‹ Christophe Colomb [microforme]Chapitre 14 sur 96 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

Colomb, après une longue et pénible exploration, rentra mourant à Hispaniola. Ses fatigues et ses anxiétés, jointes à ses souffrances et au poids des années que son esprit ne sentait pas, mais qui pesait sur ses membres, avaient un moment triomphé de son génie. Ses matelots le ramenèrent à Isabelle insensible etanéanti. Mais la Providence, qui ne l'avait jamais abandonné, veillait sur lui pendant l'absence de ses facultés. Il trouva, en s'éveillant de son évanouissement, son frère chéri, Barthélemy Colomb, au chevet de sa couche. Barthélemy Colomb était arrivé d'Europe à Hispaniola, comme s’il avait eu l'inspiration des périls et des nécessités où allait ge trouver son frère, (C'était la force de la famille, dont Diego, le troisième frère, était la douceur, et dont Christophe était le génie. La vigueur de son corps égalait celle de son âme. Il était d’r.e taille athlétique, d’une trempe de fer, d’une santé robuste, à ‘ n aspect imposant, d’un accent de voix dominant les vents et les flots, Navigateur dès son jeune âge, soldat et aventurier toute sa vie, doué par la nature et par l'habitude de cette audace qui commande l'obéissance et de cette justice qui fait accepter la discipline, homme

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aussi capable de gouverner que de combattre, c'était le second qui convenait le mieux à Colomb dans l'extrémité des circonstances où l'anarchie avait jeté son empire, et, par-dessus tout, c'était un fi re pénétré d'autant de respect que de tendresse pour le chef et pour la gloire de sa maison. L'esprit de famille répondat à Colomb de la fidélité de son lieutenant. La tendresse entre les deux frères était le meilleur gage de la confiance de l’un et de la soumission de l’autre, Colomb lui remit le commadement et le gouvernement, pendant les longs mois où la nature épuisée le condamnait lui-même à l’inaction et au repos, sous le titre d’adelantado ou intendant général et sous-gouverneur des terres de sa domination, Ÿ Barthélemy, plus sévère administrateur que son frère, imposa plus de respect, mais souleva aussi plus de résistances,

La témérité et la perfidie du jeune guerrier espagnol Ojéda suscitèrent des guerres de désespoir entre les Indiens et la colonie. Cet intrépide aventurier, s'étant avancé avec quelques cavaliers jusqu'aux parties les plus lointaines et les plus indépendantes de l’île, persuada à un des caciques de l’accompagner au retour avec un grand nombre d’Indiens pour admirer la grandeur et la richesse des Européens. Le cacique, séduit, suivit Ojéda. Après quelques jours de marche, pendant une halte au borä d’une rivière, Ojéda, abusant de la simplicité de ce chef indien, lui fit admirer une paire de menottes d'acier poli dont l'éclat éblouit le cacique. Ojéda lui dit que ces fers étaient des bracelets dont les rois d'Europe se paraient dans les jours de cérémonie aux yeux de leurs sujets. Il inspira à son hôte le désir de s’en parer à son tour, de monter un cheval comme un Espagnol, et de se montrer à ses Indiens dans cet appareil prétendu des souverains du vieux monde, Mais à peine l'infortuné cacique eut-il monté en croupe derrière le rusé Ojéda et revêtu les menottes, objets de sa vanité enfantine, que les cavaliers vepagnols, partant au galop en entraînant leur prisonnier dans leur course, traversèrent l’île et l’amenèrent enchaîné à la colonie où ils le retinrent dans les fers qu'il avait innocemment désirés.

Une vaste insurrection souleva les Indiens contre cette perfdie des étrangers dans lesquels ils avaient vu d’abord des hôtes, des amis,-des bienfaiteurs, des dieux. Cette insurrection motiva

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la vengeance des Espagnols, Ils réduisirent les Indiens à l’état d'esclaves, et ils envoyèrent quatre vaisseaux, chargés de ces victimes de leur cupidité, en Espagne, pour en faire un infâme commerce comme d’un bétail humain. Compensant ainsi par le prix de ces esclaves l'er qu'ils s'étaient promis de recueillir comme la poussière dans ces contrées où ils ne trouvaient que du sang, la guerre alors dégénéra en chasse d'hommes, Des chiens apportés d'Europe et dressés à cette poursuite dans les forêts, flairant, déchirant et saisissant les naturels par le cou, secondèrent les Espagnols dans cette inhumaine dévastation du pays.

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