LIVRR TROISIÈME — CHAPITRE II
Ce qu'il cnil)rnsse du repanl nVst lii'ii quaiiil on compare aux aiioirus de son uituilidn. Ot lidinmc, arrablé (le souflVaiiecs, presque aveui;ie, a loul vu, tout observé (ilijeclivenienL et suhjecliveuienl : la Terre, ses produelions, sa verdure ; l'air, sa qualité, ses influences, sa température, sa fraîcheur. Ainsi donc, coinuie i pensait avant son départ, ce voyage entrepris au nom de la Très-Sainte Trinité n'était pas moins important que sa première expédition. Il revenait ayant lait la paisible conquête de trois grandes vérités, de trois lails co.smograpliiques à jamais utiles aux sciences :
L'existence du Nouveau Continent.
'j^ Le Renflement Equatorial.
Le grand Courant Océanique.
La moindre de ces trois découvertes eût assuré l'iuimorlalité d'une Académie.
En sus de ces acquisitions au profit de l'humanité, dès lors le Révélateur du Globe possédait une certitude scientifique qui ne s'appuyait encore d'aucun témoignage, d'aucune observation, mais qui n'en était pas moins solidement établie en son esprit. H savait, sans qu'on puisse dire comment, que par delà celte grande terre, d'où s'échappait ce fleuve immense, se trouvait encore l'Océan. Il le savait, car il l'aflirma.
A travers l'épreuve de la douleur pliysique, l'atteignaient dans les profondeurs de sa réflexion des clartés soudaincs,fécondées parla puissance de qui descendent toute lumière et tout don parfait Colomb entrevoyait bien plus qu'il ne disait.
CHUISTOPHE COLOMB
Mais déjà toile étail l'iinportanre ilc ce troisième voyage, qu'il ne restait plus de grande découverte possible. Le mcssaficr de la Croix ne laissait que bien |iou à taire pour les générations suivantes. Grâce à lui,
e Monde entier était désormais ouvert à Tinvestigalion de riionnne.
Depuis trois siècles, personne n'a découvert dans les
ois d(^ la Nature rien de si large, de si profond, de si lumineux, de si fondamental pour la science. Depuis trois siècles, nul n'a rapporté d'aucun voyage autant d'acquisitions intellectuelles.
L'Amiral s'orienta tout droit sur Saint-Domingue, ville que don Barthélémy avait dû faire construire pendant son absence. Depuis son dépait des îles du Cap-Vert, dévoré par la fiè-vre, travaillé par la goutte et atteint d'une oplithalmie des plus douloureuses, il n'avait {'prouvé' aucun relâche dans ses longues souffrances. Il arrivait pâle, amaigri, presque aveugle, aspirant de tous ses membres au repos du corps, au .sommeil de l'esprit; et pourtant, l'ingratitude, le crime, qui, durant son absence, avaient mis File en cotillagralion, n'allaient pas lui permettre une heure de quiétude et de calme réparateur.
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CHRISTOPHE COLOMU
pcndani son absence, c'est-à-dire du 10 mars 149G au 30 août liOS.
L'Amiral, on quittant l'île, avait promis aux colons l'envoi de proiaiils secours. Les trois caravelles amenées par Per Alonzo Nino étaient à la vérité chargées de vivres; mais tant à cause des connivences de la mai'iue pour leurfournilure, que du ]i('u de soin donné à leur conservation dans la traveisi'e, la plus grande partie des approvisionnements fut perdue. Quatorze mois s'étaient écoulés sans que les malheureux habitants de la colonie eussentreçu aucune nouvelle de la Métropole. Ils se croyaient oubliés et accusaient l'Amiral de leur abandon. Pendant ce temps, leurs vêlements, leurs ustensiles s'étaient usés. N'ayant parmi eux qu'un petit nombre d'ouvriers terrassiers ou char])euticrs, ils ne pouvaient fabriquer les outils de nécessité première. L'humiliation s'ajoutait aux privations et à 'ennui. Les hidalgos fringants et bravaches, les cadets venus pour ramasser de l'or, s'indignaient de se voir en haillons rapiécés de toute bigarrure, et réduits enlin aux vêtements d'écorce d'arbre et de coton tissé des insulaires. Leur irritation s'était convertie en haine. Dans tous leurs mécomptes, ils s'en prenaient à l'Amiral, ce Génois h;\bleur et dévot qui n'avait nul souci des nobles enfants de Castille. Us maudissaient les Rois pour les avoir placés sous le gouvernement de cet étranger.
