La Revu2 historique, Paris, mai-juin 1891, p
n'ajoutent rien aux allégations probantes avancées par ce dernier: Le travail du señor A. est donc, à proprement parler, une simple paras phrase de celui du publiciste américain, que d’ailleurs sur ce sujet il évite avec soin de citer. La distinction entre les deux moines doit avoir été établie d’une manière bien patente pour qu'un académicica espa;nol 1 se soit résigné dernièrement à reconnaître que la confusion fue puesta en claro par el Sr. Harris de dos personas distintas.
Nous possédons fort peu d'indications permettant de connaître la vié de Colomb avant qu'il vint en Espagne et elles ne sont pas faciles à découvrir. Le señor A. a remarqué dans le testament de l’Amiral, ou ailleurs, un legs qui, par implication, établit sa présence à Lisbonne en
Mr. Asensio, t. [, 133. Mr. HaRRIssE, t. I, 266, 302.
« Esta ultima indicacion parece que desi- « Colomb semble s'être livré au gna la época en que fueron contraidas commerce. Ainsi les sommes qu’il oraquellas deudas... Como en el tiempo que donne in articulo mortis de faire tenir duré su matrimonio se dedicé 4 algunos aux héritiers de Génois établis à Lisnegocios mercantiles, no es tampoco vio- bonne en 1482, sont évidemment des
lento suponer que de sus resultas quedaran dettes coniractées au cours d'opérations aquéllas. » commerciales. »
Ainsi le señor A. s’est aperçu que ce legs était une manière de payer des dettes contractées à Lisbonne et que Colomb a dû, en conséquence, s'occuper de négoce en Portugal. C'est faire montre de perspicacité. Chose singulière et preuve que les beaux-esprits se rencontrei:r, dès 1884, comme le lecteur vient de le voir, un écrivain trouvait à Paris ce qu’un autre écrivain était destiné à découvrir à Séville six ans plus tard.
C'est surtout par la version latine de l’épître de Colomb que fut connue en Europe la nouvelle de la grande découverte. Notre auteur, avec son coup d'œil ordinaire, a noté qué la date est fautive; M. H. auësi, du reste.
Mr. AsENsto, t. I, 307. Mr. HARRISSE, t. [, 440.
& En la traduccion latina hecha por Lean- « La version latine est datée Ulisdro Cosco, se estampé la fecha de la post- bonæ pridie idus Mar’ii; mais c’est par data à 14 de Marzo fpridie idus Martii) erreur, car le 14 mars, Colomb avait pero es error mcnifiesto del traductor. » quitté Lisbonne. »
Ce n'est pas grand’chose, certainement, mais les brindilles montrent dé quel côté le vent souffle.
L'ordre des Franciscains mène grand bruit depuis plusieurs années à propos de la première messe qui fut dite en Amérique. Ils en attribuent l'honneur au Juan Perez précité, On comprend que le señor A. ait voulu répondre à cette assertion et il l’a fait excellemment. Mais quel air de famille entre son langage et celui du publiciste américain!
1. Sr. Fabié, Boletin de la R. Academia de la Historia, janvier 1892, p. 31.
D 73 0m bb
+ nt ee (U
Mr. Asensio, t, I, 641.
« Muchos historiadores de la religion franciscana han pretendido que fray Juan Perez acompaño à Colon, pero es lo cierto que no se suple de modo alguno el silencio de los testigos provinciales. »
Mr. Harisse, t. I, 371.
Q ll n’y a rien de fondé dans la légende monacale d’après laquelle Juan Perez aurait accompagné Colomb lors de son second voyage et qu’il serait le premier prêtre qui aborda au Nouveau Monde. »
Le señor A. a également compris l'importance d'établir que Colomb ne se maria pas aux Açores mais bien à Lisbonne, car nombre de circonstances capitales découlent du lieu où se passa cet événement. M. H. a aussi résolu le problème et deviné mot pour mot, ce que le señor A.
devait avoir la bonne fortune d'énoncer six ans après.
Mr. AseNsio,t. 1, 48, 51.
« Para nosotros es indudable que el matrimonio de Cristobal Colon no se celebré en la isla de Madera ni en la de Puerto Santo, sino en la ciudad de Lisboa.
