‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 144 sur 208 · I.IVniî UUATIllKME — CIIAPITRK PREMIER · texte numérisé non relu

I.IVniî UUATIllKME — CIIAPITRK PREMIER

oiivranl ses voiles, s'éloigna inajcstuouscmcnl des rives de i'Ozania. KUe gouverna diioeteiiienl au sudest |)Our aller doubler le eap de l'Épée et gagner la liaule nier.

Tout allait à soulinil. On ai riva pai- une douce brise à la hauteur du lap Ka|iliaël, à une distance d'environ huit lieues, quand tout à coup le vent mollit, et en peu d'instants des signes inquiétants se manifestèrent. La transparence du ciel s'épaissit, l'éclat du jour décrut rapidement. L'Ucéan se tenait calme et morne; l'air était lourd et sulVocant. Pour des pilotes exercés, il n'y avait jias à s'y méprendre : c'était l'annonce de la — j tempête.

Quoiqu'on fût en vue de la terre, on ne pouvait y chercher un reliige. .Vucuu souille ne soulevait les voiles, qui pendaient flasques le long des mâts. L'.Vllanlique devenu terne et glauque demeurait immobile. Il n'était j)luspossible ni de retournerau port, ni del'uirle danger des côtes en all'rontant la haute mer. Sans doute tel marin qui avait raillé l'Amiral aurait en ce moment voulu, suivant le conseil de sa vieille expérience, n'avoir pas quitté le mouillage; mais il était ^•^ trop lard. .Vucun ai-l ne pouvait rien maintenant.

L'effet suivit de près la menace.

Un vaste balancement rompit la plaine unie des eaux. Les vagues, après quelques larges oscillations, SI- .lionnèrenl noircissant; leurs cimes en bouillonnant s'élevèrent blanchissantes. Bientôt le fond de la mer

seinl)lii se soulever; le souille stiidenl de h teinpèlc griur.i dans les iiiâtufcs, balloUanl comme un jouet, liarmi les masses d'ceumc, celle supoi'l)e llollc. Les vergues frappaient l'eau ; l'avant et l'arrière plongeaient tour à tour sous les lames. Les trésors acciinulés dans les navires furent rudement secoués. La fureur des vagues fit s'enlre-clioqucr plusieurs caravelles. Quel({ues-uncs s'enlr'ouvrirent et sombrèrent à rinstanl; daulres lutlèreiit par d'impuissantes manœuvres. Un épais endirun s'ajoutait à l'alTreuse obscurité du ciel. On ne se voyait puint; on entendait à peine les- commandements inutiles du porte-voix et les cris désespérés de l'horreur.

La Cajiilaiie, si merveilleusement encombrée d'or, malgré ses solides charpentes, fut saisie par l'ouragan, fracassée, ouverte aux flancs, dépecée, puis engloutie sans rémission dans l'abîme. De tout ce qu'elle portait, hommes et trésors, rien ne reparut. Plus de vingt-six caravelles, toutes chargées d'or, dépouille des malheureux Indiens, furent brisées et ensevelies dans les gouftres des vagues ; d'autres, emportées dans les sillons écumeux de l'Océan, furent entraînées sous des parallèles inconnus et sombrèrent plus loin, après avoir ressenti plus longtemps les angoisses du désespoir.

De toute cette sui»erl)e flotte, il ne revint à Ilispaniula que deux ou trois navires fracassés, à demi noyés; tandis qu'un seul, le plus mauvais, le plus usé, le plus petit de tous, nommé V Aiguille, « el Aguja », continuait sa roule vers l'Europe. « 11 jiortait tout le bien lie l'Amiral, ipii consistait en quatre mille pesos, et ce

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fut le prcinirr (|iii aiiiva cil Casiillc, comiiio par la poiMiiission di' hii'u. « F.i's naviros iiiallrai((''S qui rminivn! se ir|)areràrRspa.unolo jiorlaicnt Insf^ens les ])liis paiivirs, les plus olisciiis di- co convoi ; il n'y avait

\ fiirun soiil iiildauo, le tiolaiiç navit;al('iir Rodriao

de Ilaslidas : « c'i''lail un Iml lioniK'^tc linmnio, » q

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•iTirenl, sans en excepter un seul, les li'ailres, les caKunniateui's, les ennemis jurés de Colouih. « Là, dit un liisloriogra|ilie royal, là prit (in François de Bokidilla, celui qui avait envoyé l'Amiral el ses frères, les fers aux pieds, sans l'accuser ni lui douinM' lieu de se défendre ; là prit fin aussi le rebelle François Roldan et quantité de ses com|)lices qui s'étaient soulevés contre les f{ois, contre l'Auiiral, dont ils avaient mangé le pain, et qui avaient tyrannisé les Indiens. Là péril aussi le Cacique Guarionex (qui avait opiniâtrement refuse l'Fvangile) ; les deux cent mille pesos furent suhmergés avec ce pain d'or, de grandeur prodigieuse. » Tout fut perdu, la mer engloutit à la fois avec ces richesses iniques leurs iniques possesseurs, « au nombre de plus de cin{| cents hommes ».

Or, pendant que s'accomplissait ce désastre, l'Amiral, retiié dans « le port caché «, pueiio escondido, laissait gronder luurauan et se couliait à Dieu.

Durant le jour, les quatre caravelles, parant de leur mieux aux coups de vent et di; mer, tinrent bon.

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Mais (1 lu lenipèlc fut Icniblo pendant celle nuil-là, el elle désempara les vaisseaux ». An milieu de l'obscuiilt', Irois navires furent arracliés du jiorl, où la Cii]iU(tnc resta seule. Les trois caravelles furent fort maltraitées, perdirent une partie de leurs agrès et de leurs provisions. Le navire de IWmiral, qu(ii(iiie liorrihlemeiil l'aligné, ne reeut aucune avarie. Les ([uatii' laravelles se rejoii;nirent au port d'.Vzua, le dimanelie, comme pour y célébrei' ensemble ce saint jour et pour reincicier Dieu de sa proleclion manifeste.

(^.e désastre n'a point été considéré comme un simple sinistre de mer; tous les contemiuirains y ont vu un cliàlimenl providentiel. L'action de la justice divine fut ici tellenienl transparente que, sans exception, tous les historiens de cette époque s'en montrèrent saisis de respect et d'effroi.

Si le discernement de la tempête, (pii épari^ne le juste et sévit contre les coupables, balaye de son souille leurs espérances, emporte leurs supplications, verse au goull're de l'Océan les richesses accumulées au prix de leur ànie ; si le sauf-conduit donné paiini 1rs les abîmes au petit trésor de l'Amiral, (|u'on a |ilai'('' méchamment sur lapins fragile des nefs, et (pii l'amène seule à travci's l'.-Vtlanlique dans le port destiné, nous frappent d'étonnemcnt, cet élonnemcnl se changera en stupeur en songeant à la protection qui, durant ce même instant, couvre la personne et l'escadre de l'Amiral dans la mer des Antilles. Ses quatre caravelles sont également préservées el sur la côte el sur

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