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c’est probable! On lui montre une autre pièce authentique énonçant qu'au 30 octobre 1470, Christophe Colomb n'avait encore atteint que la majorité de dix-neuf ans !; en d’autres termes, qu'il est né entre 1446 et 1451, et une série complète de documents tirés du notariat #énois, établissant la filiation entière de Colomb. A ces preuves, le señor A. oppose (I, 20] le raisonnement suivant, qui est une perle : M. H. dit lui-même que les recherches dans les archives de Savone ne peuvent être menées à bien que par d’habiles paléographes, car le latin et l'écriture du xve siècle dans la Ligurie sont presque indéchiffrables. Donc ces documents ne doivent être acceptés qu'avec les plus expresses réserves. — Donc ils ne signifient rien du tout!
Certainement que les manuscrits génois et savonésiens du xv° siècle ne se lisent qu'avec la plus grande difficulté! Mais les pièces de ce genre produites par M. H. ont-elles été exactement lues, comprises et publiées? Voilà toute la question. Si non, alors dites-nous où, comment, pourquoi, — si vous en êtes capables! La réponse est un autre bijou :
« M. H. rapporte qu’au 30 octobre 1476 {notez bien cette date! — sic), trois Colombo de Quinto envoyèrent l’ün d'eux en Espagne ad inveniendum dominum Christoforum de Colombo Armirantum Regis Ispaniæ. Or, comment est-il possible qu’en
1476 on ait qualifié Christophe Colomb d'amiral espagnol, quand ce titre lui fut octroyé seulement des années et des années après? » Ergo, etc., etc. (I, 20).
L'ingénieux critique sait parfaitement que c'est un chiffre transposé par l'imprimeur et qu'on doit lire non 1476, mais bien 1496, comme il le prouve d'ailleurs chaque fois que les exigences de son récit le portent à se servir de ce document même (I, 189, 194). Le señor A. rappelle l'Aristerque clairvoyant qui, pour semblable motif et avec l'accent d’une science indignée, nous reprochait naguère de faire mourir l’empereur Charlemagne en 1814!
Historien critique, M. H. a pour méthode d'examiner sous toutes les faces chacune des questions controversées et d'analyser séparément ce qu’on pourrait appeler les preuves ou indices parallèles; puis de faire converger les résultats vers un point central. Ce système dépasse évidemment la compréhensibilité des adversaires du publiciste américain qui eux, beaucoup plus forts, se contentent une fois pour toutes d’éjaculer des affirmations. Pourquoi donner une raison? Elle pourrait être mauyaise, dit une vieille formule de chancellerie. Voyons donc encore quelque application de leurs immortels principes.
Christophe Colomb déclare être venu au monde dans la ville de Gênes et M. H. croit fermement que c'est la vérité. Mais, fidèle à sa déplorable manière de raisonner, il a demandé la confirmation de cet aveu aux
1. Nous recommandons aux jurisconsultes qui aiment à s’instruire, les objections que le señor A. (avocat au barreau de Séville) oppose (T, 216) à cet acte notarié, qui a pour base les principes bien connus du droit romain et du droit génois au sujet des différentes majorités,
si
archives du tabellionat génois. Ayant établi que Colomb naquit au plus tôt en 1446, il devait en bonne logique prouver de même l'existence du domicile de son père dans l'enceinte de Gênes à cette date. Malheureusement les actes notariés alors connus ne l'y montraient pas avant 1451. Le publiciste américain eut la faiblesse de reconnaître que ce hiatus le génait fort et, jusqu’à plus ample informé, de suspendre son jugement. Les grands logiciens de Séville et de Lisbonne, qui n’ont jamais rien pratiqué de pareil, habitués qu'ils sont à fournir sur le champ réponse à tout, se gaussèrent et se gaussent encore d'u ae telle franchise, pour eux inimaginable (1, p. Lin, 204). Et, d'accord avec leurs principes, nous les voyons ignorer le petit paragraphe suivant du livre de M. Harrisse :
« Supra, t. I, p. 220, on lit ceci : Ce qu’il faudrait savoir, c’est en quelle année
Domenico Colombo vint se fixer à Gênes. Si ce fut avant 1445, son fils Christophe y naquit certainement.
« Aujourd'hui même, nous recevons un contrat qui montre Domenico Colombo exerçant la profession de tisserand à Gênes, dès l'année 1439...On doit donc admettre que le découvreur du Nouveau Monde naquit dans l’enceinte même de la ville
de Gênes. Ainsi se trouverait confirmée son assertion : de la ciudad de Genova sal y en ella naci. »
Pour ne pas être injuste à l'égard des loyales objections de ces savants péninsulaires, il nous faut aussi rappeler que l'acte de 1439 et sa place précitée se trouvent seulement aux pièces justificatives de l'ouvrage qu'ils critiquent (Christophe Colomb, IT, 402).