« Si por el contrario. era de la familia de Mogniz..... tanbién debi6 verificarse el enlace en Lisbca, pues no hay noticia de que su padre, ni nadie de su familia, viviera fuera de Portugal.
« Si aquella señora era hija, como dice Fructuoso, aunque hay dificultad insuperable en los años, de Perestrello... pues la razon porque la viuda consintié en ceder el mando de la isla à su cuñado Pedro Correa en el año 1458, fué porqué no le sentaba bien el vivir en la isla, y le fatigaba el morar en ella. »
Mr Harissr, t. |, 295.
« Pour nous, il est certain que le mariage ne fut célébré ni à Madère, ni dans aucune des îles de l'Afrique portugaise, mais à Lisbonne même.
« Si Philippa avait été une Moniz, elle aurait résidé dans ce’ce ville [Lisbonne], car ni son père ni aucun membre de sa famille, au xv° siècle, n’a vécu hors du Portugal.
« Si au contraire elle fut une Perestrello, c’est encore à Lisbonne que le mariage dût se faire, car nous voyons par Fructuoso que la raison pour laquelle sa mère consentit à céder la capitainerie de Porto Santo, en 1458, à son beau-frère Pedro Correa, c’est qu’elle était fatiguée de vivre dans cette ville. »
Il est évident que l’imprimeur a oublié d'ajouter au texte espagnol des guillemets, pour indiquer une simple citation espagnolisée et le nom de M. H. comme auteur du passage si fidèlement cueilli. En vérité on ne sait plus à qui se fier, et les typographes deviennent d'une indifférence tout à fait déplorable. D'autre part, le señor A. ne paraît se rappeler que M. H. a traité le même sujet, qu'à propos de la branche des Muniz, pre :rée par ce dernier être celle de Gil Ayres. C'est ce qui s’appelle faire la part du feu : autre euphémisme!
On ne cessait d'affirmer que les restes de Christophe Colomb, après sa mort, arrivée en 1506, étaient restés à Valladolid jusqu'en 1513. Le señor A. a fort bien vu aue cette date était erronée et qu'ils furent transférés à la chartreuse de las Cuevas, près de Séville, plusieurs années auparavant. C'est encore une coincidence.
Mr. AsENsio, t. [1,620.
« Lo que han fijado la fecha de la traslacion en el año 1513 no se fundan en dato atendible... sino en una simple noticia comunicada, segün parece, por el archivero Tomas Gonzales. »
Mr. Harkisse, t. IT, 142.
« L’assertion que cette dépouille mortelle resta consignée à Valladolid jusqu’en 1513, est inexacte. Elle provient sans doute des notes qui furent fournies par S. Martin et Tomas Gonzales. »
€ Y heraos de llamar desde luego la aten- « Diego rappelle qu’en l’année 150), cion sobre las frases que usa el testador.. il fit déposer le corps de son père à .a dondé yo mandé el dicho cuerpo el año de Chartreuse de Las Cuevas : el año de quinientos nueve. » quinientos nueve. » |
Autorités : P. Espinosa, Historia de Se- Autorités : P. Espinosa, Aistoria de villa. Testament de Diego Colon, 16 mars Sevilla. Testament de Diego Colon, 1509. Protocolo del Monasterio de Las 15 mars 150. Protocolo del Monaste- Cuevas, ms. rio de las Cuevas, ms.
Ajoutons que cette importante circonstance est connue seulement par le testament de Diego Colomb qu’a publié M. H. en 1884.
Puisque nous parlons archives, il est à noter qu’une des choses utiles de l'ouvrage de M. H. 1 consiste en la publication de nombreux documents inédits. On y remarque, par exemple, la série presque complète des actes testamentaires des frères de Colomb, actes qui jettent un jour nouveau sur leur vie privée.
