Yeultnl ils dire que Vesi'UCE était licencié ès-lettrcs
oreille attentive, reconnîiîlront qu'Auguste Anicet Bourgeois, né en 1800, n'a guère pu faire imprimer quoi que ce soit en J779, ni même en 1773, date réelle du livre.
Ici encore, force est de nous limiter.
Tout à coup, le lecteur voit surgir avec effroi six colonnes compactes, imprimées en petits caractères (pj). 399 — 402). C'est un texte, quel texte? Une dissertation inédite sur la bibliographie américaine, c|uelque important travail de Léon Pinelo ou de Barcia ? Est-ce au moins l'inventaire des papiers déposés au Monastère de Las Guevas et remis à Nuno de Portugal, le 15 mars 1609, pièce qui trouverait ici sa place, puisque section documentaire il y a? Non. En fait de nouveauté, c'est le récit marginal du Psautier de Giustiniani, ouvrage qui se rencontre dans cent bibliothèques des deux mondes, tandis que cette note a été réimprimée, traduite et commentée mainte fois depuis cent ans. Pourquoi cette incursion insolite dans le domaine purement historique? C'est à croire qu'elle n'a pas d'autre motif qu'un besoin naturel et irrésistible de faire des fautes, Il n'y en a d'ailleurs que sept en six demi-lignes (p. 400), lesquelles sont : « fecit » pour fuit, « exploravit » Y^our explorauerit, » « clasium » pouv classium ; trois virgules omises, la première après industria, la seconde après mensihus, la troisième après res, et une ajoutée après Colutnhus ; fautes qui rendent cet important passage inintelligible. Nous n'avons pas poussé notre investigation de ce texte plus loin.
La Junte eût mieux fait d'employer ses loisirs et tant de place perdue à une description en tous points^ bibliographique du n° 1 1 de sa page 215, qui nous paraît être un imprimé unique et jusqu'ici inconnu K
Très au fait, comme bien l'on pense, des nécessités de l'étude et de la science, la Junte n'a pas manqué de donner une liste de biographies universelles. Elle n'en désigne que cent trente, dont voici deux ou trois échantillons reproduits textuellement :
P. 488, n"* (). « AxoNiMO. Biographie universelle ancienne et moderne, etc., rédigée par une Société de gens de lettres et de savants. Paris, Michaud,. 1811 — 28, 52 vol. 4° (ou in-folio, ad Uhltiuu , p. 501, n° 137). »
P. 490, n° 27. « Anonimo. Dizionario istorico di tutti gli uomini che si sono renduli celebri per talenti, virtii, scelleratyze, errori etc. Napoli, 1791,. 28 vol. 8^ »
P. 491, n*^ 35. « Anommo. Encyclopédie ou dic~ tionnaire raisonné des sciences, des arts et de& métiers, par une Société de gens de lettres, mis en ordre par Diderot... Paris, 1751 — 72, 28 voL in-folio )).
1. Un de nos amis, sur noire demande, est allé lexaminer et il nous informe que c'est une impression du commencement du XVI* siècle, en caractères romains. Il faut y voir le pendant de la rarissime plaquette in-folio (bien que <-elte dernière soit en lettres g-othiques) découverte ré(;emii)ent dans les archives de la maison d'Albe, et dont une description minutieusement exacte, publiée parla Hei'ite Uistori [iie (janvier 1893), provoque le dédain et l'amère ironie du capitaine DuRO.
Oui, à la suite de patientes recherches d'une ingéniosité qui n'échappera à personne, les académiciens espagnols ont découvert des dictionnaires biographiques où il y a un article sur Colomb. Qui l'eût cru?