Nous pourrions donner bon nombre d'exemples, non moins remarquables, du savoir, des raisonnements, de l'intuition et des coïncidences qui forment la trame du Cristobal Colon du señor Asensio. Mais il faut se borner, surtout quand douze pages ont été consacrées à un livre dece genre, quels que soient ses mérites d’ailleurs. C'est avec regret. Le lecteur eut trouvé de l'agrément à suivre l'historien andalous, à le voir décrire et déclarer digne d'attention (I, 477-79) la fumisterie qui fait du nom d'Amérique un vocable nicaraguaque, complètement inconnu ; faire d’un petit-clerc de notaire ‘ un vénérable mine franciscain et même le confesseur de Colomb in articulo mortis ; transformer un pauvre tailleur d'habits nommé Giovanni Colombo en un brillant capitaine de la marine royale d'Espagne, appelé Giovanni Antonio Colombo, et ce, avec des airs de triomphe comme Christophe Colomb lui-même dût en pousser lorsqu'il aperçut pour la première fois les terres nouvelles (TT, 194); démontrer selon la méthode andalouse (1, 434-35) que
1. Si le démarquage est chose commode, il présente parfois des inconvénients. Aquel religioso franciscano Gaspar de la Misericordia, que tal vez fué son confesor (I, 613) est une paraphrase, flanquée d’une aflirmation arbitraire, de la note de M. H. « Nous n'avons d'autre autorité pour le caractère religieux de ce témoin que son nom de la Misericordia. C'était probablement un moine franciscain et son confesseur » (Christ. Colomb, 11, 152). Ce Gaspar était en réalité un jeune clerc du notaire Pedro de Hinojedo (Memorial del Pleyto,f. 14, n° 103),
la lettre de Colomb imprimée en espagnol est sortie des presses de Ungut et Stanislas, de Séville, alors que les caractères typographiques et le filigrane de cette plaquette absque nota ne ressemblent en quoi que ce soit à ceux qu'employèrent jamais ces imprimeurs ; mais avec un appareil de raisonnements qu’il faut avoir vu de ses yeux pour y croire '; faire du voyageur-géographe Alessandro Zorzi un ambassadeur vénitien, connu exclusivement à Séville (IT, 689); fixer la mort de Christophe Colomb au 20 mai 1506 (11, 613, 616), parce qu'il mourut le jour de l’Ascension, qui justement tomba cette année-là le 21; découvriret répéter (1, 19) que le beau-frère de l’Amiral, appelé jusqu'ici dans les documents Giacomo Bavarello, se nommait Santiago, ce qui est assurément le prénom du charcutier génois le plus bizarre qui se puisse voir ; donaer de travers le blason plus ou moins authentique de Colomb(I, 193, 514); exclure avec la plus noire ingratitude (I, p. cxix) M. Roselly de Lorgues des historiens sérieux de l’Amiral, .out en représentant le vénérable écrivain sous les traits du cardinal Donnet, soutane, grand cordon de la Légion d'honneur et le reste (T, pp. Lxx1, Lxxxir1) 2; venir raconter (Il, 752) que lorsqu'en 1795 les Espagnols déterrèrent d'un charnier de la cathédrale de Santo- Domingo le tibia anonyme précité, ils mirent la main sur les restes mortels ae Christophe Colomb « avec autant de certitude que si aujourd'hui on exhumait le cercueil de Napoléon de la chapelle des Invalides »;, mettre « Alberto Toglieto (vulgo Uberto Foglieta), né seulement en 1518, parmi les contemporains de Christophe Colomb (I, 200); raconter dans les plus grands détails et de façon à nous tenir suspendu à ses lèvres (1, 102), les amours du célèbre marin avec Béatrice Enriquez, — comment à l'âge de cinquante et un ans il séduisit « dans l’aristocratique demeure{?) des Enriquez de Arana cette jeune fille (?) parée de tous les dons (?), qui à une extrême beauté (?) unissait une haute intelligence (?), un cœur aimant, passionné {?) plein de tendresse 3, (il n’a pas dû s’ennuyer!}». Nous eussions aussi vu notre historien si bien renseigné, commenter d’une voix émue un mauvais croquis de quelque dessinateur de la seconde moitié du xvie siècle pour une apothéose de Colomb, que ce dernier nonobstant aurait fait de sa main et modestement « envoyé lui-même à sa patrie 4 » : — affirmation
1. Voir l’article Qui a imprimé la première lettre de Colomb ? dans le Centralblatt für Bibliothekswesen, 1892, II.