‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 106 sur 208 · LIVRE DEUXIftiME — CHAPFTHE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIftiME — CHAPFTHE VIII

Drjà l'oau iiianqiiail ; los vivros (''laii'iil nolablonifnt \W^ diininuL's; il l'allut iiicllrc tout le monde à la ralioii exiguë de six once? de pain par jour. Comme à son ordinaire, l'Aiiiiral donnail l"('\eiii|il(' di' l'/'g-alité dans le malheur. L'ij^noianec de la dislanec où l'on était encore de la terre air^ravail l'inquiétude générale. Les pilotes contestaient entre eux sur le point de la roule. Ils se considéraient comme égarés dans l'incommensurable Océan. L'.Vmiral assura que l'on était alors éloigné d'environ cent lieues du méridien des Acores, ce qui se trouva exact.

Cependant les fatigues de la navigation ne faisaient que s'accroître. Au milieu de ce malaise, le dévouement de la Cacique anthropophage ne put distraire son Héros, absorbé par le sentiment de sa déchéance. L'Amiral lui avait promis de le ramener, après lui avoir montré les souverains et la grandeur de la Casiille; mais riiumilialion de sa dépendance avait allumé un feu secret dans ses veines. Renfermant dans un silence opiniâtre ses regrets, déguisant sous l'impassibilité du visage l'amertume de ses chagrins, fatigué du roulis, de remprisonnement prolongé sur ces planches battues des vagues, il semblait étranger à ce qui se passait autour de lui. L'ampleur des cliainies de sa compatriote ne séduisit point son regard, qui resta toujours sombre et hautain. Peu à peu ses forces s'évanouirent, sa fierté seule ne diminua point; et enlin, obslinémenl immobile, il s'éteignit enveloppé dans la superbe de son taciturne orgueil.

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Ainsi !(■ roman do, cette princesse anthropophage fut (eniiin('' avant la fin di? sa navigation.

En restant lil)renienl parmi les étrangers, elle renonçait à sa famille, à sa patrie, à sa liborlé, à sa vie, car elle avait trahi son époux, conséquemment mérité la mon. Elle se sacriliail à riionneiir d'élie l'esiiave d'un esclave autrefois couronné, de l'aider à porter ses l'ers. On ne j)eut méconnaître la grandeur de ce dévouement. Quelle en fut la récompense? la mort dans l'exil.

On respire je ne sais quel parfum de sauvage épo]U'e dans le récit de cet amo\ir de cannibale conçu à premièi'e vue, au milieu de l'adversité, parmi les hasards de l'inconnu, et (|ui se passa dans une langue barbare au milieu de la liille de l'homme conire les grandes forces de la Nature, pendant les angoisses de la terreur et les menaces de la famine sur les abîmes de l'Océan.

Le frère de Caonabo, épuisé, ne lui survécut que peu de jours.

L'on avait continué la roule. Mais la souffrance s'aggravait d'heure en heure. Des murmures conuuençaicnt à se faire entendre. Los Espagnols lançaient des regards tantôt douloureux et lautôl courroucés sur les trente Indiens qui reslaient dans les navires. La i'aim horrible qui domine tout sentiment éveillait la cruauté et conseillait le crime. Il se formait des groupes parmi les Espagnols. Tous proposaient à voix basse de tuer et de manger les Indiens ou de les jeter à la mer pour se débarrasser de ces bouches inutiles; ce <pii donnerait aiix rations un supplément journalier

MVnE DEUXIEME - CHAPITIIE VIII

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(lo iiMil qiialiT-vinfrts nncos de p;un. Ci' lieiiiier parti siMiilil:iil |ir(''val(iii'.

f.r 7 juin, la iiiolion de rotti' rniolli' m'-ci^ssiti'' fut failc |)iii)li([iieiiiiMil. Mais (|iiaiid l'i't atroro ((IiisimI dt; la l'aiiii l'iil rôiiiiii (II' rAiiiiial, la ildiiccur roiiiiiali.ssanli' ([ii'il avait numli'i'i' jnsi|iii'-l;i lll jilacr à IV'iii'it;!!; la plus loiii'agouso. Sa taille se redfessa pleine de majeslé; il domina le tumulte du déses|)oir. Dieu lui venant on aide, il til taiir la faim et sisnilla fermement à ces hommes éoarés par le péril iju'il avait di''couverl les Indes pour les enfanter à Jésus-ClnistNolre- Seigncur; rpic ces Indiens rachetés au prix du même sanii' étaient leurs fi'ères; qu'il les conduisait en Casliili' pour en faire des enfants de rEgiiso, des amis de la nation espagnole, et qu'il ne permellrail pas cet abominable forfait. Il leur rappela que la patience dans les souffrances était la vertu des chrétiens, la niarqii de leur supériorité; et il ajouta qu'au surplus la peur qui conseillait celle alTreuse lâcheté s'inspirait de l'erreur et de l'ignorance, car dans trois jours on serait dans les eaux du cap Saint-Yincent.

A ces mots, vivement les officiers se récrièrent; d'après leur estime, ils en étaient encore fort loin. r.Vmiral leur imposa silence, tit continuer le même rumb; puis, le troisième jour au soir, il commanda de cargucr les voiles et de louvoyer pendant la nuit, parce que le lendemain on apercevrait la terre.

Maisces gens affamés le supplièrent de les laisser arriver au plus vite, disant qu'ils aimaieni mieux courir le

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