Ainsi qu'on devait s'y attendre, les recueils bibliographiques y occupent également une place et une belle place, car la Junte a eu aussi la bonne fortune de rencontrer nombre de bibliographies universelles qui citent des livres concernant l'illustre navigateur. C'est à cette heureuse découverte que nous devons quatre-vingt titres, au milieu desquels on voit avec plaisir :
P. 479, n"33. « Brunet (Jacques-Charles). Manuel du libraire et de l'amateur de libres [sic). Quatrième édition originale. Paris, Maulde et Renou, 1842 — 4, 5 vol. 8° mayor. »
S'imagine-ton des bibliographes qui s'embarquent dans une opération de ce genre sans faire l'emplette de la cinquième édition de Brunet, publiée depuis vingt ans !
P. 482, n« 60. « Lowndes (W.-T.). The bibliographer's (sic) of english literature — London, Bohn, 1864, 4«(s/c). ))
P. 482, n° 58. « Lorenz (Otto). Catalogue générale [sic] de la librairie française pendant 25 ans (1840—1864). Paris, O. Lorenz, 1867, 4« [sic].
Ajoutons à celte liste, Ebert, Hain, Zarco del Valle, Trijbner et, enfin, tous les catalogues de bouquinistes et de libraires qu'ils ont rencontrés, sans connaître, ce semble, les plus importants de tous,
ceux de M. Quaritch ( « Kuaritch », comme l'appelle le seiior Fabié, grand philologue, comme l'on sait).
A n'en pas douter, ces listes sont faites pour les cœurs simples. INIais la Junte, on doit hautement le reconnaître, s'est aussi préoccupée de faciliter les recherches du travailleur anxieux et impatient d'approfondir l'histoire de Christophe Colomb. Dans ce but, avec savoir et précision, elle a groupé une masse d'ouvrages que jusqu'à présent on avait négligé d'introduire dans les bibliographies concernant le célèbre navigateur. Le manque d'espace nous empêche de les citer tous, et c'est dommage, car V Enumeraciôn est très récréative. Quelques titres, cependant, suffiront pour édifier nos lecteurs :
P. 468. « Wadingus (Lucas). Annales Minorum
seu trium ordinum a S. FVancisco institutorura
Editio secunda. Romae, 1731 — 47, 22 vol. folio. »
P. 448. « QuiN (E.). A Universal History. London, Seeley et C« [sic], 1838. 21 vol. 12°. »
P. 356. a Berault Bercastel, Storia del Cristianesimo. Venezia, 1829. 34 vol. 8°. »
P. 369. « Cantû (Cesare). Storia vniversale. Racconto, documenti e schiriamenti e note. Prima edizione. Torino, Pomba, 1838, 35 vol. 8^^. »
P. 457. « Segur (El Conde dej. Historia universal, traducida al espanol por D. Alberto Lista, con correcciones y adiciones. Madrid, 1830, 31 vol. 8°. »
P. 321. « AxoMMO. Antologia, giornale di scienze, lettere earti. Firenze, Visseux [sic], 1821 — 32, 48vol. 8°. »
P. 338. « An<')Nimo. Sloria iiniversale dal principio <lel Monde. . Amsterdam [Venecia], 1765 — 1814, 60 vol. 4o. Grabados y Mapas. »
P. 379. « Ghantrel, Storia popolare dei Papi da S. Pietro aPio IX. Modena, 1863—65, 24 vol. 32". »
P. 392. « Fletcher (Henry Ghafles.). History of the American war. London : Richar [sic) Bentley, 1865 — 6Q, 3 vol. 8". >^ (Modeste, celte fois quant au nombre de volumes, mais généreusement racheté par l'article suivant :)
P. 331. « Anonimo. Histoire universelle depuis le
commencement du monde Paris, 1780 — 1791,
126 vol. 8^ Grabados. »
Pour ne pas faire de jaloux, citons aussi :
P. 333. « A.NONiMO [sic). Magazin, Gôttingisches Historisches und Neves Histor. Herausgeg. von G. Meiners und L. T. S|)ittler. Hannover, 1787 — 93, 11 vol. 8^ »
Et il y a neuf cent quatre-vingt-trois titres tous de ce calibre !