Eh ! bien, on a le plaisir de revoir ces pièces en de longs extraits dans le livre du señor A. (IT, 700, 708), sans la moindre référence, naturellement, aux sources d'où ce dernier les a tirées; c'est-à-dire du Corpus inséré par M. H. Le fait que les documents se conservent dans la ville où est aussi la demeure du savant andalous et même qu'il ait eu l’obligeance de mettre le paquet à la poste (p. :vr) n'expliquent pas suffisamment sa facon primesautière de s'en servir. Et, à ce propos, donnons un détail qui montre sous son vrai jour la haute conception que l'on a des études historiques au pays d'Espagne. Ces actes étant des testaments, imaginez-vous, lecteur, que les archivistes voulurent exiger de celui qui avait eu la pensée de faire des fouilles, les frais de légalisation et de chancellerie, tout comme s’il s'agissait d'un procès d'hoirie et que M. H. se fut porté héritier des nippes laissées par Diego Colomb il y a trois cents ans! Mais rendons à César ce qui appartient à César. Il nous revient que sur les protestations venues de Paris et obligeamment transmises par le señor A., la note fut finalement réduite d’un quart, — par pure amitié pour cet influent citoyen.
Un document de la plus haute importance est, d'avis unanime, la lettre que Toscanelli écrivit à Colomb, bien avant la découverte du Nouveau Monde et lui communiquant ses idées sur la navigation à entreprendre par la voie de l’ouest. Elle était connue depuis trois siècles, mais seulement dans une version italienne, sujette à caution. C'est donc avec une véritable surprise que les savants ont vu apparaître dans le livre du señor A. le texte original latin.
Mais une chose extraordinaire, c'est le trompe-l'œil qui l'enjolive. «a Nous présentons, dit le señor A., les deux textes principaux de cette
1. Christophe Colomb. Son origine, sa vie, ses voyages, sa famille et ses descendants. D'après des docume'ts inédits tirés des archives de Gênes, de Savone, de
Séville et de Madrid. Études d'histoire critique. Paris, Leroux, 1884, 2 vol. grand in-6°.
intéressante épître à cause de la rareté et nouveauté du latin [1, 251). » Ici encore le docte Sévillan a grand soin de passer le nom de M. H. sous le plus complet silence. Or c'est ce dernier qui, avant tout autre, a reconnu, publié, annoté et mis en lumière, le texte original, quatre fois au moins: 1° en Andalousie même dans l'année 1871; 20 à Paris; 3° à Leipzig, en 1872 ; 4° par un fac similé photolithographique.
Le texte que donne le señor A. est pris, avec une désinvolture à nulle autre pareille, de l'édition sévillane de M. Harrisse. L'idée d'épeler gratia, navigationem, intelligentia, les mots écrits dans le prototype gracia, navigacionem, intelligencia, ne suffira guère pour masquer cel ingénieux démarquage.
Le document, découvert par le bibliothécaire de la Colombine en 1860, était montré depuis dix ans à tous les étrangers de passage à Séville, uniquement comme autographe de Colomb et sans qu'on soupçonnât le moins du monde son véritable caractère. Ledit bibliothécaire a avoué ce fait curieux dans une lettre rendue publique à Paris en 1874 !. De mauvaises langues prétendirent même qu'elle ne donnait qu’une partie de la vérité. « Päul le médecin », seul nom inscrit dans l'épître florentine pour désigner le correspondant, est un vocable qui ne disait rien du tout, semble-t-il, aux savants de l’Andalousie, Les plus érudits seulement auraient eu une opinion : c'est que le nommé Paul était Marco Polo. Ce doit être une affreuse calomnie.
Nous pourrions multiplier les exemp'es de coïncidences de ce genre; mais il reste trop d’autres beautés à déci ‘e.
