LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE III
demeura obéie et vénérée autant ou plus qu'euxmêmes. » Tous les écrivains reconnaissent avec le docte secrétaire du sénat de Venise. Giamtxittista Ramusio, qu'elle joignait à la grâce le génie, le charme et rautorilé.
Lorsque don Barthélémy fut arrivé dans le Xaragua, F- II' . liio demanda dans quel but il entrait sur son leniluiro. LAdèlantado l'ayant assui'é de ses intentions paciliques, le Cacique expédia des coureurs à sa sœur pour lui annoncer la visite de l'Adelantado.
A mesure que l'on approchait de la résidence royale, les influences de la mer\eilleuse Reine se faisaient sentir. Les Caciques des Etats que parcourait le cortège envoyaient abondamment des vivres et venaient ensuite présenter leurs hommages à l'hôte de leur souverain.
Eafm. quand on fut près de l'agreste capitale de Xaragua, une foule timide et curieuse vint au-devant des Elspagnols. Les employés et les ofliciei-s de la cour, dans le simple costume de leurs dignités, précédaient des gi'oupes charmants de jeunes filles, marchant avec ordre, et senant de comparses à un chœur de trente jeunes vierges ornées de fleurs, le front ceint d'une bandelette, les mains armées de palmes onduleuses qu'elles entrelaçaient en cadence, foimant tour à tour des arcades, des gerbes et des faisceaux, suivant le rliythme de l'areyto, que modulaient leurs danses au son de leurs voix. Sous les magniùques ombrages de ces bois odoi-anls, près du lac mystérieux de Xaragua, l'aménité de celte nature et de ce poétique accueil semblait réaliser pour les Elspagnols les plus riantes
images mylliologiquos révoillros dans liMir souvruii'. Seulement, le pombre des muses el des grâces ôlail dépassé; il semblait que les nymplies et les liamadryades de ces lieux cudianlés eussent voulu grossir leur chorégrapliie. En arrivant près de l'Adelantado, tour à lour iluicuue de ces Terpsichores, (Iccliissant devant lui le genou, déposait à ses pieds son rameau, en signe de gloire et d'hommage.
A la suite de ces groupes séduisants, au centre irun chœur de canépliores, apparaissait dans un massif de fleurs la Reine adorée, l'orgueil et l'amour de ces régions, l'illustre Anacoana, entourée de sa cour i>l portée sur les épaules de six gentilshommes, dans un palanquin de verdure tout ouvert. La nonchalante dignili'' de sa pose r('vé!ail sa noblesse; son regard, sa lasiinalion; son geste faisait pressentir un doux assujettissement à son autorité. En elle se personnifiaient la molli.' }ioésie cl le vif l'clat des Antilles. Sûre de sa pui.ssance, l'enchanteres-se, négligeant les attributs extérieurs de la souveraineté, ne portait, au lieu du diadème royal, qu'une couronne de fleurs; pour collier, pour bracelets, pour brodequins, ])our ceinture, elle n'avait que des fleurs. Sur la luisante éhcne de sa chevelure tranchaient de blanches fleurs entremêlées d'églantines incarnat. Vw tissu de Heurs ceignait ses reins. Son sceptre se formait d'une tige fleurie. Il semblait que la fleur des Reines fût aussi la Reine des fleurs. Néanmoins par-dessus ses grâces dominait encore sa beauté; car, en exceptant sa bcUc-sûMU' Guanahatlabenechena, vrai phénomène de séduction,
Wk