LIVRE TROISIÈME — CHAPITRK VI
Ail inemier instant, Colomb fut pris de tristesse et roujiil do lionle pour les Rois. Mais, s'ils étouffaient la reronnaissanro et faussaient leur parole, lui respectait son serment. 11 résolut de ne point rompre l'obrissancc et de donner chrétiennement l'exemple de la soumission à Taulorité, même injuste. Seulement son canu" gémissait, car cette Isabelle, toujours si çïrande, si généreuse et si pure, s'était laissé surprendre i)ar les ennemis de sa gloire. Il en souffrait pour elle bien plus que pour lui.
Colomb prit la route de Saint-Domingue à cheval, sans escorte, presque sans domestiques, n'ayant pour ceinturon que son cordon de Saint-François et pour arme que son bréviaire. Ce fut ainsi, entre la prière, la poésie des psaumes et la contemplation de la nature équinoxiale, que le disciple de la Croix, pleinement résigné à la volonté divine, vint humblement au-devant de son ennemi.
Dès que Bobadilla fut averti de son approche, il fit saisir et garrotter le frère de r.Vmiral, don Diego, que l'on enferma dans une des caravelles, les fers aux pieds.
Peu après, le Vice-Roi étant arrivé pour saluer le nouveau gouverneur, celui-ci, refusant de le voir, commanda aussitôt de l'arrêter et de l'incarcérer
DANS LA FORTERESSE, LES FERS AUX PIEDS. Colomb
n'opposa aucune résistance aux satellites et les suivit dans la prison.
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.Mais, quand il s agit d'attacher des fers à ces pieds qui avaient conduit la Castille à la conquête du Nouveau
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Monde, tous les cœurs s'énmrent d'indignation. Parmi les i;ardos du gouverneur, nul ne se sentit la force d'acconiplircet ordre exécrable. La douleur compriniéo élouH'ait toutes les voix; ils se révoltaient secrètiMoent contre leur dégradante obéissance. La sérénité de ce Héros imposait \m douloureux respect. Les chaînes, bien qu'apportées en sa présence, gisaient sur les dalles du cachot, sans qu'aucun des assistants osàl les soulever. Devant un tel outrage, les geôliers eux-nicuies reculaient comme à l'idée d'un sacrilège. L'ordre barbare du gouverneur ne pouvait donc s'exécuter, quand vint s'offrir gaiement pour ce foi-fail, non point un séide de IJobadiila, un Indien slupide ou haineux, mais un homme de la maison de l'Amiral, son propre cuisinier. Cet infâme s'infligea allègrement cette honte et, avec une impudente prestesse, riva les fers de son maître. LasCasasleconnaissait; il se nommait Espinosa.
L'Amiral ne connut pas la cause de ce traitement. Il était tenu au plus rigoureux secret. On ne permit à personne de le voir ou dclui parler. Seulement Bobadilla lui lit dire d'écrire à son frère l'Adeiaulado de revenir, sans sa troupe, à Saint-Domingue. Colomb exhorta don Barthélémy à exécuter docilement les ordres donnés au nom des Rois. Comme toujours, plein de déférence aux désirs de son frère, l'Adelantado se démit aussitôt de son commandement et prit la route de Saint-Domingue. A peine y arrivait-il, qu'on l'arrêta et le mit aux fers dans une autre caravelle. En sorte que les trois frères ^e trouvaient isolés, sans nouvelles les uns des autres, retenus au secret, dans le déuùmeut le plus absolu.