LIVRE PIIEMIKII — CHAPITRE
liprson iiirompanihlc aiiil)ili(»ii aiipit's de loiilo âm,; cliivlicnne.
Dans son rappoit, la Commission scienlifiqui; eoncliil au rcji'l (io la |iroposilion du GriKiis. Klic ici^arda h' projet coiiiuie la rêverie d'un soni;e creux. Cependant rélévation d'espril qui dislini^uail le roi Joani II plaidait, à son insu, la cause de Cliristophc Colomb. Instinclivemeut, il avait foi en cet étranger, si pauvre ot si ferme dans ses exigences. Nonobstant l'avis de la Commission, il continua de prendre au sérieux le plan de Colondj, et en saisit exceptionnellement un haut Conseil qu'il composa des premières notabilités du Portugal.
Le Conseil, sans discuter aucunement ce projet, le perdit tout à fait de vue au milieu d'une question vitale pour la monardiie portugaise : la reprise des expéditions commencées par l'infant don Ilenrique et suspendues sous le règne dernier. Il opina en faveur des découvertes, mais passa complètement sous silence le projet du Génois.
Cette séance du Conseil est un document précieux dans l'histoire de Christophe Colomb. Il en ressort qu'à cette époque déjà la diffusion de l'Evangile était le but avoué et délinitif de son entreprise.
Pourtant la manière légère ou dédaigneuse dont le haut Conseil avait écarté le projet de Colomb ne satisfaisait ni la justice, ni l'esprit si éclairé de Joam II. Condaumer n'était pas juger. En diverses circonstances il s'en ouvrit avec ses familiers. Ceux-ci cherchaient à effacer le déplaisir du Roi. On lui représentait quels
CURISTOI'UE COLUMU'
inconvénients pouvaient jaillir sur la majesté royale, d'une convention faite sériciisemcnl, à propos d'un plan qui n'était, peut-être, que la docte illusion d'un marchand de livres. On lui suggérait de faire l'épreuve du projet d'après les propres données fournies par cet étranger.
Cependant le temps s'écoulait.
Rien ne venait du côté de la Cour mettre un terme à l'incertitude. Colomb, ferme et résolu, ceint de celte patience austère qui sert d'armure aux âmes fortes, gagnant sa subsistance à la fatigue de sa plume et de son compas, alimentant son esprit de tout livre qu'il achetait et relisait encore avant de s'en défaire, acquérait, pendant cette inaction forcée, une instruction non moins variée que solide.
Enfin le monarque, par sa propre réflexion, fut amené à vouloir absolument risquer l'entreprise. Ce qui le retenait encore, c'était l'exorbitante rémunération qu'imposait le Génois. Dans cette perplexité, un de ses conseillers lui suggéra un moyen de concilier son désir d'expédition avec ce qu'ils appelaient la dignité de la couronne. Ce moyen consistait à munir secrètement du plan et des instructions de Colomb un bon pilote portugais, et à l'envoyer à la découverte dans la route indiquée. Connaissance prise de la terre que cherchait Colomb, on ne serait plus obligé de lui accorder une bien grande récompense; et cette déception serait pour le Génois la juste punition de son entêtement à des prétentions insensées.
Hélas! Joam II oublia qu'il était gentilhomme.
Un rayon d'espoir trompeur vint alois traverser la