‹ Christophe Colomb [microforme]Chapitre 17 sur 96 · ET · texte numérisé non relu

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pour communiquer avec lui que le courage d’un de ses officiers, franchissant à la nage les écueils pour porter et rapporter des nouvelles toujours plus sinistres. Il ne pouvait ni s'éloigner des siens ni les abandonner dans leurs désastres. L’inquiétude, la mal2die, la faim, la perspective d’un naufrage sans refuge et sans témoins sur une terre si désirée et si funeste, combattaient dans son cœur sa constance héroïque et sa résignation pieuse aux ordres de Dieu, dont il se sentait à la fois l’envoyé et la victime. I] décrivait ainsi, pendant ses insomnies, l’état de son esprit :

‘Epuisé, je m'étais assoupi, quand une voix pénétrée de douleur et de compassion me fit entendre ces paroles : Hornme insensé ! homme si lent à croire et à servir ton Dieu, le Dieu de l'univers! A-t-il fait autrement pour Moïse et pour David, ses serviteurs? Depuis l'instant de ta naissance, il a toujours pris le plus grand soin de toi! Dès que tu as été en âge d’homme, il a fait retentir merveilleusement ton nom obscur par toute la terre ; il t’a donné en possession les Indes, cette partie favorisée de sa création ; il t'a fait trouver les clefs des barriéres de l’immense Océan, fermées jusque-là par des chaînes si fortes. Tournetoi vers lui et bénis sa miséricorde pour toi. S'il reste encore quelque grande entreprise à accomplir, ton Âge ne sera point un obstacle à ses desseins. Abraham n’avait-il pas plus de cent anus quand il engendra Isaac, et Sara était-elle jeune ? Qui a causé tes aflictions d'aujourd'hui? est-ce Dieu ou le monde? Les promesses qu’il t'a faites, il ne les a jamais violés ; il n’a jamais dit, après avoir reçu tes services, que tu l'avais mal compris. Il tient tout ce qu’il deit, lui, et au delà; ce que tu souffres aujourd'hui est le salaire des travaux et des dangers que tu as subis en servant d’autres maîtres, Ne crains donc rien et prends confiance dans le désespoir même. Toutes ces tribulations sont écrites sur le marbze, et ce n’est pas sans raison : il faut qu'elles s'accomnlissent, "t la voix qui m'ava.: parlé me laissa plein de consolation et de constance |”

Enfin }n saison apaisa la mer, et les doux frères, si longtemps séarés, 8e rejoignirent sur les vaisseaux. Jis regagnèrent lentement Hispaniola. Une des trois caravelles sombra de fatigue ee upprochant dun rivage. Il ne lui resta que deux barques

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vieillies pour entasser tous ses équipages. Ses compagnons abattus, sans vivres et sans forces, ses ancres perdues, ses navires faisant eau et toutes leurs membrures rongées des vers et percées, dit-il, ‘d’autant de trous qu’un rayon de miel ” ; les vents et la mer impitoyables le repoussant d'Hispaniola à la Jamaïque, ses 6 navires prêts à s’abîimer, lui dounèrent à peine le temps de les échouer sur le sable dans une baie inconnue, de les lier ensemble par des câbles et par des planches qui n’en faisaient qu’un bloc, d'élever sur ces deux ponts réunis des tentes pour ses équipages

et d'attendre, dans cette affreuse situation d’un naufragé, le 10 secours de la Providence,

Les Indiens, attirés par le spectacle de ce naufrage et de cette forteresse bâtie par des étrangers sur leur grève, échangèrent avec les Espagnols des vivres contre des objets sans valeur, dont la nouveauté faisait le prix à leurs yeux. Cependant les mois 15 s’écoulaient, les provisions s'épuisaient, les terreurs de l'avenir et les murmures séditieux des équipages jetaient l'âme de l’amiral dans une pensive anxiété. Le seui espoir de salut qui restât était donc un avis de sa détresse au gouverneur d'Hispaniola, Ovando. Mais cinquante lieues de mer séparaient Hispaniola 2 de la Jamaïque. Æn canot de sauvages était la seule embarcation qu'il püt mettre à flot. Quel homme assez dévoué pour ses frères jouerait sa vie contre un élément si vaste et si terrible, sur un tronc d'arbre creusé, et sans autre gréement qu’une rame ? Diego Mendez, jeune officier de l’escadre &e Colomb, qui avait 25 déjà r0rntré dans d’autres extrémités cet ouvli de soi-même qui fait les héros et les miracles, s’offrit une nuit à :a pensée de l'amiral. [lle fit appeler en secret près de son lit où la goutte le retenait, et il lui dit

‘6 Mon fils, de tous ceux qui sont ici, vous et moi nous com- $0 prenons seuls les dangers dans lesquels nous n'avons en pers] tive que la mort. Un seul moyen nous reste à tenter. Il faut qu un seul s'expose à périr pour tous ou nous sauve tous, Voulez-

vous être celui-là Mendez répondit !: 30 “ Monseigneur, je me suis plusieurs fois dévoué peur mes

frères ; mais il y en a qui murmurent ei qui disent que votre

faveur me choisit toujours quand il ÿ à une action d'éclat à ten.ar,

et

mere

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