‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 151 sur 208 · I.IVltE (Jl-ATRII>ME - CïlAPITIiF. III · texte numérisé non relu

I.IVltE (Jl-ATRII>ME - CïlAPITIiF. III

On sait aujourd'hui que, sous los lalitiulps; iiili'rtropioalcs, vers les paraj^esdii ttrand Courant Kquatoriai, les pliénoincnes iiié(éorol(iiii(|iies alteiirnent un degré de lori'e, d'éclat et do luajostc inconnu dans nos réplions. Parfois la ligne htisée des éclairs traverse l'horizon tout entier; les retentiss(Mnents de la loudre ont une sonorité eflVayante ; la portée des lames di''passe nos mesures ; rOct''an manifeste par le l'ormidahlo et le gi'andiose sa souveraine puissance.

Jouets des flots, les rpialre caravelles étaient tantôt poussées sur la cime des vagues devenues des monlagnes, tantôt précipitées dans les sombres gouffres creusés à leur base : <,( Jamais on ne vit la mer aussi haute, aussi horrible et aussi couverte d'écume. « Le ciel, obscurci de nuages teints de rouge, chargés de foudres, était lourd et suflbcant. A chaque instant, d'immenses éclairs déchiraient cette tenture menaçante et enflammaieiit l'horizon chargé d'une éleclricité vitreuse. Les yeux ne pouvaient soutenir l'éclat de cette fulguration incessante ; les marins fermaient leurs paupières pour ne point la voir. L'air semblait allumé ; les secousses que la violence des lames imprimait aux navires faisaient gémir leurs membrures; à tout inslant, on crovait les voir s'ouvrir et s'eni-loutir dans labime. La couleur sanglante des nuées se reflétait dans la teinte rougeàtre de « cette mer qui semblait être de sang et paraissait bouillonner comme une chaudière sur un grand feu. Jamais on n'avait vu le ciel avec un aspect aussi effrayant ; il brûla un jour et une nuit connue une fournaise ». Pendant vingt-

quttii' heures, on resiiiru du l'eu. Des éclairs glol)Ulaires, dont la luliiuralion durait plusieurs secondes, se suivaient sans inh'ri'U|iliun : telle était l'ardeui' de li'iir loyer, qu'à tout inonient, malgré son accablement, l'Amiral se souh.'vait sur son lit jiour voir si ses mâts et ses voiles n'avaient pas été cm|iorlés. Et cependant là n'était pas tout le danger.

La foudre, amassée dans les liautcs couches dô l'atmosphère, se déchargeait à tout instant; le feu du ciel tombait souvent autour des caravelles, qui, séparées et cachées dans les mobiles gouffres de la mer, avaient cessé de s'apercevoir. Aux détonations rapprocliées de la foudre, chaque navire croyait réciproquement que l'autre tirait toute son artillerie pour demander du secours au moment où il s'engloutissait. Cette incandescence ne diminua point durant la nuit. La phosphorescence des vagues et les étincelles qui jaillissaient à chaque brisement de la mer entretenaient une lueur blafarde, pâlissant à toute minute devant la rapide illumination des éclairs.

Au milieu des désordres de la nature, la pluie tombait en larges gouttes et par averses impétueuses. La pluie finit par l'emporter : elle éteignit les foudres, mais précipita en torrents ses masses condensées. Elle tomba sans interruption « et si épaisse qu'il semblait qu'on la versât d'en haut à pleines cruchées ». Elle continua ainsi l'espace de huit jours. Pendant ce temps, l'eau du ciel ne cessa pas de tomber : « on ne peut appeler cela pleuvoir, c'était comme un autre déluge. Les équipages se trouvaient tellement harassés qu'ils

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souliailaii'iil la mori |niiu- (Mit drlivn's de tant de maux )). l'^xléiuié par les soiilVi'ani'o.s que lui occasionnaiciil CCS toiirmonlos ronlinueilcs, le Père Alexandi'C suceoml)a aux suiles de répuiseiuent. Ainsi, le \)vcmieraumônier (|iii ail |H'ii siii 1( )et'an, dans les faligucs de Taposlolal, lui au Fraiiriscain. Lrs i;l(ii-ii'usi's pn''miees d'une lelle nioi'l sendilaicnl h'gitiiueinenl dues à l'ordre Sérapliique.

Durant ces fureurs pélaL;i((U('s, une des caravelles fut emportée au loin. Elle avait réussi à jeter une ancre et à se maintenir ; mais un coup de vent enleva le ijrand canot des officiers; et, j)0ur ne pas périr, l'équipage dut à la hâte couper le câble. Pendant trois jours, elle se vit le jouet des vagues. .Vu milieu de ces convulsions de la nature, les marins souffraient du mal de mer. L'insomnie, la fatigue, la crainte avaient Uni par les jeter dans un morne abattement , « les navires avaient d(''ià pi'idii deux fois des clialoupes, des ancres, des amarres; ils étaient entr'ouverts et n'avaient plus dévoiles ». Le naufrage devenait l'inévi- (able conséipience de ce délabrement. Une seule chose a le (Iroil de surprendre : c'est que ces bâtiments, sur lesquels on ne se croyait pas en sûreté dans une mer traurpiille, résistassent si longtemps à une si étrange agitation.

Cependant, malgré les sévices de l'air et les grandes colères de l'Océan, après tant de dangers, le plus grand péril n'était pas venu; une nouvelle épreuve était réservée à ces infortunés.

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CHRISTOPHE COLOMB. ÔG

CjHRISTOPHE COLOMB

Le mardi 13 décembre 1502, pendani (\uo \ Aiinr;il agonisait dans son lit de douleurs, une clameur (U'ciiirante, partie de Tune des caravelles, fut presque aussitôt répétée par les autres. Ce cri de désespoir retentit jusqu'à l'àrue du niorihond. Il IVissonna et rouvrit h's yeux.

Quelque chose d'Iiorrihle se passait à portée du regard.

Sur un point de l'espace agité par un niouvciurnl giratoire, la mer, se gonllant de tous les Ilots (pi'elle attirait à ce centre, se soulevait comme une seule montagne, tandis que de noirs nuages, descendant en cône renversé, s'allongeaient vers le tourbillon marin qui se dressait palpitant à son approclic, comme clierchant à le joindre. (Jes deux monstruosités de la mer et de l'atmosphèi-e s'unirent tout à coup par un effroyable embrassement, cl se confondirent en forme d'X tournoyante. C'était, dit riiislorien de Saint-Domingue, « uni; de ces pompes ou trombes marines, que les gens de mer appellent fronks, que l'on connaissait alors si peu et qui ont depuis submergé tant de navires y>. Un âpre sifllement précédait l'haleine fatale qui poussait vers les caravelles cet épouvanlail, alors sans nom dans nos langues. Ce genre de trombe est la plus affreuse manifestation de cette tempête infernale à qui l'Orient donna le nom même de l'esprit du mal : typhon. Malheur aux navires qui se rencontrent sur son passage !

Au cri de détresse qui frappa son cœur, le grand homme s'était ranimé. Devant l'imminence de la des-

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