‹ Christophe Colomb et la découverte du Nouveau monde [microformChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE (JUATlUKMt · texte numérisé non relu

CHAPITRE (JUATlUKMt

Si Colomb s'élail couteiilc lui-même de ccllo c.\j)licalion, il iious serait permis d'en sourire; mais il faut l'admirer d'avoir su, du moins, dans ses notes, poser scienti(i((uement cette question, ([uavec son équi|»agc il dut résoudre à la façon cxpéditive d'un Alexandre.

Mais, on l'a déjà dit, c'est moins au lils de Philippe (pilà celui de Laèrlc' qu il convient de le comparer, sans oublier aucune des réserves qu'iniplicpje une si profane assimilation. Â l'exemple du sage protégé de Minerve, il pratiquait admirablement la maxime : Aid^loi, le ciel t'aidera. Son explication des apparentes défaillances de la boussole vaut tout ce que Penonne lit accroire au niais Poly|)bème, et l'artifice du livre d'estime tenu en partie double laisse bien loin en arriére les plus habiles stratagèmes d'Ulysse.

Au reste, comme ce dernier, il commandait à des hommes trop inférieurs à lui j)ar le co'ur el l'inlelligence pour qu'avec eux tout ne fût pas de bonne guerre; Colomb en jugeait ainsi, et avec raison ; mais tout son génie eût été insuflisant à les réduire, sans (juelques-uns de ces coups du ciel dont il méritait le secours en agissant comme s'il n'eût compté que sur lui-même

Tout s'était bien |)assé pendani les premiers jours de^iavigation, de|)uis le déjjarl des Canaries. Les terreurs avaient même fait place à une confiance excessive, en ce sens (|u'on s'exagérait maintenant la proximité et le facile accès de ces terres réputées d'abord si lointaines et inabordables.

Dés le 14 septembre, au lendemain de ré|(isode des variations de la boussole, l'atmosphère était si tiède, si endjaumée, ies matinées surtout si riantes, si radieuses, ([ue Colomb les compare à celles de l'Andalousie; il n'y man(pie, dit-il, que le chant des rossignols. Les nuits ne sont pas moins délicieuses : aux clartés des étoiles s'ajoutent de brillanis météores, un entre autres dont le vdliinie, avec l'éclat et l'élenduc inusitée de son sillage, effraye d'abord qnehpies matelots; mais l'amiral y voit un merveilleux rameau de feu, une palme céleste, jjrésage d'un prochain triomphe.

be nombreux indices senddeni confirmer celle explication poélique;

CUKISTOPllE COLOMB.

taulùtce sont les marins de laNma qui ont vu passer une hirondelle de "^^^/g mer el un paille-en-queue ; or on \ croyait savoir (jue de tels oiseaux ne s'éloignent jamais de terre, à -:^^ plus de vingt-cinq lieues au large. Tantôt des oiseaux de même espèce sont ajjcrçus se dirigeant à l'ouest, et Martin Âlonzo Pinzon ^ lance sur leurs traces sa bonne

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voiliùie ta J'inta, croyant voir bientôt cette terre dont il est encore si éloigné.

Plus on avance, et plus les signes révélateurs se niultij)lient : des passereaux chanteurs viennent se percher sur les vergues et dans les agrès de ces niàts qu'ils prennent pour des arbres flottants. Leur gazouillement n'attendrit pas le seul Colomb : autour de lui les cœurs s'ouvrent »ux plus riantes espérances.

Des herbes marines portent des crustacés vivants. Un matin, plusieurs Tous, se dirigeant vers le sud-est, passent au-dessus de laSaintc-Maric, et l'Amiral, partageant rillusiou connnuuc, l'ait remarquer que tous les oiseaux de cette espèce donnent à terre, et vont, au point du jour, chercher ou mer leur nourriture; il est donc certain (pi'il y a des îles au nord-ouest; mais malgré ces apparences, et les prières de ceux qui l'engagent à s'y fier, il poursuivra sa route vers l'Inde. Vainement ou insiste, ou le presse : « Le temps est l)on, ditil, et, s'il ])laitàDieu, fout se verra au retour. »

Comme il prononçait ce mot de retour avec la couliance tpii ne rabaudonna Jamais, plusieurs marins secouèrent la tète, en signe de doute, el, parmi eux, le lieutenant Matheos, (jne déjà Colondj tenait, à bon droit, pour le plus mauvais esprit de tout ré([ui[)age. Cet honnue osa même répoudre au regard sévère de l'amiral, eu objectant la persistance de ces vents alizés, phénomène encore si peu connu (pi'il n'avait pas même de nom, el qui, poussant toujours les navires vers l'occident, devaient leur rendre le retour impossible.

Colomb, habitué à se couununiquer fort peu, se contenta de rappeler qu'il avait dit : « avec l'aide de Dieu, » ce (pii lit sourire le lieutenant. Mais, peu après, comme pour confondre l'impiété de ce sourire : lui veut contraire s'éleva.

Bientôt, cependant, Matheos crut avoir trouvé la revanche de cette défaite : les navires, entrés dans ces énormes bancs de fucus, dont la superficie égale sept fois celle de rEs[)ague, s'y trouvaient arrêtés, à la fois, par la densité de cette mer morte, et ])ar un calme plat, qui les livrait, en i)erspective, à toutes les horreurs de la famine.

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Cette épreuve était surtout redoutable, en ce qu'elle figurait vagueineul parmi les traditions légendaires de la mer Ténébreuse; mais, cette fois encore, l'aide de Dieu répondit pour Colomb aux victorieuses lamentations de Matheos, presque menaçant: la mer tout à coup devint grosse, tumultueuse, sans qu'il soufflât aucun vent et, comme si ses lourdes vagues eussent été soulevées par un orage intérieur.

La première impression fut terrible, même pour le lieutenant Matlieos. Cet homme qui ne croyait |)as en Dieu crut au diable; il crut voir LA MAIN ÎSOIHE se dessiner sur le ciel rouge du couchant; il crut au kraken, au dragon de mer; il ne crut [)as encore au génie de Colomb.

Mais déjà la brise soulïlait du nord ouest; les proues des caravelles avaient brisé leurs chaînes végétales; la petite escadre courait sur une mer libre; l'équipage acclamait avec joie de nouveaux indices de la terre promise; le lieutenant Matheos riait de ses terreurs en conspirant contre son amiral, et celui-ci écrivait sur son livre ces simples mots que Las Casas nous a heureusement conservés : « ... Ainsi la grosse mer me l'ut fort utile, ce qui ne s'était encore vu que du temps des Juifs, lorsque les Egyptiens partirent à la poursuite de Moïse délivrant les Hébreux de la servitude. »

Mais les Espagnols de Colomb n'étaient ni moins ingrats que; le peuple de Dieu, ni moins malaisés à conduire, ni moins prompts à regretter les oignons d'Egypte. Délivrés désormais des craintes superstitieuses qui les assiégeaient depuis le départ, leiu' pensée iiupiiète, soui)(;oiuicuse et déjà hostile, .se concentra sur l'énormité delà distance parcourue.

Et cependant, à la date du foctobre, ils ne se croyaieuttpi'à 5Si lieues des iles Canaries, landis ({u'ils en étaient réellement à 707 lieues. Colomb, à ce moment avait fait bien plus de chemin (ju'il ne s'y fût attendu au dépari : il |)ensait (prune journée à |)(>ine de navigation le séparait de l'Inde.

Cette erreur (|ui provenait chez lui d'une lausse évaluation du diamètre terrestre, une grande partie de son entourage en suspectait maintenant la siii-

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