‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 146 sur 208 · LIVRE QUATRIKMK — CHAPITRK PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIKMK — CHAPITRK PREMIER

?o IVil (iouh' (le son aiiprurlic. La sulilililû de sps sons n avail lion |ieriln de sa dôlicalcsse. Kn ilôpil de si's alU'inli's rliiinialisniali's, sa taille, emoir dioile el ferme, sonli'nail à nieiveillr la inajeslé de sa physionomie, sur la(|uelle semlilail nalmellemenl eiii|)reiiile la noblesse de sa pensée. A mesure f|n'il avaneail en â}i-e, il avaneail en peifeelion ehii'lieiine. La donreni de son regani, loiil iinliilit' (riiii iliiide aimaiil el leii- (ire, exprimail (luelrpie eliose d"évant;élique. Ses travaux de nier, ses Irihulalions si longues, sa dévoranle aelivilé d'espril, les injustices soidVertcs n'avaienl poinl duremcnl impriiuè leurs sillons sur ses trails. Seselieveux, d'un hlaiic lushr, entouraient son [Vont de celle couronne d'iionneur dont parie rEerilure. Avec l'ampleur de son vêlement IVaneiscain, sa dignité d'altitude, toule sa pei'sonne rappelait une de ces images de patriarche ou de luophèlc dont on croit se faire une idée d'après les Livres saints. On eùl dit un roi pasleur transporté de l'idumée ou de la Mésopotamie sur les plaines tle rAtlaiili(|ue.

L'iiabilude de ses pensées s'harmonisanl aux linéamenls de son gallie y ajoulail quehjue chose de fier el de mortilié, de chcvalercsquemenl pieux qui se lisait sur ses lèvres et sur son front. On sentait aulanl la sainteté que la grandeur dans cet Amiral, dont la bouche ne blessa jamais personne, ne proféra aucune expi-ession brutale, et qui, pour affermir, certifier ou menacer suivant l'occurrence, n'employait que ce seul juron : « Par saint Ferdinand ! «

Toujours pénétré de rimporlame du dmnii', du

miM'ilo di' Folirissariro, il averlissail de ItMirs pécliôs Ips iléliiKiiiaiil:; ; il iiienaçail d'ahandonner à Diou celui qui s'olislinail à mal l'aire. T)ieii élaiU toujours l'unique iiliji'l de ses iiKiiiveiiii'iits (■(iimiK? de ses pensées, /iiildinli, ((immandanl queUjiie manœuvre nouvelle ou cxii^ranl ([uelque falii;ue de surcroît, disait à ses lioimiies: « Nous devons à Dieu d'atiir de telle façon. » Donnant fidèlement l'exemiile du devoir qu'il recomiriandall à ses inférieurs de tous les degrés, plus le leinps ('lail mauvais, plus il se tenait an milieu di; l'équipaye ; animant ses marins, les soutenant du legard ou de la voix, il les maintenait en haleine et les eni-oura^cait de son mieux. S'il ne |)Ouvail les soustraire aux intenq)éries de ces parages inexplorés, dn moins il les partageait bravement avec eux. Les douleurs de goutte qui s'ajoutaient pour Colomb aux épi'euves communes ne pouvaient réduire laconslance chrétienne dont il était soutenu.

Pimrcondili' de mallieur, il devint gi'avement malade, et « approcha [)lusieurs fois des portes de la

ombe ». Le sentiment de sa responsabilité et du liul de son expédition survivant à l'anéanlissement de ses forces, il ht construire une petite cabine sur le gail-

u il d'arrière, et de son lit il dirigeait la route, poursuivant sa lutte gigantesquenient disproportionnée contre les forces d'une mer inconnue. Ses équipages peidant cœur demandaient à relâcher à la .lamaïque ou à l'Esjiagnole. Tout autre que lui l'eût fait sans attcndi'e même qu'on l'en piiàt ; mais pei'sonne ni; savait mieux (jue l'.Vmiral se roidir contre les obstacles.

LIVHE OUATMiftME — CHAPITRE PHEMIEU

Il tint 1)011, ranima SCS gens cl alteatiil le vent favoral)le (|iii vint eniin.

