LIVRE OUATRIKMR — CHAPITRE III
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Iructinn, il so ivlève, reprend son ancienne vigueur e( soil (le sa cabini' aliii de mesurer (l'al)ord le |i('iil. Lui aussi api'n.'ul la eliosc loruiidalilt; ([iii apprix liail. La nier était soutirée v(>rs 1(! eiel. A ee plié'noMiéne inconnu, il ne vit |H)inl de len'édc : Tail ('lait inutih;, la navii^atiou iiii|iuissaiiti' ; d'aillciiis dii ne jiiiuvait plus liouverner.
Aussitôt Colomb, l'adorateur du Ycrhc, soupçonna dans eet ellVoyablc déploiement des forces brutales de la nature quelque manœuvre salani(|U('. Il ne pouvait conjurer les puissances de l'air d'après les rites de l'Eglise, craignant d'usurper sur le sacerdoce ; mais il se rappela qu'il (''tait chef d'une expi'dilion clir(''li('nne ; que son but était saint, et voulut, à sa manière, sommer l'esprit des ténèbres de lui livrer passage. Il fit allunKM' dans les fanaux des cierges bénits, arborer l'étendard royal de l'expiidition ; ceignit son épée pardessus le cordon de Saint-François ; ])rit en ses mains le livre des Evangiles, et debout en J\ice de la trombe qui s'approchait, lui notifia la suidime affirmation qui ouvre le récit du disciple bien-aimé, saint Jean, le fils adoptifde la Vierge.
S'efforçant de dominer de sa voix le bruit de la tempête, le Messager du Salut déclara au typhon qu'au commencement était le Verbe ; que le Verbe était en Dieu, et que le Verbe était Dieu. Que toutes choses ont été faites par lui ; et que rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui; qu'en lui était la vie, et que la vie était la lumière des hommes; que la lumière luit dans les ténèbres, et que les ténèbres ne l'ont point
comprise ; que le monde qui a clé fait par lui no Ta pas connu ; qu'il esl venu dans son propre bien, et que les siens no l'ont pas reçu; mais qu'il a donné à ceux q\ii croient on son nom, et ne sont nés ni du sang, ni de la cliair, ni de la volonté de l'homme, le pouvoir d'être faits enfants de Dieu; et que le Yeiuie s'est fait cuAm, et qu'il a habité parmi nous.
Alors, de par ce Verbe divin, noti'e Rédempteur, dont la parole calmait les vents et apaisait les Ilots, Christophe Coloirdj commande impérieusement à la trombe d'épargner ceux qui, faits enfants de Dieu, s'en vont porter la Croix aux extrémités des nations, et naviguent au nom trois fois saint do la Trinité. Puis, tirant son épée, plein d'une ardente foi, il trace dans l'air avec le tranchant de l'acier le signe de la Croix, et décrit autour de lui un corde acéré, comme s'il coupait réellement la tiombe. Et on effet, ô prodige ! la trombe qui marchait vers les caravelles, alliraul avec un noir bouillonnement les flots, parut poussée obliquement, passa entre les navires à demi noyés par le bouleversement des vagnes, s'éloigna rugissante, disloquée et s'alla perdre dans la tumultueuse immensité des plaines atlantiques.
ces fatigiiis, auxquels aiiruno ronslitution nn pourrait (■('■sislor, IlerreiM reiiarde ce calme comme un ade de \ miséricorde divine. Il dit positivement que Dieu II' leur accorda, alin di' les conserver à la vie. Celte honace leur donna un repos salutaire. Mais, pour réparer leurs forces, ils n'avaient que des vivres corrompus et insui'lisauts.
Malgré le calme de l'air, la sérénité ne reparaissait point dans le ciel. L'horizon restait morne. Un jour glauque glissait siu" la plaine verdàlre des (lots, que çà et là perçait le noir aileron d'an requin. Bientôt, comme s'ils fussent conviés à une proie certaine, ces tigres de l'Océan, ordinairement isolés, apparurent si nombreux autour des caravelles, que leur attroupement sembla aux matelots un funeste présage. Mais l'Amiral releva le courage de ses olliciers. Comme on manquait de vivres frais, ils firent amorcer les crocs avec des morceaux de viande corrompue ou même des lambeaux de drap rouge, et plus d'un de ces importuns rôdeurs y l'ut pris.
Quelque répugnante que fût la chair de ces monstres hideux, la faim y faisait trouver une grande ressource; car, après huit mois de mer et toutes les intempéries qu'elles avaient essuyées, leurs provisions en viande salée et fumée se trouvaient corrompues; leur farine, altérée par l'humidité, semblait remplie de vers. Leur biscuit était tellement couvert de moisis.sures; que l'équipage ne pouvait se décider à manger la soupe, « à cause de la uuillilude devers qui ensoi'taient et qui se cuisaient parmi ». Les uns
LIVKE OUATIUI'MK — ClIAPITRK IV
niaijgoait'iil on l'ernianl les ymix, pour que le cœuv se soulevai moins; les autres allendaient la nuit, afin de ne pas voii- l'infi'ct.'', nourrit ui'e à hupielle ils (''taient r.'duits. l/Aniiral, malgré ses ilnulems et sa maladie, « ne SI! Ii"aitail pas mieux que le dernier des matelots ».
Le samedi 17 décembre, ils parvinrent à gagner un port étroit et long, près du({url ils apereureul un \illage construit sur des arbres. Ces Indiens constiui- ^aient ainsi leurs demeures pour éviter les surprises nocturm.'s, étant en guerre avec des voisins. L'escadrille se reposa là trois jours entiers.
Le mardi, le vent paraissant favorable, ils ouvrirent leurs voiles rapiéeées et se mirent en mer. A peine avaient-ils pris le large, qu'un autre vent se leva furieux et les contraignit de se réfugier dans le havre voisin, pour y attendre le retour du beau temps. Séduits par les apparences, le quatrième jour ils partirent avec un bon vent; mais il changea au bout di' quelques lieues. Sa violence fut telle, qu'on n'y pul résister. .Malgré l'opiniâtreté des pilotes, qui se piquaient au jeu cette fois, il fallut se jeter dans une anse, où par bonheur ils trouvèrent un bon ancrage. Les charpentiers et les callats se mirent aussitôt à l'œuvre. Ils parvinrent à réparer le Galicien et à bourher quelques voies d'eau des autres caravelles. On se procura certaine quantité de maïs; on renou- V'Ma l'eau des barriques.
La nouvelle année trouva dans ce lieu les quatre caravelles.
CHlilRTOPHE COLOMB