On a quelque peine à s'imaginer une bibliothèque <le livres sur l'Amérique composée d'ouvrages de ce genre. Aussi quel régal pour les yeux, surtout quel tsoulagement pour l'honnête historien pressé de tirer au clair « Gristobal Golon y sus viajes » !
A la vue de ces nomenclatures saugrenues, le lecteur s'arrête, surpris, inquiet, et se demande pour quel genre de public les académiciens espagnols ont travaillé et ce qu'il faut penser de leur clientèle !
La bibliographie ne consiste pas, comme le pensent les académiciens espagnols, à coudre ensemble des titres d'ouvrages copiés au bas de livres quelconques ou ramassés dans les catalogues de bouquinistes. C'est une science de précision. Elle exige des soins méticuleux et infinis, dont croient ])ouvoir s'affranchir seuls les esprits légers et les ignorants. Aussi n'a-t-on qu'à jeter les yeux sur leurs travaux bibliographiques pour voir combien ils sont dénués de valeur.
Prenons, par exemple, ce cjui, dans toute bibliographie spécialement consacrée à Christophe Colomb et à ses voyages, constitue une des parties principales de l'œuvre; c'est-à-dire les premières éditions en latin de la lettre par laquelle il annonce aux Rois Catholiques le succès de sa mémorable entreprise. C'est dans cette description que la Junte académique a déployé toute sa science, tous ses efforts et toute l'exactitude dont elle est capable.
Voici ce morceau de choix (p. 213, n^ 2), reproduit fidèlement :
« 2. Epistola Christofori Colom : cui etas nostra multii débet : de | Jnsulis Jndie supra Gangem nuper inuentis. Ad quas perqui | rendas octauo autea mense auspicijs e ère inuictissimi Fernan | di Hispaniarum Régis missus fuerat : ad Magnificum diim Ra | phaelem Sanxis : eiusdem serenissimi Régis Tesaurariu
missa : | quam nobilis ac litleratus vir Aliander de Gosco ah Hispano | ideomate in latinum conuertit : tertio kal's Maii M. cccc.xciij | Pontificatus Alexandri Sexti Anno Primo [absque nota). 4°. got. 4 foj. »
Ce titre est ce qu'il y a de mieux dans la liste. Il ne contient que douze fautes de transcription; chacune suffisante pour faire croire à l'existence d'éditions différentes, ou modifiées à la presse, de cette publication.
Le signe abréviatif de la diphtongue ae a été omis dans c( etas » pour œtas, dans « Jndie » pour Jndiœ, dans « ère » pour œre-, « perqui » et « Fernan » devraient être suivis d'un trait — , marquant les mots coupés à la fin de la ligne ; a autea » doit être épelé antea et « e », qui ne signifie rien en latin, z == et. « Maii » doit se terminer par j. La date « M. CCCC.XCIIJ » devrait être entre deux points et commencer par une majuscule, ainsi : .M. cccc.xciij. Nous passons sous silence l'omission du signe initial ^ et de lettres à hampes, telles que ly longue, qu'une imprimerie académique devrait cependant posséder et dont l'absence défigure l'aspect de tout titre original.
« Segiin Brunet parece impresa en Roma por Esteban Plank (sic) hacia 1493. »
Ce qui n'était pour Brunet dans son édition de 1842 (dernière source d'information des académiciens espagnols) qu'une hypothèse, il y a un demi-siècle, est depuis dix ans un fait avéré; comme le lecteur ne tardera pas à le voir.
« La misma carta impresa en 4*^. s. a. n. 1. probablemente del mismo aùo 1493. Diferénciase el titulo en la agregacion del nombre de la reina Helisahet. »
La seconde édition de Stephanus Plannck porte au titre d'autres différences non moins importantes à signaler, notamment le nom du trésorier imprimé « Gabriel » au lieu de Raphaël , et celui du traducteur, cette fois nommé « Leander » à la place de Aliander.