C'est lorsque le señor Asensio vole de ses propres ailes qu’apparaît le grand sens critique des historiens espagnols. [1 n'est pas rare, par exemple, de les voir faire fonctionner leurs héros longtemps après qu'ils furent morts. Ainsi le savant biographe andalous ([1, 621) endosse un extrait de Garibay qui enterre Maria de Toledo, bru de Christophe Colomb, en 1545. Cela ne paraît pas avoir empêché la noble dame de rédiger son testament le 27 décembre 1548 et de mourir, une seconde fois, le 11 mai 1549, comme le señor A. eût pu le voir en consultant l'appendice du livre de M. H. (docs. IX et X), qu'il avait justement sous les yeux. Mais ce n’est pas pour cette catégorie d'historiens que sont faites les preuves justificatives. Parmi les deux nouveautés documentaires du señor A. (1, 263) nous remarquons la déclaration du matelot Juan de Aragon qui, en 1552, dit avoir rencontré Martin Alonso Pinzon dans le port de
1. Lo conocia hace años el testo latino de la carta de Toscanelli, pero no le daba importancia, creyendo que el original era el italiano. M. Harrisse le ha dado gran interes y nos ha sacado de nuestro error, por lo que le deben estar agradecidos los aficionados. — José Ma. Fernandez. Sevilla, dic. 23, 73. (Bulletin de la Société de Géographie de Paris, oct. et nov. 1874, p. 256.)
Palos vers 1496, alors que ce dernier mourut en 1493. Mais le chefd'œuvre du genre, c'est la découver'e annoncée à son de trompe par un congénère (1, 428-29) et que notre érudit sévillan reproduit, propage et admire de tout son cœur : à savoir que Toscanelli, onze ans après qu'il fut mort etenterré, envoya à un compatriote une lettre que Christophe Colomb venait de lui adresser. Voici la genèse de cette trouvaille, assez typique :
Un curé de Lisbonne, assoifté de science, acheta l'autre jour chez le plus achalandé des bouquinistes la traduction de Sacrobosco faite par Vicenzo Dante de Rinaldi et publiée par son petit-fils Egnatio, à Florence, en 1571. [Il remarqua, avec ses yeux de lynx, ce que tout spécialiste connaît ! et a rejeté comme apocryphe, c'est-à-dire le passage mentionnant une lettre de remerciements que Christophe Colomb aurait envoyée à Toscanelli lorsqu'il revint de sa mémorable expédition en 1491 (sic), et que l’astronome florentin se serait empressé de communiquer audit Dante. Et alors, ouvrant un Larousse quelconque, le curé lisbonnais, frappé d'une idée subite, y vit la preuve inéluctable que Toscanelli rest pas mort en 1482. Le señor A., à son tour, se hâte de porter à la connaissance du monde savant ce fait inattendu. Christophe Colomb lui-même ne fut pas plus heureux lorsqu'il découvrit l'Amérique. [1 nous semble entendre l'éclat ue rire qui, à cette mirifique nouvelie, dut résonner de Turin jusqu'à Florence!
En effet, les écrivains habitués à consulter les sources, savent que la date dela mort de Toscanelli, aux ides de mai 1482, est prouvée par Bartolomeo Fonti, son concitoyen et contemporain, qui la rapporte dans ses Annales ab anno 1483°,et par d'autres documents, qu’enfin Rastelli, à Pérouse en 1574, et les Juntes dans leur seconde édition de 1579 de cette version italienne de Vicenzo Dante de Rinaldi, firent disparaître ce flagrant anachronisme. Mais à Lisbonne et à Séville on n'y regarde pas de si près!
Du reste, rien de malléable comme les dates et les noms sous la scrue puleuse manutention de cette famille d’historiens. Le señor A.(", 12, 16) fait naître Christophe Colomb en 1436. Alors il y a trente-deux années de différence entre lui et son frère Diego; car un acte notarié établit que ce dernier n'avait guère plus de seize ans en 1484. Notre ingénieux biographe répond (I, 214), qu'on doit lire 1464. Pourquoi? Pour l’unique raison que la date de 1484 le gêne. Ailleurs (T, 18) il fait naître Diego en 1446, ce qui nous le montre au séminaire, étudiant pour entrer dans les ordres 3, passé l’âge de cinquante-deux ans. Comme
1. Uzielli, L'Epistolario Colombo-Toscanelliano e i Danti; Roma, 1889, in-8°.
2. Apud Filippi Villani, Liber de civitatis florentiæ, édition de Galletti, Firenze, 1847,in-8, p. 159.
3. Dans l'acte du 22 février 1498, Colomb ordonne qu'on mette son frère cadet Diego à même de vivre convenablement, attendu qu’il a l’intention d’entrer dans les ordres : porque el quiere ser de la Igicsia; Navarrete, II, 230.