sa richesse consistait en un jardin, qucbjucs vignes, d'immenses cyprès, des pins-parasols, des palmiers, — de ces derniers, il n'en reste plus qu'un, et c'est presque le seul des trésors végétaux delà Rabida, qu'ait épargné la rage du temps et celle des hommes.
A peu de distance est Palos-de-Moguer, petit port de mer, aujourd'hui non moins désolé que le monastère qui le domine et tout le pays qui l'entoure; mais il n'était pas sans activité ni même sans quelque importance en 1485, et le père Juan de Marchena y trouvait à consulter l'expérience de maint pilote, et même de quelques hommes instruits, tels que Garcia Ilcrnandcz médecin de la communauté.
Un jour que ce dernier venait de faire au couvent sa visite ordinaire, le père gardien, en le reconduisant, s'arrêta devant un spectacle que la situation écartée de la Rabida, rendait peu ordinaire.
Un jeune garçon, d'une physionomie intéressante et distinguée, mais pâle, chétif, et paraissant accablé de fatigue, dévorait quelques aliments (jue le père portier s'était empressé de lui offrir. En face, un homme à peine vêtu
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de haillons, souillé de poussière, couvait cet enfant d'un regard attendri, d'un regard qui ne pouvait être que celui d'un père. •
Juan de Marchena lui aussi était père, père d'une famille pauvre, et chérissant et honorant la pauvreté. Il commença donc par engager son nouvel hôte à réparer ses forces, et quand celui-ci eut pris sa part de la collation, le bon père, sûr de n'être pas indiscret, n'hésita plus à l'interroger. A ce maintien, à ce noble visage que nous avons déjà dépeint, à ces yeux qu'humectaient la reconnaissance, mais dont nulle épreuve, nulle avanie n'avaient pu fléchir l'assurance, ni troubler la limpidité, il avait reconnu un homme.
L'étranger répondit qu'il était Génois, comme l'indiquait son accent; qu'il se nommait Christophe Colomb, et qu'ayant conçu la pensée et arrêté le projet d'aller dans l'Inde par a la mer Océane, » il venait offrir aux deux t'ois de partager avec eux la gloire de cette entreprise, dont tous les frais seraient naturellement à leur charge.
A cette déclaration d'une naïveté que tout autre Espagnol eut peut-être taxée de folie, le père de Marchena ne manifesta aucune surprise : il partageait, ditil, les convictions de Colomb; il ne doutait pas davantage que les deux rois, — l'un d'eux au moins, — n'accueillissent avec joie sa proposition ; mais les circonstances étaient loin d'être favorables, et, en attendant qu'elles le devinssent, Colomb ne pouvait refuser de la communauté l'asile qu'elle était trop heureuse de lui offrir.
Cette offre si simplement faite ne fut pas moins noblement accueillie, à la grande joie du jeune Diego, qui, ainsi que son père, prit le même jour le costume franciscain, ce même costume que Colomb avait si longtemps porté autrefois par dévotion, et aussi un peu par économie.
Ici, quelque impatience que j'éprouve de montrer le héros de ce véridique roman atteignant enfin à son but, je ne puis m'empêchcr d'arrêter mon jeune lecteur, et même d'autres, si j'en ai, à cette époque d'une vie qui n'eut guère jamais d'autre repos. 11 ne paraît pas que, pendant ce séjour de près d'un an à
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la Rabida, cet infatigable lutteur ait impatiemment souffert les délais apportés à son entreprise. Il avait son fils près de lui; on croyait à son génie ; on admirait son éloquence, sa persévérance, son courage de lion, sa piété d'ange; on partageait, on enflammait ses espérances, que le digne Juan Ferez travaillait de toutes ses forces, de tout son cœur, à réaliser par son crédit sur Isabelle.
L'occasion enfm lui sembla propice à une démarche dans ce sens : les opélations de la guerre contre les Maures avaient conduit les deux rois à Cordouc, où ils paraissaient devoir séjourner quelque tem})s et se donner un peu de loisir. Colomb partit pour cette ville avec une lettre de recommandation pour le confesseur de la reine ; mais ses propositions ne furent pas même écoutées : il fut traité de visionnaire, et vit la cour s'éloigner de Cordoue sans qu'il cùl obtenu un regard de celte Isabelle en qui cependant il croyait toujours.
Le modeste Juan Ferez avait trop douté de lui-même : il n'avait pas directement adressé son ami à la reine.
