LIVRE DEUXIÈME — CHAPITRE Vil
.nnci^, l'ablo liolvis, iiiélalliirgisle fort connu, suivi de liiiisii'iii's inaili'cs mineurs et ouvriers fondeurs, pourvus (11' tous les cni^ius de leur arl, ainsi que d'une certaine (|uanli[é de mercure, « pour retirer l'or disséminé dans le sable au moyen de l'amalgamation ». On avait son|j;é à faciliter l'exiiloitalion des veines cl des sables aurifères.
Aguado possédait par sa lettre de créance un pouvoir discrétionnaire, que limitait assurément l'inslruction verbale qui en aecom|iagna la remise. Mais durant ses rapports avec l'Ordonnateur de la marine, il recoiiimt ritillucnce de Fonseca sur le Monarque, les di.sposilions de celui-ci envers l'.Xmiral, et couijjrit de quel coté il devait s'appuyer poui' son avancement.
La flottille arriva heureusement au port de l'Isabelle. En ce moment l'Amiral combattait, dans les Etals de Caonabo, les frères du Cacique, qui s'étaient révoltés. -Vguado, comme s'il eût été le Vice-Roi des Indes, s'attribua toutes les juridictions de la colonie, somma les chefs de service de venir lui rendre compte, en semonça quelques-uns vertement, osa en faire emprisonnei' quelques autres.
Après avoir bien éclaboussé de sa vanité les serviteurs de l'Amiral, fulminé contre lui des menaces, il dit que l'aîné des Colomb prolongeait son absence par Irayeur, n'osant conqiaraître devant son juge, mais qu'il saurait bien le faire venir. Sur ces entrefaites, Colomb, instruit de l'arrivée du commissaire royal, revint à l'Isabelle.
C'était le moment critique. Aguado triomjiliail, car
CHKIMorlIl:: CdLO.MU. o'J
CIllUSTOPHE COLOMB
il savait la vivarih' rlc rAiiiiral ol pensait (|U(\ tan! il'iiisoicnce.s coiiiblaiil la iiiesiirc de la palieiicc luiiiiaino, il lui serait impossiMe de ne pas s'empoiler; en ce cas, il n'y aurait plus rpi'à faire établir qu'il avait iiiaii(|iii'' en sa i)ei'Sonne au respect tie l'aulorih'' royale. Mais plus l'injure brisait les bornes des convenances, plus le serviteur de Dieu éprouvait un secret plaisir à supporter l'humiliation.
I.ors donc qu'Aguailo s'avança pour montrer sa lrlh(^ de créance, l'Amiral l'accueillit en grand apparat, au son des instruments; fit répéter la lectui'c de celle lettre, cl assura graciiuisemenl le Commissaire loyai fpi'il était tout prêt à l'aire ce rpii lui serait prescrit de la part de ses souverains. Un tel calme étonna et conlondit Aguado. Pourtant, connue celle déférence l'éloigiiait de son but, il se mit à jiarlei' d'un Ion arrogant, alin de provoquer au moins par l'inconvenance de ses manières la colère de l'Amiral. Mais, à sa stupéfaction, celui-ci « soulTi'il son insolence avec une grande modestie «.
Agiiado, .s'avouant l'iimlilili' des provocations, n'i'ul d'autre |iarli (pie d'infiu-mer contre son ancien prolecteur. 11 ramassa les témoignages de la lie des colons, des paresseux, des lâches, des soldats mécontents des corvées. Quelques Indiens eux-mèuies vinrent porter plainte contre Colomb, leur uuiiiuc (iï'fiMiseur, qu'ils rendaient responsable des excès commis jiar tous les i'^spagnols.
En décendjre, l'inslruclion qu'avait couunencée
AW