LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE V
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Ces accusations plaienl si graves, tellement opposées an caractère de l'Amiral, qu'elles se condanmaicnt par leur exagération même. Uailleuis, aucun(^ de ces odieuses imputations n'était appuyée de signatures connues. La iîcine n'y prêta jias une bien grande attention, tout d'abord.
Mais, si l'.Vmii-al avait adressé un rapport circonstancié sur la rébellion de lioldan, celui-ci avait aussi fait passer des mémoires à ses amis de Séville. Tous les actes de l'admiiiistralion de Colond) y étaient fort liabilement dénaturés. Au surplus, même en Taisant largement la pari de l'animosité el de l'exagération, la gravité de la situation n'en demeurait pas moins établie. L'.Vmiral l'avouait, en demandant l'envoi d'im juge. 11 devenait donc nécessaire, pour remédier à cette situation, de nommer un magistral éclairé qui. selon la demande di' l'Amiral lui-même, irait rendre la justice dans l'île, et qui devrait commencer par inlormer contre les rebelles.
Ce fut à ce parti si sage que s'arrêta la Reine.
Malheureusement, au lieu d'un jurisconsulte qu'avait demandé l'Amiral, le roi Ferdinand choisit pour magistral un homme d'épée : le commandeur François de Bobadilla, qui jo\iissait de l'estime de Fonseca et d'un grand crédit à la Cour.
Tous les écrivains onl, à tort, aftirmê que ce qui 'niil Colomb auprès de la Reine, ce fut l'arrivée de deux caravelles ramimanl d'ilispaniola les mécontents, accompagnés d'un chargement d'esclaves. C'est là une des nondueuses erreurs provenant de la façon super-
CHIUSTOPHE COLOMB
ficiollo avec. laqucUo on a tfnijours Iraili'' riiisluii'c lic l'invcnleur du Nouveau Monde.
Les mesures prises contre Colond) riaient à la dale des 21 mars, 21 el 20 mai I WO, landis i|n(! ranivi''e des deux caravelles chargées d'esclaves u'inil limi ([n'en décembre de la même année.
Ce ne fut donc pas l'envoi de celle carii'aison humaine (jni put motiver les dispositions conceilées contre l'Amiral pins de six mois auparavant.
Ce qui perdit Colomb, ce l'ut le voyage de la Heine à Sévi lie.
A Séville, tous les fonctionnaires supérieurs de la marine et des colonies, appuyés de la bureaucratie entière, n'avaient qu'une voix contre l'Amiral des Indes. A Séville, l'accusation contre Colomb était si compacte, l'opinion publique si fort prononcée, elle s'insinuait et circonvenait tellement ])ar tous les rapports et à tous les degrés de la hiérarchie administrative, que la Reine elle-même finit par céder au nombre.
La défection de son attachement fut le trion\phc de Juan de Fonseca Colomb se trouva condamné sans avoir été entendu et jugé sur la déposition de ses ennemis. Ils certifiaient que l'Amiral, se jouant de la liberté des Indiens, avait fait cadeau à chaque Castillan de quelques indigènes pour en battre monnaie en les vendant sur les marchés de l'Andalousie.
L'âme généreuse d'Isabelle fut révoltée à l'idée d'un pareil dédain de riiumanité. La Heine s'écria, dit-on ;
MVni-: TliOISlftME — CIIAPITIIH V
I Di' (|iii'l ilidil l'Aiiiiral drs Iiidos dispose-l-il ainsi de mes sujets? Oui lui a [lermis de l'aire des lilirialilcs de celte esiièee? » Et aussilol elle lit publier à Séville, à Grenatle et en d'auti'es cités que, » sous peine de nioii », tous ceux (pii avaient reçu des esclaves de l'Aniiial inissciit à les rendre, pour être renvoyés aux Indes.
On conçoit la jusle indignation de la Reine à l'idée
d'une pareille violalioii i\c<- di'nils li's plus sacrés. Mais
comment put-elle admettre (pn' l'Amiral s'en A'it rendu
coupable, elle qui avait lu dans celle âme Iiéroïipii'?
Sans doute les suppols de Juan de Fonseca pous-
^ sèrent l'audace jusqu'à fabriquer des preuves maté-
SpHI rielles du crime dont ils accusaient Colomb.
Isaheile, une fois entourée de ce réseau d"inimiliés, hypocritement dérobées <à sa clairvoyance, la déchéance suivit de près la désafTcction.
Dès lors, aucune des choses qu';wait demandées l'Amiral ne lui est accordée. On refuse l'envoi de son lils aine don Dieyo, dont il réclamait le concours, et qu'il voulait préparer au gouvernement qu'il devait exercer un jour, suivant les conventions signées au camp de Santa-Fé. Déjà on le regarde comme dépossédé de sa vice-royauté. On annule, de fait, les traités qui obligeaient envers lui la Castille.
Kn violation des privilèges de l'Amiral, les llois accordent une licence à Rodiigo de Bastidas pour fiiire des découvertes dans les Indes occidentales. Quinze jours après, une autre licence (rexjti''dition de décou-
CHRISTOPHE COLOMl!
verto est conspntic an rominaiidor Aloiizo Veloz ilo. Mendoza. Et dans son tcxie on voit qur li's droits de Clirislobal Giierra et d'Alonzo do Ojeda étaient mis au même rang que ceux de Cliiistoplic Colomb.
Yers la fin de juin, le commandeur Bobadilla lit voile pour l'Espagnole.
CMRIbTUI'IIE COLOMB. — ib
Von dix honros dn malin, la raravolic fit son entrée dans le poil. La pluparl des fonctionnaires vinrent bientôt présenler leur lioinmatjc à l'envoyé des Rois.
Le lendemain, cseorté de sa snitc, le Commissaire royal, ayant fait donner luibiiquement lecture de son mandat, requit don Diego Colomh de lui remettre les prisonniers détenus dans la forteresse. Sur son refus, Bobadilla fil débarquer les marins des deux caravelles et rouuiiencer Tassant, tandis que la porte vermoulue éclatait sous le premier clioe des assaillants.
De là il courut à une prise non moins facile.
Le commandeur s'empara de la propre maison du Vice-Roi, prit possession de tout son mobilier, cadeau personnel de la Reine. Il s'empara de sa vaisselle, de son linge, de ses clievaux, de ses armes, de ses vêtements, de 'ses perles, de ses pierreries, prit tout le numéraire, tont l'or en gangue et en lingots qu'il trouva, cela s<ins témoins, sans vérification, sans inventaire, fit disparaître des pépites d'or précieuses, des échantillons rares f[ue l'Amiral avait mis en réserve pour les montrer aux Rois, des grains très-gros pareils à des œufs d'oie ou de poule, et une chaîne d'or qui pesait jusqu'tà vingt marcs. Les curiosités minéralogiques, les coquillages rares, les collections végétales qu'il avait réunies ou formées dans ses voyages, les figurines, les souvenirs religieux qui lui avaient été donnés devinrent la proie de cet ignorant cupide et brutal. Les remarques et notes de Colomb, les observations de sa sagacité, les aperceptions de .son génie, ses cartes, ses dessins ses notes scientifiques, le;
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