Demeuré à Cordoue, Colomb reprit, pour vivre, ses travaux de cosmographie, recrutant, du reste, chaque jour, des partisans à son système, et se créant de nombreux et puissants amis. Malgré l'humilité de sa situation présente, son mérite se faisait jour à tel point, qu'il lui dut la main d'une demoiselle noble, Beatriz Ilcnriquez, dont il eut bienlùt un lils (piil nomma Fernand.
Ce mariage, rapporté par l'historiographe royal d'Espagne, Antonio délierrera, rencontra, d'abord dans la famille Ilcnriquez, une opposition qu'on a sans doute exagérée, car, dés son premier voyage, et quand sa future grandeur n'était encore qu'un problème fort disputé, Colomb emmenait avec lui un neveu de doha Bealriz, et, plus lard, un jeune frère de cette dame commandait un des navires de la troisième expédition.
Les deux époux, au reste, ne devaient goûter que bien peu des douceurs (pi'ils s'étaient promises : Colomb ne s'appartenait pas, et s'il l'avait oublié et fait oublier un instant^ doua Beatriz s'en souvint à l'heure des séparations, et
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se résigna noblement à la seule grandeur qui pût l'élever jusqu'à son époux : l'abnégation. Elle se donna tout entière à l'éducation de son fils et du premierné de Colomb, qui lui fut bientôt confié, et, ne voyant son mari qu'à de longs et rares intervalles, elle vécut obscurément, mais dignement et utilement, près de sa famille à Cordoue.
Colomb ne lui était pas uni depuis un an, que la cour militante des deux monarques, ayant i)risscs quartiers d'bivcr, ou plutôt d'été, àSalamanque, il (lut se rendre en toute hâte en cette ville, où rai)pelait Gonzalez de Mendoza, archevêque de Tolède, grand cardinal d'Espagne, auquel l'avaient recommandé ses amis de Cordoue. Il eut bientôt gagné à sa cause ce prélat un moment arrêté par des scrupules théologiques, dont l'inanité lui fut démontrée moins par les arguments que par la foi de Christophe Colomb, et cet obscur pilote génois, cet aventurier étranger, — étranger, c'était là le pire, — ce visionnaire, cet hérétique, fut, en audience solennelle, présenté aux deux rois par un cardinal, par un personnage qui jouissait d'un tel crédit, qu'on l'appelait le troisième roi.
A ce moment, de tant de rois, Colomb n'en vit qu'un seul : Isabelle.
Il la contemplait enfin, cette merveille, l'honneur, l'amour, le salut de la chrétienté. Il la voyait aussi belle qu'elle était bonne, avec ce maintien qui la grandissait, avec ses traits nobles et fins, ses cheveux abondants et de ce même blond si cher aux peintres de madones ; ses yeux couleur de mer comme ceux de Colomb qu'ils semblaient refiéter; et quand ces deux regards se furent enfin rencontrés, quand ces deux âmes se furent pénétrées I)Our une même création, le miracle était accompli, l'unité du monde était faite.
Mais si l'avenir appartenait désormais à Colomb, le présent était encore, pour un temps, dans la main des hommes, dans la griffe du diable, comme disait 1(! bon Nolo, qui ajjpclait toujours les choses par leur nom. Les raisons de notre héros, si elles avaient séduit la reine et donné à penser au roi, n'avaient
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Itroduil (iiio pou d'effet sur une asscmMée composée moins de géographes que d'hommes d'Etat et de théologiens. Seuls, parmi ces derniers, les dominicains, à réternelle gloire de leur ordre, avaient reconnu la })lausibilité el l'orthodoxie du système.
Ils avaient offert à son auteur la plus large hospitalité dans leur couvent de Saint-Étienne, où se tenaient les conférences, avec une solennité qui eut du moins pour effet d'élever Colomb dans l'opinion publique. Le roi et la reine lui marquaient en outre une réelle bienveillance, et ses juges eux-mêmes, tout en comi)attanl ses idées, avouaient ne résister qu'avec peine aux séductions de son éloquence.
Ils ne lui opposaient, du reste, que des opinions incohérentes, des préjugés déjà dépassés de leur temps. Les uns traitaient de rêverie l'existence d'un hémisphère où les hommes et les animaux auraient dû marcher la tête en bas el les pieds en l'air. D'autres, en admettant la s])héricilé du globe terrestre, y voyaient un obstacle insurmontable, sinon à l'aller, du moins au retour de l'expédition projetée.
Il était plus aisé à Colomb de répondre à de telles objections que de persuader des juges dominés en secret par la question d'opportunité. La guerre, en effet, venait de reprendre une activité nouvelle, et cette fameuse assemblée, réunie avec tant de peines, se sépara sans avoir rien conclu.
