‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 113 sur 208 · LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE PREMIER

étonlTant de l'air, rimmobilitô de l'Onéan dont l'irninensilé n'olVrail qu'uiio teinlo unifuniio cl iM'rilaiilr, a sensalion d'un calori(|iie énervant avaient ahaUii i'ospiil des malclols. On se trouvait dans la n'oiim encore inconnue des calmes, sur laquelle les conliniis de bord faisaient tant de récils sinistres.

Le premier jour, un soleil (|iie ne tempérait le voile d'aucune vapeur sembla torrétier l'espace. Tout brûlait; le goudron se liquéfiait IIiMireusement, Ir IimuIcmain d'épais nuages couvrirent le ciel; il tomba ((uclques ondées de pluie en larges gouttes. Cependant la chaleur restait sulTocanIc. Sous l'influence de celte ardeur, les vivres s'altéraient rapidement; la corruption se mettait dans les salaisons. Le lard fondait comme devant le feu. Le blé se ridait et semblait se rôlir. Le bois des douves se desséchant, le vin et l'eau s'échappaient des fentes élargies. Malgré le péiil, telle était celte asphyxiante chaleur, « qu'il n'y avait personne qui osât descendre sous le pont pour réparer les tonneaux et avoir soin des vivres k Cette incandescence dura huit jours. L'absence du vent empêchait de s'y soustraire. L'.Vmiral s'adressa, comme toujours, à Celui «lui Pavait secouru dans tant de périls.

(' Penilant dix-sept jours, Dieu Notre-Seigneur me donna un lion vent % dit-il. Mais les provisions étaient avariées cl la plupart putréfiées. Les barriques de vin étaient vides. Il ne restait plus qu'un snid baril d'eau dans chacun des trois navires. On allait périr de soif. La détresse des équipages était affreuse. Au milieu des plus sombres appréhensions, le 31 juillet à midi, uu

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domestique de rAmiral, étant monté par hasard dan > les Ininiers, vit poindre à l'occident trois sommets do montagnes qui semblaient unies à la même base.

C'était la terre tant souhaitée !

Elle paraissait éloignée d'environ quinze lieues, et par une prodigieuse singularité, à celle distance, présentait mystérieusement l'emblème de la Trinité, dont l'Amiral avait fait vœu de lui imposer le nom !

Les étranges circonstances de cette découverte, ces trois sommets paraissant sortir de la môme montagne, et rappelant d'une manière si précise le vœu de l'Amiral, ont frappé les chroniqueurs contemporains et les historiographes royaux.

Aussitôt Colomb, cessant de cingler vers le nord, fit porter sur la terre qui lui était montrée, et la nomma la Trinité.

A Vheiirede Complies, on trouva une crique entourée de terrains cultivés, parsemés d'habitations. La végétation exubérante el balsamique des alentours rappelait les vergers de Valence, au printemps. A son regret, Colomb ne put y entrer; les ancres ne mordaient pas sur le fond. Il longea le rivage au midi pendant cinq lieues ; ayant alors rencontré un mouillage, il s'y arrêta. On remplit d'eau une bani(iue.

Le lendemain, i" août 1498, les équipages descendirent à terre. Ils trouvèrent des empreintes de pas humains, des filets, des ustensiles de pêche, mais

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n'aperçurent personne. Suivant sa pieuse Iialiilude, Colonil) lit planter une Croix Ircs-élcvce sur ce rivage, où il glorifia le nom de Jcsus-Chrict.

L'Amiral remarqua, entre l'île de la Trinité et une tcri-e voisine, un courant violent, accompagne d'un bruit jusque-là inconnu, tant il était épouvantable. Il donna à ce dangereux passage le nom de « bouche du Serpent».

Avant de débouquer par cette redoutable « bouche du Serpent », l'Amiral avait à sa gauche rcxlrémité supéiieure du Delta de l'Ûrénoque, ileuve immense qui se décharge dans l'Atlantique par sept grandes bouches et quarante issues, sur une étendue d'environ cinquante lieues, qu'elles découpent en îles et en îlots de diverses grandeurs. Une végé'tation épaisse et nerveuse y étale sa confuse prodigalité. Au-dessus des mangiiers, dont les branchages baignent dans l'eau salée, du milieu des tamariniers, des roseaux gigantesques et des fougères arborescentes, s'élèvent les anacardes, les palmiers à éventail, les cassias aux grappes dorées, entremêlés de lianes sarmenteuses et de plantes frutescentes qui rendent leur profondeur impénétrable aux regards conune à la lumière.

Ce fut donc sur ces masses de sombre verdure, paraissant sortir des eaux et s'élevant par étages jusqu'à borner l'horizon, que sj porta d'aboid le regard de l'Amiral. Il sentait quelque chose de nouveau , d'étrange et d'inexplicable sur la nature de ces lieux;

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