Alors, en ([ueiiiiies heures, on déeonviit au luidi une ili' qu'entouraient [ilusiinirs îlots : c'était Guanaja, située en avanl du ijolfe de Honduras.

L'Amiral commanda de la reconnaître. L'Adelautado lit aussitôt armer di'ux chaloupes et prit terre avec un fort détncliemrnt. Il remarqua une grande (|iianlité de jiins sendjiables à ceux des .Vnlilles i-l des traces de civilisation; car on aperçut des creusets destinés à londre le cuivre, dont quelques parcelles parurent des fragments d'or aux matelots, (jui les dérobaient eu cachette.

Sur ces entrefaites arriva une sorte de galère vénitienne, large de huit pieds et fort longue, fabriquée d'une seule pièce. La chambre, en forme de gondole, couverte de feuilles de palmier artistement tressées 'M imiiénélrables à la pluie, était remplie de marchandises : pièces de colon, couvertures, chemisettes, haelies en cuivre, épées mexicaines, vases en terre et amandes de cacao. L'.Vdelantado sena ce! es((uir eulre deux chaloupes , s'en empara sans éprouver la moindre résistance et conduisit à la Capitane ceux qui le montaient.

Il y avait là des femmes vêtues d'une couverture de coton, dont elles se drapaient avec pudeur, et vingtcinq hommes portant une large ceinture autour des reins. Ils ne témoignèrent aucune Irayeur en se voyant ar, pouvoir de ces étrangers. Coloud) les rassura par ses démonslrations de bonté, essaya inutilement d'em-

CHRISTOPHE COLOMU

ployor SOS intorprotos, et les inlcrrogoa liii-nièmo, pour ImcIkm- d'en oblcnir quelques renseiL;iienients. Il coni|iril (|u'iis revenaient de l'Yucalan, pays riche et eullivé. L'Amiral Ht prendre, couinie montre, divers objets de leur commerce, leur distribua en payement des colilichets dont ils furent ravis, et les rendilàleur canot ; mais il retint, en qualité de trueliemenl, un vieillard nommé Giumbé, qui lui parut expert dans la naviualion cùlièrc.

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CHHISTOPllK COLOMB

côcIlt à la |)rise de iiossossimi ; il lalliil renionlcr sur les raravellos el lecoiiiiiii'nrer le coiiilml euntre les éléiiienls.

D'après les ordres de l'Aiiiiial, la |ii'lile eai'avelle di' 'jinquaiili' hiiini'aiix, lu l>isu((icnnc, s'avaiii;ail aussi près rpu' possible tlii livaye, ciili'ait dans tous les golfes, les eii(]ues un peu laiges, de peur de iiianipirr le passage ou Détroil par le([ucl Coioiiil) pensait devoir pénétrer dans les mers du Levant, les Indes oricnlalcs.

S'ils eussent navigue en pleine mer, ils n'auraient ni é|iiouvé la moitié deslaligucs, ni eoui'u le (piarl des l)érils auxquels les exposait ectie navigation le long di' rivages ineonnus. Mais il fallait rester près de la li'rre pour découvrir le Détroit.

Le temps ne cessait de fatiguer les hommes et les bàtinienis. Des pluies torrentielles, une mer agitée, des couranls contraii'cs, ne leur donnaii'Ut aucun relâche.

Parfois ils atterrissaient pour (pud([ues heures sur certaines côtes afin d'en observer les habitants et les productions . Ils virent ainsi des riveiains (pii n'enlendaienl ([u'imparfaileuicnt l'uliome du vieux (iiuiidjé l'interprète. Les uns, latcuu's en diverses jiarlies du corps, s'honoraient d'iHaler sur leurs mend)res des ligures de jagmu- ou de ceif; d'autri's, des camisoles et des cuirasses de cdtdu p:'iut. Les noiahles s'oi'naii'ul le chef d'une hand:' de colon rouge. Quehiuesuns le paraient d'une grande mèche de cheveux rudes.

En avançant vers l'Est, on vil des tribus où les

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