F^es deux rois, néanmoins, se tenaient pour suffisamment édifiés. Colomb avait acquis près d'eux une importance morale, qui s'accrut, pendant les années suivantes, de la part qu'il prit, en ingénieur et en soldat, à la guerre sainte.
Ce fut au siège de Malaga que, servant pour la première fois sous les ordres de Leurs Altesses, il vit l'héroïque Isabelle, revêtue de son éblouissante armure, et, telle qu'un archange, brandissant cette épée moins arme que symbole, qu'on admire aujourd'hui encore à la Armerki Real de Madrid. Sur la lame est incrusté le nom du célèbre armurier Antoiiius, et sur la garde on lit.
5i CIIISlSTOPIir, COLOMH.
d'un côté: Je di'sire tonjonn T honneur, et, de l'aulro : MaintenaiH je veille, paix avec moi.
Malaga s't'taiit rendue en 1487, Colomb, logé, indemnisé de ses frais de campagne, bercé en outre des plus fiai teuses jjromesses, suivit la cour à Saragosse, puis à Valladolid, où il reçut du roi de Portugal une lettre presque suppliante, dans laquelle ce monarque s'efforçait de renouer les relations interrompues, acceptant d'avance toutes les conditions que « son ami particulier » avait mises précédemment à l'exécution de son entreprise.
On était alors à la (in de l'année 1 4<S8 ; la guerre traînait en longueur ; les deux rois étaient toujours bien disposés sans doute, mais Colomb, et il le sentait, avait moins gagné que perdu, en raison de cette faveur nu'^mc, dans l'esprit de ses adversaires.
En de pareilles circonstances, l'offre de Jean II était bien l'aile j)our le séduire; il n'y répondit, cependant, que |)ar un refus respectueiiseinent mais formellement exprimé.
Ce n'est pas ((u'ii conservât contre le roi de Portugal le ressentiment d'une injure que celui-ci semblait réparer avec tant d'abnégation et de grâce; mais Colomb, désormais, ne comptait plus que sur Isabelle.
Le pieux enthousiasme de cette reine lui paraissait pouvoir seul assurer, non pas tant les moyens d'exécution que la réalisation du but suprême qu'il donnait mentalement à son entreprise. Plus que jamais, en effet, la découverte d'une Inde occidentale n'était dans sa pensée qu'un acheminement à la délivrance de la terre sainte, menacée en ce moment môme par l'islamisme des plus sacrilèges représailles. S'il n'entrevoyait pas encore toute la portée matérielle de son œuvre, il lui en donnait moralement une bien plus haute et plus vaste que nul conquérant n'en rêva jamais : prendre l'islamisme entre deux feux, tel est le vœu qu'il opposa, d(! concert avec Isabelle, aux sommations du Soudan d'Egypte. La reine, en outre, chargea les deux moines franciscains, porteurs des susdites menaces, d'annoncer au soudau la reddition deBaza,
r.llAPITRK TROISIÈME. Tm
dont ils venaient d'être témoins, et, par avance, la prise de Grenade, qui ne devait pas tarder, en effet, à couronner la guerre sainte.
La junte, cependant, s'étant de nouveau réunie à Salamanque, sur les instances de Colomb, avait fini par se déclarer solennellement contre le projet ; le déclarant aussi impraticable matériellement que dépourvu de toute base scientifique.
Cet arrêt, un des plus burlesques qui jamais ait été rendu par un corps savant, n'avait exercé aucune influence sur la reine; elle ne cessait de soutenir Colomb par des promesses dont la sincérité ne pouvait être mise en doute mais dont l'exécution était toujours rejetée à la fin de la guerre, de cette guerre qui ne finissait pas.
Et les jours, les mois, les années se succédaient avec une lenteur mortelle, années d'attente, de démarches, de luttes stériles, de fluctuations, dont les détails, par la fatigue qu'ils causent au lecteur peuvent seuls donner la me- .sure de l'héroïque persévérance de Colomb.
Aux sièges, du moins, en campagne, il avait la diversion (hi danger et l'exaltation de la cause. Là il trouvait d'amères délices à exposer, comme la tête la plus vulgaire, une vie dont la préservation merveilleuse lui renouvelait sans cesse le gage de sa prédestination.
Mais les fêtes, ces fêtes où la joie publique semble une insulte aux chagrins privés, les triomphales entrées de ville, les bals, les carrousels, voilà où la patience de Colomb était soumise à des épreuves auxquelles sa dignité devait lui imposer finalement de se dérober.
Cette résolution prise, on devine aisément où il alla d'abord chercher des consolations.
