LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE VI
L'Amiral n'avait que le léger lialiit qu'il portait dans la chaloiir du jour au moment de son arrestation ; rinbadilla s'était emparé de tous ses vêtements, même de son pardessus « sayo ".Sur la pierre de son cachot, avec ses douleurs de riuiinatisuii", ses ressentiments de goutte, il eut à souffrir cruclleiui'iil du froid pcndaiil la nuit, car il était quasi-nu, « desnudo en cuerpo ". Sa chétive nourriture se composait d'aliments de rebut. Pour qu'un vieux marin habitué aux privations se plaignît de sa ration de prisonnier, elle devait être bien nauséabonde.
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Pendant qu'il subissait de « très-mauvais traitements » sans savoir encore de quels crimes on l'accusait, Dobadilla ouvrit une enquête au sujet des troubles qui avaient éclaté dans l'Ile. Mais au lieu de saisir au corps, suivant les ordres de la Reine, ceux qui s'étaient révoltés contre r.\miral et ses frères, ayant renversé le sens de ses instructions, il appela tous les rebelles, les factieux, les criminels, à venir déposer contre l'AmiraL La réunion de ces hommes sans loi dissipa l'intérêt qu'avait excité l'emprisonnement de Colomb. Tous ceux que sa clairvoyance avait troublés dans leurs rapines, leur conduite licencieuse, leur tyrannie contre les Indiens ou leurs malversations connnencêrent à i'oruuder leurs plaintes. Il y eut entre eux émulation de haine, concours de dilïamation. Le directeur de rhôj)ital, Diego Ortiz, se signala par sou impudence. L'Amiral, dans sa sollicitude pour les malades, surveillait la qualité des vivres, des médicaments, l'emploi du matériel et des approvisionnements, taisait vériller
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lii comi)labiliU' ; c'est pourquoi Diego Orliz, non content des placards injurieux afiichés sur les murs de Sainl-Doiningue, se mit à lire en public les aigres éiucubratious de sa raniuno.
Les partisans de Bobadilla faisaient éclalor leur joie au-dessus de la juisou de Colond), allaient jouer du cor autour des caravelles où ses deux frères étaient enchaînés.
Tout le monde s'entretenait de leurs forfaits, qu'eux seuls ignoraii'ut l'iicore. Vraiuu'iil ils ne savaient point le motif de leur arrestation. On ne leur avait signilié aucun acte. Le nouveau irouverneur avait défendu, sous peine de moi't, de comuumiquer avec eux.
Quand il }iariit que Fenquète avait recueilli contre ce coupable les preuves de tous les genres de criuic (hors la moindre faute contre la chasteté), Bobadilla résolut d'envoyer les trois prisonniers à don Juan de Fonseca. Pour assurer la stricte exécution de ses ordres, il choisit un jeune officier, Alonzo de Vallejo, arrivé avec lui d'Espagne, neveu de son ami Gonzalo Goiuez de Cervantes et protégé familier de Fonseca, dans la maison duquel il avait grandi.
De sinistres appréhensions assiégeaient l'esprit de r.Vmiral. Ce dédain de toute forme de justice, ce secret rigoureux, ce traitement inhumain, étaient de fâcheux augure. Il n'osait prévoir où s'arrêterait l'attentat commencé contre lui. Et, lorsque le silence de son obscure prison fut tout à coup troublé par un cliquetis d'armes et des j)as militaires, il ne douta point qu'on ne vînt l'assassiner ou le conduire à l'écliafaud. En rcconnais-
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