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Tout en rendant grâce à Dieu de ces augures qui contribuaient à rasséréner ses équipages, il aurait pourtant préféré qu’un vent tempé.ueux l’emportât à plein souffle hors des parages connus et fréquentés des navires. Il craignit avec raison que la vue des côtes lointaines de l'Espagne ne rappelât, par les invincibles attraits de la patrie, les yeux et le cœur des marins irrésolus et timides qui hésitaient encore en s’embarquant. /Dans les entreprises suprêmes, il ne faut pas donner aux hommes le temps de la réflexion et les occasions du repentir. Colomb le savait, Il brûlait d'avoir passé les limites des vagues connues et d'avoir à lui seul la possibilité du retour, dans le secret de sa route, de ses cartes et de sa boussole, Son impatience de perdre de vue les rivages du vieux continent n’était que trop fondée. Un de ses navires, la Pinta, dont le gouvernail s'était brisé et qui faisait eau dans sa cale, lui fit chercher, malgré lui, les îles Canaries pour y changer cette embarcation sontre une autre. Il perdit environ trois semaines dans ces ports, sans pouvoir y trouver un pavire approprié à sa iungue traversée. Il fut contraint de radouber seulement la Pinta et de donner une autre voilure à la Niña, sa troisième conserve, barque lourde et paresseuse qui ralentissait sa marche, Il y renouvela ses provisions d’eau et de vivres. Ses bâtiments étroits et sans pont ne lui perraettaient de porter la vie de ses cent vingt hommes que pou: un nombre de jours comptés,
Après avoir quitté les Canaries, l'aspect du volcan de Ténérifle, dont une éruption enflammait leciel et se réverbérait dans la mer, jeta la terreur dans l’âme de ses matelots. Ils crurent y voir le glaive flamboyant de l’ange qui chassa le premier homme de l'Éden, défendant aux enfants d'Adam l'entrée des mers et des terres interdites, L'amiral passa de navire en navire pour dissiper cette panique populaire et pour expliquer scientifiquement à ces hommes simples les lois physiques de ce phénomène. Mais la disparition du pic de Ténériffe, quand il s’abaissa sous l’horizon, leur imprima autant de tristesse que son cratèrs leur avait inspiré d’effroi. Il était pour eux la derrière borne, le dei nier phare du veil univers, En le perdant de vue, ils crurent avoir perdu jusqu'aux jalons de leur route à travers un incommensurable espace, Ils se sentirent comme détachés de la terre et naviguant dans l’éther d'une autre planète. Une prostration
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générale de l'esprit et du corps s’empara d'eux. Ils étaient comme des ass qui ont perdu jusqu’à leur tombeau, L'amiral les rassembla Ce nouveau autour de lui sur son navire, relova leur âme par l'énergie de la sienne, et s'abandonnant, comme le poëte de l'inconnu, à l'inspiration éloquente de ses espérances, il leur décrivit, comme s’il les avait déjà fréquentés, les terres, les îles, les mers, les royaumes, les richesses, les végétations, les soleils, les mines d’or, les plages sablées de perles, les montagnes éblouissantes de pierres précieuses, les plaines embaumées d’épices qui se levaient déjà pour lui de l'autre côté de cet espace dont chaque lame portait leurs voiles à ces merveilles et à ces félicités. (es images peintes des couleurs prestigieuses de l’opulente imagination de leur chef enivrèrent et relevèrent ces cœurs aflaissés ; les vents alizés, souflant constamment et doucement de l’est, semblaient seconder l’impatience des matelots, La distance seule pouvait désemais les effrayer. Colomb, pour leur dérober une partie de l’espace à travers lequel il les entrainait, soustrayait chaque jour, de son calcul de lieues marines, une partis de la distance parcourue, et trompait ainsi de la moitié du chemin l'imagination de ses pilotes et de ses matelots. Il notait secrètement pour lui seul la véritable estime, afin de connaître, seul aussi, le nombre de vagues qu'il avait franchies et les jalons de route qu'il voulait cacher comme un secret à ses rivaux. Les équipages, en effet, illusionnés par l'haleine égale du vent et par la paisible oscillation des lames, se figuraient flotter lentement dans les dernières mers d'Europe.