LIVRE DRdXlÈMR — CHAPITin-: VIll
rifliios pr-iToqiiots et un bras d'homme qui rôlissnit (Icvanl le fini. Un fort délacliemcnt mis à Icri'e iam(;na le Icndomain des enfants et dix femmes, parmi les- ([iielles se distinguait l'épouse d'un Cacique.
Cette beauté robuste, jouissant d'une corpulence des plus iariiement arrondies, malgré l'opulence de son embonpoint, avait lassé à la course tous ceux qui la poursuivaient. Seul, un jeune Canarien, au service d'' IWmiral cl coureur renomme, était parvenu à se maintenir sur ses pas. Quand elle vit qu'il avait dislanci' le reste de la troupe, la vigoureuse matrone se retourna tout court et se rua contre lui à l'improviste; elle l'abattit sous la violence du clioe. Se jetant sur lui, rojiprimant de sa masse, elle l'étouffait cl lui enfonçait ses ongles aigus dans le cou. Il était mort si .ses compagnons, voyant ce péril, n'eussent volé à .son aide. Ils saisirent la Caraïbe acharnée sur sa proie, qu'ils ne parvinrent pas sans peine à lui faire làehei'. Toutes ces femmes étaient nues, fort grasses; pour les faire paraître plus gro.sses, elles serraient leurs jambes avec des bandes de coton au-dessous du jarret et à la cheville : elles portaient épars sur les é|iaules leurs longs clicvcux, bien lustrés et parfumés d'un jus d'herbes odoriférantes.
Les Espagnols passèrent neuf jours à parcourir l'Ile et à réunir des quantités de cassave. Au moment de mettreà la voile, l'Amiral fit déposer à terre les femmes et les enfants qu'il avait chargés de ces bagatelles dont s'afTolaicnl tous les Indiens. Mais la femme du Cacique
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CimiSïOPHE COLOMB
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déclara vouloir rester à bord avec sa fille, et aller voir le pays de ces puissants étrangers.
Ce motif n'était qu'un prétexte.
La belliqueuse inairone avait aperçu le « seigneur de la maison d'or » , le grand Caonabo, orné de ses fers, sur la caravelle où elle élail panjuée. Comme ils descendaient tous deux de la même origine, qu'ils avaient les mêmes traits, parlaient la même langue, possédaient les mêmes instincts, les mêmes goûts anthropopbages, elle fut touchée de son inforlime. Cette terrible dame, soudain prise au co^ur d'une délicate sollicitude, ne put se décider à laisser ainsi isolé parmi les étrangers dont il était captif, le grand Caonabo, l'époux de la célèbre Anacoana, n'ayant avec lui ni esclave, ni femme pour le servir. Une horrible sympathie la retenait à ses pieds. Impitoyable pour elleinème dans sa tendresse ; immolant ses devoii's, son avenir.à son enthousiasme d'une gloire homicide, elle oublia (oui à coup, en un jour, ses enfants, le Cacique son époux, sa tribu, son pays, se consacrant à soulagvr les ennuis du Héros, dont les hauts faits électrisaieul son imagination.
Le 20 avril on remit à la voile. La lutte contre les vents recommença; i)uis on éprouva de la bonace, et \\\ 20 mai l'on était encore au milieu de l'Océan. Aucun des pilotes ne savait dans quelle latitude on se trouvait. La tristesse et le découragement gagnaient les esprits.