Le père gardien l'atlendail. Quatre années s'étaient écoulées depuis leur séparation, lorsqu'il donna de nouveau le baiser de paix, lorsqu'il rouvrit l'asile de la prière à cette grande âme toujours en peine. La douleur du bon père égalait celle de son liAle, avec un surcroît de confiisiori et ]ires(|ue de re-
CHRISTOPIIE rOLOMP..
mords : n'était-ce pas lui qui avait afffrmi dans l'esprit de Colomb cette confiance que la reine avait si peu justifiée?
Colomb, à cet égard, s'empressa de le disculper : il ne se plaignait point d'Isabelle, en qui il avait toujours cru, et dont il comprenait les embarras et les préoccupations de tout genre. Moins que jamais il doutait des intentions, des promesses d'une si noble femme, d'une si sainte reine; mais, ne voyant pas que les circonstances pussent de longtemps le seconder, il inclinait à se rendre, soit en Angleterre où il avait noué quelques relations, par l'entremise
CIIAI'ITIIK illOlSll'.MK. 57
de son frère Barthélémy, soil près du roi de France Charles Vlll, de qui ses propositions avaient depuis peu reçu un accueil favorable.
Le père de Marcheiia n'hésita pas à combattre des projets que, dans sa foi au génie de Colomb, il jugeait aussi funestes pour ses souverains que pour son pays. 11 insinua que Charles VIII était sans doute un prince très-aventureu.\, très-brave, très-brillant, mais qu'il était aussi bien jeune, et accusant dans sa conduite toute la légèreté de son âge... et de sa nation: ennemi de l'Italie, eu outre, il menaçait déjà la patrie de Colomb. Et puis, en France tout serait à recommencer. Colomb ne man(|uerait certes pas de protecteurs, ni même d'auges tutélaircs, chez une nation qui avait produit Jeanne d'Arc; mais Jeanne d'Arc n'avait-elle pas été brûlée, sans que cette nation fit un pas ])our la secourir? Rien de semblable s'était-il jamais vu dans le pays où régnait Isabelle?
Le père de Marchena n'était pas seul du reste à plaider cette cause patriotique : Colomb se trouvait maintenant sur un sol moins aride que celui de l'Université. La féconde parole de Juan Perez lui avait suscité, en son absence, des amis et des adeptes à miracle. Le médecin Juan Ilernandez, non-seulement croyait au système, mais encore il voulait être du premier voyage, comme il en fut effectivement. Non moins fervent et plus utile, un Martin Alonzo Pinzon, des meilleurs marins et des plus riches armateurs de Palos, oifrait de concourir pour une large part aux frais d'expédition.
De si flatteuses adhésions, de si vives instances ne pouvaient UKUKiucr de fléchir le ressentiment de Colomb, si justes (pi'en fussent les motifs.
Un soir, le voyant ébranlé, Juan Perez, qui avait enfin pris sur lui d'écrire directement à la reine, montra la réponse engageante (ju'il venait d'en recevoir à l'instant même, et i)ar laquelle il était mandé à la cour. Christophe Colomb se rendit, et au premier signe qu'il eut donné, le père gardien fit seller une mule d'emprunt, cl partit à minuit, sans escorte, sans guide, seul. 11 traversa ainsi environ cent lieues d'un pays récemment conquis
CIIUISTOI'IIK COLOMB.
sur les Maures, et arriva enliii, non sans peine mais sain et sauf, devant Grenade, dont les deux rois pressaient le siège. Le bon moine avait lui aussi
son siège à faire et à i)resscr. Admis sans délai près d'Isabelle, il éerivail le jour même à Colomb : « Je suis venu, j'ai vu, Dieu a vaineu. »
Isabelle, en cl'fel, u'avait pas seulement renouvelé à Juan Ferez les mêmes assurances qu'à Chrislopbe Coloud); elle mandait celui-ci j)rès d'elle, avec les plus honoraljlcs instances, et lui faisait passer une indemnité de voyage et de séjour.
Un fait encore de meilleur augure, c'est que Colomb sembla n'être arrivé devant Grenade que pour voir le croissant s'y éclipser à tout jamais devant la croix, et les clefs de la ville rendues aux souverains de l'Espagne [)ar Boabdil, le dernier des rois maures.
Ce triomphe de sa foi, dont il conq)tait pousser les suites si fort au delà du uionde connu, combla de joie l'àme de Colomb; mais ce qu'elle ouvrait d'horizon à ses espérances n'était, encore cette fois, qu'un mirage.
ClIAl'lTHK TROISIKMK. 59
La juiilc, rassemblée de nouveau et on toute hâte, ne traita pas aussi dédaigneusement que i»ar le passé un homme si ouvertement protégé [)ar la reine; mais, forte du peu de créance qu'il avait jusque-là trouvé chez le roi, elle rejeta avec hauteur les conditions que Colomb avait cru devoir stipuler |)Our lui-même en cas de réussite.