« La misma carta impresa en 4**. En el tercer folio se lee Iinpressit Rome Eucharius Argenteus Aniio dni .M.ccccxclij . 3 fojas got. »
On ne voit pas comment une plaquette ne contiendrait à l'état [)arfait que trois feuillets. L'édition de Silber en porte quatre, naturellement, mais le quatrième, qui complète le cahier, est blanc.
« La misma carta. Al fin. Ulisbone pridie Idus Martii Christ. Colom Oceane classis prefectus , en 4°, 4 foj. »
Que veut dire la Junte et à quoi peut bien correspondre cette singulière description ? Ce ne saurait être une des éditions de Guyot Marchant, puisqu'elles sont décrites (Dieu sait comme !) sous un numéro spécial (le n° 4). Est-ce quelque autre publication? Eh ! bien, sauf les éditions de Paris, toutes celles que l'on connaît se terminent par l'épigramme de l'évêque de Monte Peloso, en huit vers avec un titre. Quant à la souscription (donnée par les académiciens avec quatre fautes en deux lignes, — pour ne pas en
perdre l'habitude), on la trouve à la suite du texte dans toutes les éditions connues (excepté la troisième de Paris, qui en omet la signature). C'est, de la part des savants académiciens, ce qu'on appelle parler pour ne rien dire.
Négligeant (pour y revenir bientôt) la note au sujet des textes espagnols, passons à l'édition latine illustrée. Ils la décrivent ainsi :
« 3. De insulis inuentis. | Epistola Cristoferi Colom (cui etas nostra | multu débet : de Insulis in mari Indico nup. | inuètis. Ad quas perquirendas octauo antea | mense : aspicijs et ère Inuictissimi Fernandi' | Hispaniarum Régis missus fuerat), ad Mag I nificum dnm Raphaelem Sanxis : eiusdè sere | nissimi Régis Thesaurariû missa. quam nobi | lis ac literat. vir Aiiander d' Gosco ab His | pano ydeomate in latinû conuertit : tercio kls. | Mai) mccccxciii. Pontificatus Alexandri | Sexti anno primo. — 8". g(')tico 8 fojas con 4 grabados en el texto. »
Dans l'original le mot infulls commence par une majuscule et inuentis n'est pas suivi d'un point. Jnsulis, Jndico et Jnuictissimi, dans les lignes suivantes commencent aussi par un / majuscule. Niiper y porte l'abréviation p pour les deux dernières lettres ; « aspicijs » est correctement écrit aiifpicijs. Il n'y a pas de virgule après fuerat^ et la section du mot Magnum, à Mag, est indiquée par un trait d'union. Ce n'est aucunement « Ra[)haelem » qu'on lit dans l'original, mais Raphaële}. Il y a encore un trait d'union au milieu de Jercnijfimi et de Hijpano
{fere- et Hif-), deux points après Cofco , aucun à la suite de kalendas , lequel mot est abrégé ainsi : A7's. Il n'y a pas « literat. » mais literat^. Anno, Primo et .M.cccc.xciii. portent, comme nous venons de le transcrire, un A, un P et un M majuscules, et la date s'y trouve scindée par quatre points.
Enfin, et surtout, cette édition n'est pas en 8 feuillets, mais en 10, et si elle ne contient que 4 planches dans le texte, il y en a 8 dans le livre.
« Hay una reproduccion hecha por M. Pilinski y reimpresion en facsîmile, Paris, Franc, [sic pro Franck, éditeur]. 1858. »
Oui, Pilinski a reproduit en fac-similé l'édition illustrée. Nous connaissons même trois tirages modifiés de ce travail. Et comme l'on peut facilement les acquérir pour quelques francs, l'Académie royale de l'Histoire eût pu s'imposer ce sacrifice. De la sorte elle aurait peut-être évité cette description phénoménale oîi ses spécialistes ont trouvé moyen de faire vin}^t et une fautes dans un malheureux article de seize demi-lignes !
