‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 137 sur 208 · LIVRE TROISIEME — ÇIlAPITFtE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME — ÇIlAPITFtE VIII

mélodies péln^iquos. D'un siinplc retour vers sa mcuioi'ie, il voyait clans sa iidole empreiiilc apparaître, à la l'ois, depuis les bruineuses uiidancolies di' l'Océan gcrmani(iuc et les glaces des mers polaires, jusipTaux splendeurs des Antilles, aux mat;riili(eiices de la llore cquinoxiale. Les îles Fortunées, les Açores, l'arcliipel du Cap-Vert, les grandioses aspects de la Terre ferme, la majesté de l'Orénoque, le liolfe des Perles, le ciel éclatant de la Trinité, les constellations australes, tout ce fpi'avaienl aperçu ses yeux, tout ce qu'avaient deviné ses intuitions s'unissait à ce qu'il entrevoyait en espérance. L'immensité de ses investigations se di'nuilail entière, simultanément, dans sa vision connue un seul tableau. Et sa conception du Créateur se déployant sid)lime s'élevait en proportion de cet inexprimable iulini. Comme Dieu avait daigné lui conserver, malgré ses années, ses fatigues, ses accablements d'esprit et de corps, toute la vivacité d'émotions de la jeunesse, Colomb le remerciait de cette bonté. Il appréciait dignement ce bienfait de ràrne, possession du génie chrétien que nul souverain ne pouvait suspendre ou détruire. Il lui scndiiait même, dans son humilité, qu'une si douce jouissance n'était pas due à un pécheur lel que lui; car précisément les meilleurs chrétiens sont les moins satisfaits d'eux-mêmes, et il écrivait avec une cdiliante candeur, en se rappelant les iiontés de sa Haute Majesté : « J'entrai tout petit à la mer pour m'adonner à la navigation, et j'ai continué juxpTà ec jour. Cette carrière porte qui la suit à vouloir péuétier les secrets de ce monde... Quoique je sois un très-grand pécheur, la compassion et la misé-

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ricordedcNotrc-Seigneur, qiioj'ai toujours implorées, conviant mes faut(!s, m'ont tout à l'ait comblé. J'ai trouvé la plus snavc consolation à mettre mon bonlieuidans la conlcinplalioa du merveilleux aspect de son œuvre. »

Celle vaste contemplation dont, .seul .sur la terre, Colomb avait alors le privilège, était en elTet la plus grande jouissance de l'admirateur du Verbe divin. Cette satisliiction pure n'est point un don lait indistinctement à toute créature mortelle. Les natures grossières, charnelles, les instincts cupides et matériels la conçoivent peu, et, malgré la perfection des sens, l'animalité ne la connaît pas. Les sereines voluptés de la contemplation semblent participer de l'iulini : l'impie et l'incrédule ne l'ont point classée parmi leurs plaisirs.

Chose prodigieuse! au milieu des merveilles del'Alhambra, une illumination soudaine du génie de Colomb lui montrait à travers l'espace et l'inconnu comme une image de ce Globe, et lui indiquait, entre les deux grandes divisions du continent nouveau, un espace rétréci qui devait servir de point de communication à ses grandes régions. Seulement, dans cette intuition mystérieuse, il prenait l'Isthme pour un Détroit. Il parlait d'un Détroit de mer, tandis qu'il n'existait qu'un Détroit de terre, et montrait à Isabelle, sur la carte incomplète du Monde inexploré, le point où devait se trouver ce Détroit par lequel on pourrait se rendre en Asie. Le démonstrateur de la Création l'indiquait avec une précision étonnante :

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