Malgré les apparences favorables qui l'avaient accueilli à son retour, semblable à ce ministre qui, même au plus fort de sa faveur, avait toujours conservé en secret son premier costume et sa houlette de berger, Colomb avait gardé sa mule. 11 l'enfourcha tristement, et, sans avoir proféré une plainte, ni prévenu personne de son déjtarl, il s(! rendit d'abord à Cordoue, où l'appelaient ses affections les plus chères et de suprêmes arrangements de famille, revint, encore une fois, mais secrètement à Grenade, où rien n'avait changé pour lui, et prit enfin la roule de France, disant, en son couir, un éternel adieu à l'Espagne. 11 ne comptait plus sur Isabelle.
11 avait tort.
Il n'était pas, en effet, à deux lieues de Grenade, prêt à engager sa monture sur le pont de Pinos, (pi'un brillant officier des gardes accourut à toute bride, s'arrêta devant lui comme pour lui dispuler le passage, }iuis, aussitôt, mettant pied à terre et se découvrant avec resp(>ct, ce messager royal lui remit un pli scellé aux armes d'Aragon et Castille.
Colondj, suivant une version plus probable qu'autorisée, se défendit d'abord de prendre même connaissance d'une missive qui ne pouvait plus désormais changer en rien sa résolution. Mais, au nom d'Isabelle, il ouvrit le pli, et au lieu des promesses qu'il croyait y trouver, et cpii sans doute ne l'eussent pas fléchi, il put lire la minute des lettres patentes accordant tout ce qu'il avait demandé.
Bientôt nous le verrons énumérer lui-même les honneurs et les privilèges (pli lui étaient conférés par la reine, car c'était bien à Isabelle, à elle seule.
tio ciiiiisïoi'iii-: cuijiMi'..
qu'il devait celte acceptation pure et simple des conditions posées et maintenues, avec tant de dignité, par lui-même, devant la junte.
Mais à qui devait-il cette soudaine et si décisive intervention d'Isabelle? Ai-je besoin de dire que c'était à Juan Ferez.
Le bon père n'avait i)as plutôt appris la triste décision de la junte, que, sans tenter d'inutiles efforts près de celui qu'elle accablait, il avait couru droit à Isabelle. Là, soutenu par le fidèle Quintanilla et cette belle ducbcsse de Moya, dont, faute d'une mention plus étendue, le nom devrait être ici inscrit en lettres d'or, le courageux franciscain plaida la cause du génie, non pas contre Isabelle, qu'il trouva toute persuadée, mais contre Ferdinand, qui, au fond, ne l'était guère moins, aussi sa résistance n'avait-elle rien de dogmatique, elle s'appuyait uniquement mais obstinément sur l'épuisement du trésor. Cette éternelle objection était à vrai dire la seule qui, depuis tant d'années, tint la question suspendue. La reine, pour en finir, eut une ins|)iralion sublime : elle jeta dans la balance tous les diamants, toutes les picrreri(;s de sa couronne, les offrant en gage pour les frais de l'expédition.
Le roi Ferdinand s'inclina avec sa grâce ordinaire, mais en laissant à la couronne de Castillc les risques et périls de l'entreprise. Luiz de Sant-Angel fit mieux : receveur des droits ecclésiastiques dans l'Àragon, il laissa à la couronne de Castillc tous ses diamants. 11 refusa le gage de la reine, et se chargea de faire toutes les avances.
Cependant Juan Ferez avait repris la route de Falos, bénissant, dans son cœur, le nom de celui qui lient en sa main moins le cœur des rois que celui des reines. Il était à peine depuis un mois de retour dans son monastère, que Colomb l'y avait rejoint, nanti des lettres patentes autorisant sa mission,
A CCS pièces était annexée une lettre de privilège, élevant Christophe Colomb à la dignité de Grand*Amiral de la mer Océane, et lui conférant le titre de don.
Enfin le port de Falos, qui, par une disposition antéi'ieure, devait à la
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couroniio doux caravelles années et (''(iiiipécs, était clioisi coinmc jioinl d'iiii embarquement auquel la commune devait pourvoir daus le délai de dix jours.
Cette dernière clause excita dans la population moins d'enthousiasme que les premières : les mômes marins qui, la veille encore, se seraient tous portés garants de la justesse des idées de Colomb, dès qu'il s'agit de concourir à leur réalisation, manifestèrent une répugnance qui alla presque à la révolte.
