LIVRE TU0ISI1--ME — CHAPITRE Y
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sant à la tète des soldats un favori dt^ Konseca, le jciiiii" Vallejo, qu'aulrclbis il avait vu à Sévillc, l'Amiral crut que, sa deL'iiièrc heure était soiiiii''i'. Il lui dit tristement : « Vallejo, où me conduis-tu? » L'olTicier répondil : « Je conduis Votre Seig;neuric à bord de la Gorda , qui va partir. » L'Amii'al, doutant encore elcrait;nanl que par un reste d'Imnianilé l'oriicier le trompai, ajouta : « Vallejo, ce que tu médis là est-il véritable?» Vallejo, qui, malgré SCS protecteurs, était un vrai i;enlilliomme, répliqua : « Par la vie de Voire Seigneurii', je jure que je la mène à la raravelle pour s'embarquer. « L'accent de franchise du marin rassura l'Amiral, il se sentit soulagé d'un poids énorme, car en ce moment sa paupière s'humeclaildc tristesse. Il redoutait d'être exécute sans jugement comme il avait été incan;éré sans procédure, et de laisser après lui ses enfants ensevelis sous l'opprobre dont ses adversaii'es auraient accablé sa mémoire.
Colomb fut installé avec ses frères à bord de la Gorda. Tous trois étaient chargés de fers.
Les voluiiiiiicusi's rmiuèlos ayant été confiées aux soins d'AIonzo de Valh-jo, commandant, et d'Audrés Martin, maître de la caravelle, on leva l'ancre.
bien qu'AIonzo de Vallejo, en sa double qualité de neveu de Gomez de Cervantes et de protégé de .luaii de Fonseca, possédât l'entière ciinfiance du Cominaudenr, il était par son propre fond liouuue d'honneui-, au dire de Las Casas, qui le connaissait intimement el l'avouait pour ami. Intérieurement Vallejo souffrait di-
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CHIIISTOPHE COLOMB
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voir dans les fers le maître des navigateurs, le vainqueur de L\ MER TÉN'ÉBREi'SE, dont la dignité douce et ealme au milieu de tant d'aflronts démentait seule les imputations odieuses soulevées contre sa gloirc.deiniis quelques semaines.
Le maître de la Gorda, le vieux marin Andrés Martin, partageait en silence les sympathies du jeune capitaine. Aussi, dès qu'on eut i)erdu de vue le port, s'approclicrent-ils respectueusement de l'Amiral, le priant de leur permettre de le débarrasser de ses fers. Colomb, grandi par l'injustice, épuré par la persécution, refusa cet allégement à ses maux. Il ne voulut pas même à celte distance, dans la liberté de l'Océan et sous la responsabilité du capitaine, paraître contrevenir aux ordres donnés par le mandataire des souverains. Malgré les souffrances qu'occasionnaient l(^s chaînes à ses membres endoloris, il les garda, ne reconnaissant qu'aux Rois, au nom desquels on l'en avait chargé, le pouvoir de l'en délivrer.
Le disciple de l'Evangile ne fit entendre aucune plainte, ne formula aucune protestation contre l'indignité de ce traitement. Il se lut, voulant donner l'exemple d'une chrétienne soumission à l'autorité légitime, même quand elle se trompe ou abuse. Mais son cœur se soulagea du moins, en écrivant à la vertueuse amie de la Reine, doua Juana de la Torre, qui avait nourri de son lait le lils d'Isabelle, Tluiant don Juan.
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A rexomplo df leur capitaine, tous les officiers avaient comblé de respectueux égards l'Amiral et ses frères. Par les soins du mailre de la Gorda, Andrés Martin, dès qu'on eut jeté l'ancre, un homme de conliauce fut secrètement expédié à Grenade, qu'en ce luomenl habitaient les liois, porteur d'une lettre de. Colomb pour la nourrice de l'Infant don Juan. La célérité de ce luessager devança l'arrivée des dépêches et de la procédure envoyées par le commandeui' fiobadilla.
Dès que doua Juana de la Torre eut coumiuniqué à la Reine la lettre de Colomb, l'indignation d'Isabelle ne fut surjiassée que par sa douleur. Un courrier extraordinaire, dépêché à l'instant même, porta l'ordre d'élargir sur-le-rliauqi l'Amiral et ses frères. La Reine éi livil à Colomb une lettre signée aussi par Ferdinand, dans laquelle ils déploraient celle offense, dont ils disaient se sentir atteints dans sa personne. Ils redoublaient leurs expressions de haute estime, de déférence l'invitaient à se rendre immédiatement à la Cour et donnaient l'ordre de lui compter deux mille ducats d'or, allii qu'il })ùt réparer l'odieux dénùment dans lequel l'avait osé mellie Bobadilla.
Les faits articulés dans l'enquête étaient si incompatibles avec la nature élevée et toute chrétienne de Colomb, que cet échafaudage de dénonciations, vertueusement repoussé par la colère de la Reine, s'anéantit sous son regard. Il ne fut question de cette procédure et de ces procédés que pour annoncer la destitution et le châtiment de Bobadilla.
Le 17 décembre, Colomb, au milieu de ses frères,