Attirés à llispahiola jiar l'apiiàl de l'or, leur espoir se trouvait complètement déçu, ujalgn'' la découverte d(>s riches mines d'Ilayna, car l'Adelantado ne leur permettait pas d'y travailler.
Cette interdiction de travail dans les mines, quaiul
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i.IVllE THOISIKME — GllAPITltE III
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l'Amiral mctlail uiii^ Irlle ardeiii' à les découvrir, iiK'iilc (l'être expliquée.
Clirislo|i!ie Colomb, voyant qun les avides fainéants dont il l'ut suivi à sou second voyage s'étaient rués sur l'KspaiinoIe comme sur une proie, tyrannisant les indiens, dérobant leur peu d'or, violant toutes les lois du ebrislianisme et de l'bumanité, eut horreur du concours qu'ils prêteraient <à son œuvre. 11 ne voulut pas que des mains impures vinssent souiller cet or (pi'il allait offrir à Jésus-Clirist, et ])ar lequel il espérait délivrer, un jour, son tombeau. Il souhaitait que les bi'as innocents seuls pussent extraire des entrailles du sol ce pur hommage de la foi. Ainsi que dans l'aucicnne loi, pour la construction du Tabernacle et les ornements du Grand-Prêtre, devaient être choisis des ouvriers animés de l'esprit de sagesse, le Révélateur du Globe entendait que seuls de vrais chrétiens eussent le bonheur de coopérer à cet acte de piété catholique. 11 n'accorda de permis pour l'exploitation des mines qu'à ceux dont la régularité de mœurs serait attestée par les prêtres ou les religieux de la colonie.
Cette mesure irrita au plus profond du cœur les hautains iiidalgos, ravisseurs de femmes, tyrans des Indiens. Us avaient espéré qu'en l'absence de l'Amiral, son fi'ère l'Adelantado, moins scrupuleux, leur accorderait l'autorisation d'aller aux mines; mais don Barthélémy exécutait strictement les instructions du Vice- Roi.
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^^î La déception s'aggravait maintenant de la détresse;
cA le iiiéionlcnlciiiont s'ulcérait à mesure que les liabils lornbaicnl en lambeaux. La négligeneî; parlaileiin'fit calculée des bureaux de la marine allcignait ainsi son but. Kmpècher le ravilaillcmcnt de l'Espaî^uole, (•'('lait amener la nn'olte, en donnant à la force du n(Mnbre laiipui de la misère cl du ii()sespoir. On se llaltait, en exaspc'rant l'orgueil caslillan, de rendre impossible le gouvernement de l'Adelantado. .Mais don liarllKjJemy Colondj valait à rnoilii'- .son iWire. l'arlonl où il portail sa présence, l'obéi.ssancc ne pouvait manipicr. .\ussi, malgré la pénurie, le mauvais vouloii' général, une forteresse avait élé conslruile près des mines d'Hayna, el nommée Sainl-Christopln.'. Une aiilre fortei'csse ])lus va.«ile avait élé élevée sur la rive droite de l'Ozama; on la nommait Saint-Domingue. I)i> maisons régulièrement alignées s'élaient groupées sons l;i ]]rolcftion de ses remparts el ronnairnl un(; ville devenue le siège du gouvernement.
Toiilc la jiartii' de l'ihi \i>ilc;(\ par les Kspagn()l> |»ouvail èlr(! considéiée comme soumise. S(;ul Tlllat de Xaragua, sui' lequel régnait le grand Cacitpie IJcliccliio, n'allaqiiail ni ne reconnaissait l'autorité castillane. Depuis l'enlèvemenl du fier Caonabo, sa femme, la ci'lèbri! I' llciir (l'or », .\nacoana, s'(''lail retirée au[)rès de son frère Beliecliio, sur Inpirl sa bonne grâce et sa grande supériorité d'csprii lui donnaient de l'ascendant. On attriliuail rimiMobililé du Cacique aux inlluences de la Itciiic Aiiainana, tpie ses inclinations élevées disposaient ravoi'alili'in'iil pniir les I-lspagnols. Néanmoins, don l!;ulliéli'in\ ont dr-oir ne pas laisser
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