LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE III
Les sujets lie Giiai ionex, qui uiaiiUenant se reprochaient son sort, vinrent supplier l'Aiielanlado de leur lendre leur Roi. Cette demande ne pouvait rire ar<'ueillie. Alors ils se réunirent au nombre d'environ cinq mille et s'approelièreut de la demeure où était détenu rinlbrUiné monaïque. Ils n'avai(Mit pour armes <[ue leurs gémissements; ils passaient li's nuits et li's jours à hurler de douleur, coueliés sur la terre. Ne pouvant le délivrer, ils lui prouvaient du moins leur allacliement par ces témoignages de désolation. Don liarthélcmy, touche de leurs larmes et peut-être aussi fort importuné de leurs iiurlements alTectueux, ne pouvant se résoudre à sévir contre une affliction si naturelle, ne voulant pas non plus punir de mort un vaincu si fatalement poussé au coud)at, pour changer soudain en ivresse la désolation de ce peuple, lui rendit son débonnaire monarque. Unissant la justice à la démence, l'Adelantado fit exécuter les deux Caciques instigateurs de la révolte, mettre en liberté l'infortuné Cuarionex et en prison ce Barahona qui l'avait outragi' dans son honneur conjugal. Le châtiment infligé au libertin espagnol, exemple inquiétant pour le reste des fainéants débauchés et tyrans des Indiens, mit en fermeutation la lie des colons. Ils conçurent une violente haine contre l'Adelantado.
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Peu de temps après, des messagers de Behechio vinrent annoncer que le tribut en vivres imposé à leur maître était prêt. Comme le transport par voie de terre eût été une corvée cent fois plus dure que le Iribul même, l'Adelantado envoya, pour quérir ces approvi-
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sionnomcnls, une caravelle sur laquelle il s'embarqua, jiensaiil uiieux cimenter ainsi les bons rappoits déjà établis.
Don Barthélémy fut reçu avec le même cérémonial qu'il sa premî jre visite. Beliecliio et « la fleur d'or » montrèrent anc vraie satisl'aclion de le revoir. On l'accabla d'alleutions, de caresses, de pi'ésenls et de fêtes.
Anacoana, curieuse d'inventions, charmée de connaître les merveilles étrangères, exprima le désir de voir la caravelle. Jamais encore elle n'avait aperçu de navire européen. Don Barthélémy ayant mis sa chaloupe aux ordres de la Reine, elle s'embarqua, suivie de ses femmes, avec l'Adelanlado.
Dès que la chaloupe approcha de la caravelle, Tarlillerie lit le salut d'usage pour les souverains. Au bruit de la détonation, les Indiennes tombèrent comme mortes le long des bancs. Anacoana s'était instinctivement jetée contre la poitrine de l'Adelanlado, qui l'y serra dans un sentiment d'aiïcctueuse protection. Rassurée j)ar cette étreinte, Anacoana se remit aussitôt et rit de sa frayeur.
Lorsque l'Adelanlado fit ses adieux au Cacique, Anacoana montra un vif regret de son départ, s'efforça de le retenir et ne le laissa partir (ju'en ayant sa lu'omesse de revenir à Xaragua.
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CHBISTOl'lIt CULU.MU. 10
Sacliant l'animositc des bureaux contre l'Amiral, Roldan rêvait do le supplanter dans le gouvernement des Indes. Déjà il s'était secrètement procuré des clicvaux, des armes et formé des partisans. Profitant de l'absence de l'Adelautado, et prenant pour complicç un autre ingrat, Diego de Escobar, personnellement obligé de l'Amiral, il insurgea la garnison du fort la Madeleine, puis, au cri de Vivent les Rois! assaillit à main armée l'arsenal, pilla les magasins publics, la ferme royale, et voulut contraindre les colons paisibles à grossir sa bande. Les travaux furent interrompus. Le désordre se propagea. La violence porta le Iruuble dans toute l'ilc. Seuls les vieux capitaines Garcia de Barrantes et Miquel Ballester restèrent fidèles au devoir. Les rebelles se fractionnèrent en quatre bandes aux ordres de Roldan.
En débarquant, Colomb, malade et à demi aveugle, trouvait le gouvernement sans trésor, sans troupes, sans police, sans force executive, en un mot sans moyens' d'administration. Même les deux capitaines fidèles commençaient à douter de leurs liommes, circonvenus par ceux de Roldan. Partout l'Amiral ne rencontrait que timidité ou insubordination, moqueries et parfois meuaces.
Au moment où arrivait Colomb, tous demandaient à rentrer en Espagne. Pour débarrasser l'Ile de leur turbulence, l'Amiral mil à leur disposition cinq caravelles; mais il eut beau les faire attendre sur leurs ancres : aucun de ces mécontents ne songeait maintenant à s endjarqucr. Les navires partirent sans eux, emportant, avec divers échantillons des produits du Nouveau