‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 160 sur 208 · LIVRE OUATRIIÎIME —"CHAPITRE V,I · texte numérisé non relu

LIVRE OUATRIIÎIME —"CHAPITRE V,I

les vents contraires les poussèrent île nouveau au milieu di's bas-Coiuls des Jardins de la lieiiie, quoiqu'il eût tout cali'ulé pour les éviter. Liiupétuosilé de la mer le contraignit de rétrograder et de mettre à la cape. Li-s |)i'ovisions étaient presque épuisées. Il ne restait plus qu'un peu de bisruit, d'ail, d'huile, de vinaigre, et l'eau entrait de toutes parts. On était jour et nuit aux pompes.

Dans celte triste situation, une tomptîtc les assaillit.

L'.Vmiral perdit successivement, eu peu d'heures, trois ancres. A minuit, la caravelle Saint-Jacques de Palos vint donner si violennucnl sur la Copilane, qu'elle lui fracassa la poupe et s'enfonça le haut de l'avant. « C'est une merveille que toutes les lieux ne se soient pas mises en pièces. » La mer resta mauvaise pendant six jours ; au bout de ce temps, l'Amiral reprit sa roule. « J'avais déjà perdu, dit-il, tous mes agrès; mes navires étaient percés de trous plus qu'un rayon d'abeilles, et les équipages complètement démoralisés. » 11 arriva à Macaca, sur la cùle du Cuba, pour se reposer et se procurer quelques vivres. Delà, il s'efforça de gagner l'Espagnole; mais l'impulsion des courants et les vents le jetèrent bien au-dessous. L'eau entrait par tant de trous et d'ouvertures (pie, malgré le travail de trois pompes, des cuves, des baquets et des chaudières, on ne pouvait l'épuiser.

La tempête recommença.

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Le Saitit-Jacqiies de Palos fut obligé de se jeter aiissitùl dans un port. La Capllanc voulut tenir la mer malgré la tourmenle. Dans la nuit, l'eau montait si liant qu'elle fut sur le point de sombrer. « Ils ne savaient à quel saint se vouer. Leur force, leur industrie ne pouvaient vaincre l'eau, quoique l'on travaillât incessamment aux pompes. Déjà l'eau luonlail jusque sur le tillac, » l'Amiral le rapporte, « et mon navire était au moment de couler bas, lorsque \otre-Seigneur me conduisit miraculeusement à terre. »

Le ^rîjuin, au point du jour, la Capitane, bientôt suivie du Saint-Jacques de Palos, fut poussée, sur la côte nord de la Jamaïque, dans un port bien abrité, mais inhabité et prive même d'eau douce. C'était la veille de la fête de saint Jean-Baptiste. Les équipages la célébrèrent en suivant, l'orcémeut, l'exemple de ce prédicateur du jeiine.

Le lendemain, avec des périls et des fatigues inexprimables, on longea la côte en clierclianl un asile plus à l'est. L'Amiral reconnut vers le milieu de la partie nord de l'île le superbe havre qu'il avait aperçu lors de sa découverte de la Jamaïque, mouillage commode et sûr, entouré de sites ravissants et que dans son premier élan d'admiration il avait nommé le pori de la Sainte-Gloire : s.vnt.v oi.oria, parce que l'harmonie des œuvres du Verbe Créateur s'y déployait avec une indicible magnificence, et que son âme religieuse goûtait, dans les jouissances d'une telle contemplation, un bonheur dont le ravissement lui semblait comme ime ondire de celui des élus.

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