« 4. Epistolade insulisde | nouo repertis. Impressa I parisius in câpo gaillardi [absque anno\. — 4 got. 4 foj. ))
« Edicion de Guy Marchand, hacia 1494, segùn Brune t. »
La Junte eût dû ajouter que cetle édition contient, au recto du l^"" feuillet, la marque de l'imprimeur et, au verso, une vignette, ce qui la différencie des autres éditions parisiennes.
La Junte devait dire aussi que cette édition est la troisième et dernière de Guyot Marchant.
« La misma carta impresa en 4°. menor, por Guy Marchand, en 4 foj. »
Ici encore les académiciens auraient bien fait d'allumer leur lanterne. En quoi cette édition diffèret-elle des deux autres ? Toutes les trois sont « in-4 et en 4 feuillets », mais elles présentent chacune des différences typographiques que le bibliographe qui comprend son affaire doit décrire. C'est pour cela, d'habitude, qu'on va le chercher.
Et maintenant que fait la Junte de la première édition donnée par Guyot Marchant ? Absolument rien !
Que fait aussi cette commission érudite et zélée de 1 édition néerlandaise justement attribuée à Thierry Martens ? Pas davantage !
C'était cependant le moment ou jamais de signaler ici ces deux précieuses plaquettes
D'autre part, l'impartialité nous fait un devoir de reconnaître que la Junte, ne voulant pas s'en tenir à un travail de premier jet, a soigneusement revu sa bibliographie de la lettre de Colomb et noté aux errata les fautes qu'une révision sagace lui a permis de relever. C'est-à-dire : et cre au lieu de a e ère », et ausplcijs à la place de « aspicijs ». Par contre, elle a fait deux nouvelles bévues, en substituant « ydiomate » à ydeomate et « parisis k parisius ». Sans parler des graves omissions et autres défauts, il n'y a donc plus que trente-neuf erreurs dans cette seule colonne de quarante-huit demi-lignes. La justice avant tout!
Mais, si nous cherchons dans celle bibliograpliie spécialement consacrée à Christophe Colomb et à la découverte de l'Amérique les éditions originales espagnoles, c'est-à-dire du texte imprimé en 1493 de la Lettre même de Colomb faisant connaître la merveilleuse nouvelle, c'est bien autre chose! Nos académiciens se sont dispensés de la décrire. C'est, comme disent les Anglais, « le drame à'Hamlet sans le rôle d'Hamlet. » Ces savants avaient là une occasion unique. Voyons comment ils en ont profilé.
S'il y a au monde, pour tout américaniste, un imprimé de premier ordre, c'est à couj) sûr la précieuse plaquette, dite de l'Ambrosienne, qui, depuis vingt-cinq ans, n'a pas cessé d'occuper l'atlention des bibliographes. Il y avait un chapitre à écrire, et sur la typographie, et sur les caractères, et sur le filigrane, et sur la lettre ornée, et sur le lieu où elle paraît avoir été imprimée, et sur son éditeur supposé. Voici la façon dont la Junte décrit ce joyau par excellence de la bibliographie américaine :
Après avoir dit qu'il y a trois transcriptions de la lettre de Colomb à Sanchez, elle définit ainsi la première (p. 214) :
« I*. La que se imprimio en el mismo tiemp^, de que se conoce un ejeraplar en la Biblioteca Anibrosiana de Milan. » C'est-à-dire : « de la lettre qui fut imprimée à la même époque on connaît un exemplaire, lequel est à l'Ambrosienne. »
C'est tout. Nous voilà bien avancés ! Et le livre lui-même, bibliographes académiques, qu'en faitesvous? Ou est votre description ? Avec quels caractères a-t-il été imprimé ? Combien de feuillets ? Quel titre, quel format, quel filigrane ? Que représente la lettre ornée, si lettre ornée il y a ? A quoi donc veut-on que nous reconnaissions cette pièce capitale entre toutes ?
La Junte a pensé que dans une bibliographie il était inutile d'entrer dans ces détails et de perdre son temps à de pareilles misères. Pour ce fait inouï dans les annales de la bibliographie, nous renvoyons le lecteur au chapitre ironiquement sans doute intitulé : Edicioncs principales de los escritos de Colon ^ à la page 214.