Ce dernier effort du Malin, suivant une interprétation dont on peut deviner la source, causa encore de grandes contrariétés à celui que nous ap])cllerons désormais l'Amiral. Le serviteur de Dieu lriomi)ba cepcndani, soutenu par l'autorité et surtout grâce à l'éloquence persuasive de Juan Percz et de .ses moines, qui ne cessaient de rappeler leur devoir aux récalcitrants, et do combattre leurs terreurs et celles de leurs familles.
La conversion la plus importante qu'ils opérèrent fut ceHe de Martin Alonzo l'inzon, dont nous avons noté les dispositions précédennnent si bienveillantes. Ce personnage et ses deux frères se décidèrent enfin à concourir de leur bien et de leur personne à l'équipement des trois caravelles, comme à l'aventureuse expédition qu'elles allaient tenter.
Dès lors, tout marche avec plus d'ensendjle et de rapidité. Les difficultés s'aplanissent, les murmures s'apaisent, les [)arents se résignent, les amis entendent raison; officiers, matelots, se sont mis en règle : leurs affaires, leur conscience, « tout est paré. » Nous sommes aux premières heures du vendredi, ," août 1492; Colomb, aj)rès avoir fait la veillée des armes au monastère, est descendu au port, traversant une foule éplorée, agitée, mais rcsl)ectueusc. 11 a accosté la Piiita, et, debout sur le château de poupe, au milieu d'un jjrofond silence, sa voix sonore a commandé de déployer les voiles « au nom de Jésus-Christ. »
La cluclie du couvent sonne dans le lointain la messe de l'aurore. Juan Ferez, du haut de la falaise, envoie unv dernière bénédiction à son ami. La
brise lui répond, elle accourt du côte d'où vient la lumière, d'où est venu le salut. Déjà les trois navires ont franchi cette barre de l'Odiel où je les ai vus, des yeux de la foi, où la foi les verra toujours. Le ciel, la mer, tout est propice. Et maintenant, comme disait Nolo dans son langaf^e de marin et sa foi bretonne :
— Enfoncé le diable! à Dieu ml!
'■i'jmi'^^q -^"Z r ^rZ^^ ^— S;^
« In nomme Domini nosiri Jcsit-Christi. Trôs-hauls, trôs-chrétiens, très- « cxcclleiils et très-puissants princes, roi et reine d'Espagne et des îles de la « mer, notre seigneur et notre souveraine, celle présente année 1492, après « que Vos Altesses curent mis (in à la guerre contre les Maures qui régnaient
« en Europe, et curent terminé cette guerre, dans la très-grande cite de Grèce nadc... où je vis arborer, par la force des armes, les bannières royales « de Vos Altesses sur les tours de l'Alhambra, et où je vis le roi maure se « rendre aux portes de la ville et y baiser les mains royales de Vos Altesses,... « aussitôt, dans ce présent mois, et après les informations que j'avais données « à Vos Altesses, des terres de l'Inde... Elles pensèrent, en leur qualité de « catholiques chrétiens et de princes amis et propagateurs de la sainte foi « chrétienne, à envoyer moi, Christophe Colomb, auxdites contrées de l'Inde, « [)()ur voir les princes et les peuples et les pays à leur disposition, et l'état de « toutes choses, et la manière dont on pourrait s'y prendre pour leur conver- « sion à notre sainte foi. Elles m'ordonnèrent de ne point aller par terre à «l'Orient,... mais de prendre au contraire la route de l'Occident, })ar « laquelle nous ne savons pas, jusqu'à ce jour, d'une manière positive, que « i)ersonne ait jamais passé. En conséquence. Vos Altesses me commandèrent « de partir avec une flotte suffisante pour lesdites contrées, et à cette occa- « sion elles m'accordèrent de grandes grâces et m'anoblirent, afin que dorcc< navant je m'appelasse Don, et fusse grand amiral de la mer Océane, et vicece roi et gouverneur perpétuel de toutes les îles et terres dont je terais la c< découverte et la conquête, dans ladite mer Océane, et elles décrétèrent que c( mon lils aîné nie succéderait, et qu'il en serait ainsi de génération en généc( ration, à tout jamais... Je vins donc à la ville de Paies, qui est un port de ce mer, où j'équipai trois vaisseaux très- convenables pour une pareille entreprise, ce et je partis dudit port, très-bien pour ru de beaucoup de vicrcs et de beaucoup ce de gens de mer, » etc.
