‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 136 sur 208 · LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME — CHAPITRE Vil

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pour abriliT sa (("'le. II ôlail nnliiit à wnc vie d'auberge cl souviMil n'avait pas de quoi scildcr la noie de l'hôtelier. Xou-seuleinenl il ne trouvait point toujours de quoi « payer son écot », mais, chose autrement iiénihle à sa cliaiili', il n'avait jias uirun' uin' pelih' |ii(''c(! de monnaie pour donner à roiVrandc ipiand il assislait aux offices. Kt c'est là ce (pii lui était le plus sensible. C'est uniquement à celle occasion qu'il se jilaint de sa misère. Ne rien pouvoir olVrir à i'Ejilise et aux pauvres lui fait regretter son dénùment. Colomb ne parle pas de celte gène, qui tend à effacer l'éclat de son rang, à rabaisser la dignité de ses lilres. Pour lui, la pauvreté n'est surtout pénible (|ue par cela qu'elle nuit aux pauvres, qu'il ne peut |ilus soulager.

La défaveur jetée sur la colonie emj)ècliait l'Amiral d'obli^nir des avances.

Sa gène, son manque de crédit péciuiiain; cl d'intlucncc gouvernementale, devenus notoires enCastille, transpiraient même à l'étranger. Une lettre du secrétaire de l'ambassade vi'nilienne en Espagne, dans laquelle Angehi Trivigiano se vante d'être devenu « le grand ami » de Colomb, monlre à la fois sa gêne, son discrédit et son inépuisable bonté.

Les grands, qui preunenl pour boussole dans leurs relations la faveur de la Cour, avaient abandonné le vieux marin. A l'exception des Franciscains, personne ne troublait la .solitude du Vice-Roi disgracié. Allégé du fardeau de l'administration, il s'élevait plus librement à Dieu, l'n sublime élan emportait plus fréquemment son âme dans les hauteurs inscrutables de la

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ClIlilSTOPHE COLOMn

conversation céleste. Le Contemplateur du Verbe trouvait à son oisiveté forcée de consolantes compensations. L'ingratitude du Roi, l'injustice de l'opinion puhlicpie ne faisaient que délacher de plus en plus Colomb des intérêts temporels et le ])orlaient, comme l'apôtre des nations, riieureuxaduiiraleur del'invisiljJe, saint Paid, à vivre dans le Christ seul et à ne vouloir posséder d'autre science que Jésus mort sur la cioix.

Ayant trouvé le Nouveau Monde, il pensait que maintenant le premier terme de sa mission étant aeeompli, il lui restait à etVeeluer le tour du fdohe et à racheter le Saint Sépulcre, afin qu'après avoir montré le signe du Sailli à des peuples jusqu'alors ignorés, ils pussent librement apporter leurs adorations au tombeau du Sauveur. Il voulait, avant de mourir, leur en frayer la route.

Un secret attrait venait s'ajouter encore à sa ferveur religieuse pour le poussera cette navigation : c'était le bonheur de contempler des parties inconnues de la Terre. Les glaces de l'âge n'avaient nullement refroidi son juvénile enthousiasme de la Nature. Colomb ne ï^^' iiouvait se lasser d'admirer la création et d'élever son àine vers le Créateur, .\ucun homme en ce monde n'avait parcouru une telle étendue de mers et de rivages, l'ius il avait vu, plus large était sa notion des magnificences du Verbe, plus jtrofonde était aussi la grandeur de ses impressions.

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A teire, pendant son repos, dès que son génie cessait d'être aux prises avec l'inconnu et que sa péné- I ration n'avait plus à s'aiguiser pour surprendre quelque grande loi de notre univers, son esprit méditatif s'épandait dans une contemplation délicieuse Lorsque dans le silence de son isolement, entre les intervalles de la prière, se recueillant en lui-même, Colomb s'abandonnait à la saveur du souvenir, il lui .semblait écouter encore, au fond des lointains éclios de l'âme, les sonores harmonies de la poésie équatoriale ou les frémissements des souffies alises et les sévêies accents des

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