Autre bizarrerie de ce genre.
On a découvert, il y a quatre ans, à Madrid, un exemplaire d'une édition jusque là inconnue de ce texte précieux, imprimée certainement lors du retour de Colomb, à Barcelone, selon nous, et de format in-folio. Ce fut un événement dans le monde de la bibliophilie. On peut en juger par le fait cjue cette pièce, composée de deux feuillets seulement, presque pourris, a été vendue à la Bibliothèque Lenoxienne, de New-York, pour la somme énorme de trente-huit mille francs. L'intérêt historique dépasse cependant sa valeur vénale en importance, car il n'y a pas une de ses pages qui ne soulève d'importantes questions de bibliographie. Elle méritait, elle exigeait donc une analyse technique et détaillée, d autant plus que l'Espagne est le pays qui possède le plus d'éléments
de comparaison pour permettre de résoudre toutes les difficultés. Eh! bien, voici la chose informe que nous relevons à la p. 214, sous le n° 5, de la Blbliografia Colomb ina :
« Senor por que se que aureis plazer de la grand I Victoria que ntro. seiior me ha dado en mivyaie | vos escriuo esta... (etc.).
Esta carta embio Colon a lescriuano deracion | de las Islas halladas en las Indias, Contenida ] a otra Desus Altezas. »
Ici encore, c'est tout !
Pour commencer, dans les trois dernières lignes seulement, il y a onze erreurs de transcription. L'original ne porte pas « embio » mais en bio, ni « Colon » mais Coloni. On ne lit pas non plus a a lescriuano » mais Alefcriuano^ ni « de racion » mais Deraciô, ni « de las » mais De las, ni « halladas » mais Halladas , ni « en las Indias » mais en Las Indias :, ni « Contenida » mais Côtenida, ni « a otra de sus Altezas » mais A Otra de Sus Altezas. Cette orthographe et chacune de ces majuscules ainsi employées sont autant de points de repère qui peuvent servir à retrouver l'imprimeur de cet exemplaire unique aujourd'hui. Etant donné que les académiciens espagnols, en leur profonde sagesse, ont cru pouvoir ne nous donner d'autre description bibliographique d'un document de cette importance que six lignes vagues et nues, on est fondé à se demander s'ils n'eussent pu les rendre avec un peu plus d'exactitude.
Et môme alors, qu est-ce que la Junte nous apprend sur ce rarissime imprimé ? Absolument rien, puisqu'elle a négligé de dire à quoi correspondent ces lignes, si c'est un titre ou un texte, ou à quoi répond la seconde phrase, et qu'elle s'abstient d'indiquer le format, le nombre de feuillets, le caractère employé, le filigrane, les signatures, si le livre est daté ou non, s'il porte ou s'il ne porte pas une marque d'imprimeur et un lieu d'impression. Pareille incurie est sans exemple !
Dans cet ordre de publications du plus grand intérêt on ne manque pas de noter au premier rang la paraphrase versifiée que fit Giuliano Dati de V Epistola de Colomb. La Junte décrit en détail (p. 214, n*^ 6) une des éditions, et oublie seulement de dire qu'elle est imprimée sur trois colonnes, sans aucune vignette et qu'on n'en connaît qu'un seul exemplaire, lequel est incomplet des 2'"^ et o^^ feuillets. Mais les académiciens s'imaginent compléter leur description par ce renseignement :
« Hay dos ediciones, ambas de Florencia; la una en caractères goticos, fechada el 25 Octubre ; la otra en caractères romanos, el 26 de Octubre del mismo aiio 1493, segiin Brunet. »
Ainsi la Junte académique ignore encore qu'il n'y a pas seulement deux éditions de ce rara avis, mais bien cinq \ et elle est d'autant plus sans excuse que toutes les cinq se trouvent décrites avec soin dans