Ainsi commençaient les précieux Mémoires de Colomb, que son ami, le digne mais peu éclairé Las Casas, a malheureusement abrégés, et dont il ne nous a transmis textuellement que quelques parties, le début entre autres. Ce dernier morceau est d'autant plus précieux, qu'il donne plus naïvement la mesure de la prudence de son auteur, dans le détail rappelé avec insistance
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dos avantages et privilèges qui viennent fie lui être accordés. Il justitie en outre celte même prudence, sur un point où des écrivains, bien intentionnés d'ailleurs, ont cru la voir céder aux inspirations de la plus aveugle témérité.
La plupart des Iiistoriens, en effet, ont cru ajouter à la gloire de Christophe Colomb en exagérant le faible tonnage et le délabrement des navires sur lesquels il entreprit son premier voyage de découverte. La vérité, aujourd'hui mieux connue, sur ce point comme sur bien d'autres, est que, en cette occasion si importante, il ne fit rien que désavouât la prudence, le but et les circonstances étant donnés. Autanl. de nos jours, un amiral serait insensé et même coui)able d'entreprendre une expédition si chanceuse dans les conditions où Colomb entreprit la sienne, autant, s'il en eût exigé de plus sûres, un marin du quinzième siècle aurait été pusillanime.
La Santa Maria que montait Colomb, et qu'il eût préférée moins forte, était entièrement pontée, avec double pont à l'avant et à l'arrière. Elle portail quatre mâts : deux à voiles carrées, deux à voiles latines, et mesurait quatrevingt-dix pieds de longueur en quille. Son équi})age se composait de soixantesix hommes, dont les |)lus importants étaient : Diego de Ârana, neveu germain de la femme de l'amiral, ayant qualité de grand alguazil de la flotte, et quatre autres fonctionnaires royaux, dont un. Bernardin de Tapia, n'est pas le premier historiographe qui n'ait jamais pu faire un historien.
Venaient ensuite deux lieutenants : Nino, excellent marin et des plus déterminés, .liiau Perez Matheos, mauvaise léte et mauvais cœur, Roldan qui ne valait pas mieux et devait irahir IWuiiral; ])lusieurs officiers de divers grades, parmi lesquels .luan de la Cosa, plus tard célèbre par ses travaux d'hydrographie; un interprète parlant toutes les langues, hormis, bien entendu, celles qu'il dut interprétiT, et enfin deux enthousiastes amis de Colomb, servant eu qualité de volontairi's, ou, comme on dirait à |»résent, d'amateurs.
68 CHRISTOPHE COLOMn.
Plusieurs do cos hommes étaient Génois, deux Portugais, un Irlandais, un Vnglais; aucun n'était de Palos, soit que Colomb se fût prudemment souvenu de la résistance qu'il avait rencontrée, au d(u-nier moment, chez les marins de cette ville, soit que ceux-ci eussent préféré servir sons les ordres des Pinzon leurs compatriotes.
La Pinta et la Nina n'étaient pontées qu'à l'avant et à l'arrière, connue la plupart des caravelles. L'aîné des frères Pinzon commandait la première, ayant pour lieutenant son frère François-Martin, et pour médecin, ce même Garcia Hernandez, ami de Perez de Marchena, et un des premiers, comme des plus fervents adeptes de Colomb. L'équipage de ta PvUa était de trente hommes.
Celui de la Nina n'en comptait que vingt-quatre, mais, d'après le témoignage de Colomb lui-même, elle aurait pu en porter quatre fois autant, et l'événement le prouva, ia iVî'/lfl était commandée par Vincent Yanez Pinzon. Comme la Pinta, elle n'avait que des voiles latines, qu'on changea plus lard en voiles carrées.
Tous ces navires étaient armés en guerre, suivant leurs forces respectives, et pourvus des meilleures pi'ovisions pour un an. Leur équipement élait tel, que l'Amiral, comme on l'a vu, les jugeait « très-convenables pour une telle entreprise. » Un seul, au dernier moment, lui avait inspiré des in(puéludes, (pii se justifièrent dès hî troisième jour de la navigation.
I-e (î août, on effet, et lorsqu'on était déjà à plus de soixante lieues dePalos, lo gouvernail de la Pinta se trouva démis, i)ar une forte houle, et plulùl encore par la faute des armateurs de ce navire : ils espéraient, par cet accident ménagé à l'avance, se voir dispensés de pour.suivre une expédition qui, après les avoir séduits, ne leur inspirait plus que des craintes.
Cette avarie, dont l'amiral suspecta justement la cause, ne fit que le contraindre de relâcher aux Canaries, où il aborda promptement, en suivant une estime diamélralcment opposé.^ à celle des meilleurs marins de la flotte.
