LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE IV
Yaquimo. Alonzo de Ojeda, aulii'fois proli'gé de l'Aiiiiral cl maintenant rréalure de Juan de Fonseca, les eommandait. En violalion des priviir'ges du vice-roi, il était allé à la côte de Paria, au ijolfe des Perles; il en rapportait de l'or et des esclaves. Sa témérilé lui inspira (le s'emparer du pouvoir. Il oITrit aux Espaj^nols de les débarrasser de la tyrannie di's (lolomb. Il annonçait que ces ('(rangers, tomlx's dans la disiiràce du Itoi et jusqu'iri iini([uemcnt, soutenus par la lieine, dont la santé dépérissait à vue (r(eil, n'avaient plus rien à prétendre désormais, car son patron, don Juan de Fonseca, était le vrai maître des Indes. Il se disait autorisé à prendre le gouvernement de l'île et proposa aux rebelles de marcher immédiatement avec lui sur Sainl- Dominguc. Les anciens compagnons de Roulan, incapables de refuser une occasion de révolte, applaudirent à cette motion. Ojeda, ayant réuni les plus audacieux des perturbateurs, voulut contraindre les colons paisibles à grossir son j>arli et attaqua brusquement pendant la nuit leuis habitations.
Quand il nvut ces afnig(Mntes nouvelles, l'Amiral se trouvait sans troupes disponibles. Aucun moyen ne lui restait de faire face à tant de périls. Maintenant son unique ressource était peut-être le premier des dangers et assurément la dernière des humiliations : il ne lui restait qu'à se mettre sous la protection du traître Roldan. Mais comment douter que, dès leur enti'cvue, le Grand Juge et Ojeda, hommes également violents et ambitieux, ne se réunissent pour abattre le pouvoir légitime et s'y substituer? La défection s'était
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(ii'iliuvo parmi les siibordonm'scln l'Amiral. L'un après 'aiitiNî ils l'abandonnaient dans colle accumulation de daniiors.
A cet abordage des ennemis du debors venant réveiller la révolte assoupie et fortifier le soulèvement indigène, l'Amiral reconnaissait la secrète inspiration des bureaux de Sévilli\
Se rappelant l'ingralilude de la cour, la constante malveillance du roi Ferdinand, voyant sou autorité sans appui en Espagne, sans respect dans l'Ile, sans force executive, sa vie et celle de ses frères incessamment menacées par des bandits babitu('s à tous les crimes, sentant son isolement, le malheur des Indiens, que repoussaient du christianisme les excès des chrétiens impies, le Révélateur du Globe éprouva une grande salirlé des hommes. Alors, humiliée jusqu'à ramerlume, cliancelante sous le poids de lant d'amictions, cette grande âme, qui avait terrassé l'effroi, maîtrisé l'épouvante, assoupli le péril, fut gagnée d'une tristesse mortelle.
Ce jour était l'anniversaire de la naissance du Sauveur, le 25 décembre 1499.
La vaillance de Colomb, jusque-là invaincue, défaillit tout à coup. Son esprit frémit d'horreur à l'image de l'assassinat qu'on lui destinait. L'instinct de conservation survécut seul, et pour la première fois l'Amiral songea au salut de sa vie. Il résolut de se jeter avec ses frères sur une caravelle pour fuir à travers l'Océan la
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rage de ses ennemis. Mais, au milieu des plus sinistres appréiiensionsde scsoflieiers et des mortelles angoisses de son cœur, cette Providence qui tant de fois lui avait nionlré sa vigilance lutélairo vint personncUcniont à son secours. Dieu daigna parler à son serviloiu' éperdu. Une voix d'en Haut lui dit : « 0 homme de peu de foi, relève-toi! Que crains-tu? Ne suis-je pas là? Prends courage, ne t'abandonne pas à la tristesse et à la crainte ; je pourvoirai à tout. »
En effet, suivant cette mystérieuse annonce, les choses changèrent aussitôt de face, sans effort et mémo sans initiative de sa part.
Avant la lin du jour, on apprit la découvorle de mines d'or immenses. Roldan, loin de vouloir partager le ])Ouvoir d'Ojeda, ne songea qu'à repousser de l'Ile ce dangereux rival. La lutte fut vive entre ces deux adversaires, dignes l'un de l'autre par l'audace, la ruse, la force physi(pie. Après une série d'incidents dramatiques, le Grand Juge contraignit l'agent des bureaux à se rembarquer.
Roldan résolut de soutenir désormais fi'anchement l'autorité de l'Amiral, d'où la sienne tirait sa force.
Dès qu'ils virent le Grand Juge assurer l'exécution des volontés de l'Amiral et travailler au rétablissement de l'ordre, ses anciens complices le prirent ardemment en haine. L'ayant déclaré traître, ils résolurent de lui crever les yeux avant de le tuer et de mettre à mort 'Amiral.
Instruit de leur projet, Roldan les suivait à la piste
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