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C(; prcniior gage do supérioriU', si utile pour élal)lir sou asceudaut, iio balauçait pas, uéannioins, l'inconvénienl d'une relâche, qui devait durer près d'iui mois, et l'exposait aux ])Ius graves périls. Elle donna au roi de Portugal le temps d'expédier trois caravelles, chargées de mettre obstacle, à tout |)ri\, et au besoin par la violence, à une entreprise dont Colonib lui avait tour à tour oITert cl rel'usé l'iioiuieur, comme nous l'avons rapporté plus haut.
Cette nouvelle trahison d'un prince (ju'il avait trop bien su juger, fut révélée à Colomb ]mr une de ces rencontres, si fréquentes dans sa carrière, et où il ne cessa ûc reconnaître un signe manifeste de la |)roleclion du ciel.
La Pinla était réparée, et l'escadre, pourvue abondannnenl de vivres frais, avait appareillé, malgré la faiblesse et l'incertitude du vent, lorscjue, à la hauteur de l'ile de Fer, le commandant d'un vaisseau venant de cette ilc apprit à l'amiral de quels dangers il était menacé, dangers d'autant plus grands ([u'uii calme plat le retenait dans le voisinage de l'ennemi. Christophe Colomb, nos jeunes lecteurs et lectrices ont pu le voir, n'était |)as homme à craindre une bataille, mais, comme tous les vrais grands hommes, il n'aimait jtas le danger pour le danger même; or il se disait qu'en cette occurrence la victoire, même la plus glorieuse, lui aurait causé des avaries de nature à ajourner indéfiniment la [)oursuitc de son entreprise. Il fallait donc éviter un combat au prix duquel son projire équipage aurait i)eut-êtrc acheté avec joie l'abandon d'une aventure à laquelle les cléments semblaient aussi opposés que les honnucs.
A cette mer stagnante et comme déjà lasse de les porter, à ce vent qui refusait d'enfler leurs voiles s'ajoutait la menace ou tout au moins le présage peu favorable du pic de Ténériffe vomissant des gerbes de flamme et de noirs tourbillons de fumée.
Pour calmer la frayeur que causait un spectacle sî nouveau, Colomb citait l'Etna et le Vésuve, dont quelques-uns de ses hommes avaient pu voir d'inolfensives éruptions. Au calme qui send)lait menacer de les livrer à rcunenii.
70 CHRISTOPHE COLOMII.
il répondait avec sa conliance ordinaire en Celui qui fait souiller le vciil d'où il veut, et, en effet, de nièuic qu'au départ de Palos, le veut s'éleva du nordest avec l'aurore du second jour, et il eut bientôt cuiporté les trois caravelles hors des atteintes du volcan et de la vue des îles.
Quant aux pirates du roi de Portugal, Colomb savait par expérience (pi'ils n'oseraient pas le poursuivre dans la direction où il s'élançait. Entre eu.\ et lui blanchissaient déjà les premières vagues de ces mers inconnues, immenses, objet des terreurs de l'humanité tout eulière, un homme excepté; ces vagues, extrêmes limites où s'étaient arrêtés les plus tiers courages, et où le sien n'avait jamais vu, ne voyait encore, en les franchissant, qu'un point de dé()art.
Là, en effet, commençait réellement le voyage de découvertes ; là s'ouvrait ce livre sans lin où l'imagination de rhouaue avait ligure sa soif et son horreur de l'inconnu, eu un confus amas d'inutges terribles ou riantes, sublimes ou grotesques, suivant l'esprit de chaque race et de chaque génération.
La Grèce s'y reconnaissait à quelques lignes pures, empreintes à demi effacées de son doux et mâle génie; l'Orient des kalifes y déroulait la savante confusion de ses arabesques, de ses dogmes et de ses contes ; l'Inde et l'antique Egypte, leurs processions de dieux fauves, de poissons-dieux, de lleurs-déesses, llotlant sur des mers de lait ou de pourpre, et d'où sortent des sphinx au sourire perlide, à l'œil doux; cnliu le moyen âge, de sou doigt trempé dans l'encre et le sang, y avait griffonné des légions de spectres et de diables, et fait du tout ce barbouillage si bien désigné sur les caries du temps |)ar le nom de MEIl TÉNÉBREUSE.
Sur cette nu'r, à jjeine éclairée d'un jour crépusculaire, s'affaiblissant de plus en plus vers l'occident, voguaient, nageaient, volaient, serpentaient, grouillaient tous les monstres enfants de la peur. L'immense nautile aux voiles membraneuses, et qm, d'un seul coup de ses avirons animés, eût fait chavirer la SaiiUc-Marle; le serpent de mer à crête de cotj, mesurant jusqu'à cinquante lieues de longueur; les sirènes d"Ilomère, sans cesse pour-