CHAPITRE Vli
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:s^ v macnificence du site, sa commodité,
^1?!^^ r;il)ondancc des vivres, les dispositions
.'ifuyiVy amicales des insulaires ne pouvaient
'ftï'^^ -.< toutefois tromper la clairvoyance de
;,|3^Ç•^^ l'Amiral. Il savait la mobilité'' d'esprit
'lïMjr- des sauvages et leur profonde dissimula-
fl lion. Ces peuplades, maintenant secourahles,
demain pouvaient être ennemies. Deux fois déjà, Co-
CHIUSTOPHE COLOMB
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lomb avait pu juger de leurs disposilions belliqueuses. Elles possédaii'ul d'importantes flottilles de canots. 11 li'ur r!ail Facile d'alTamer sur leui's i)onlons les naufi'agés, ou de les brûler avec leurs navires. Les équipages, exlrnués par les fatigues inexprimables de cette navigation, semblaient abandonnés de toute éneraie. On ne pouvait remettre à Ilot les caravelles ni en construire d'autres; il ne restait plus assez d'ouvriers pour l'entreprendre ; d'ailleurs tous les maîtres charpentiers avaient péri dans la funeste journée du 0 avril.
Christophe Colomb se trouvait ainsi naufragé sans tempête, n'étant ni en mer ni à terre, exposé aux dangers du rivage, privé des ressources des flots, livre à riunnobilité et à l'impuissance : position désolante, parce qu'elle était sans issue! Commi'Ut obtenir du secours? Par où et par qui faire savoir à la Reine sa découverte des mines d'or de Yéragua et l'existence d'une mer inexplorée, de l'autre côté du nouveau continent?
L'.\miral n'avait plus ni chaloupe ni embarcation qui pût tenter le voyage de la Jamaïque à l'Espagnole par soixante mi'lles d'une mer irritable et contre la Ibice des courants et des vents d'est, qui souvent obligent un navire parfaitement équipé à plus d'un mois de lutte constante. Il était triste, à cause de cette tosition quasi-humiliante pour le vainqueur de la mer TÉNÉBREUSE ; ti'iste, par sa longue privation des sacre-
F.IVKE UUATllIÈMK — Cil A l'ITIi K Vil
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ôlail indrlini, allait reculer encore la (li'livrancc des Lieux Saints, après laiimllc soupirait sa piété.
Dans lesperplexilcs de cette situation, et à tout événeinenl, il cerivil aux Rois catholiques le résumé de son exploration, demandant leur secours pour le tirer (le ce lieu, lui et ses équipages.
Que r.dIdMih ail pi'éparé un message, malgré l'iml)0ssil)ilité de le faiie jiarvenir, ceci doit paraître une chose singulière : aucun autre homme dans une telle position n'aurait eu celle idée ; car le moyen de le Iransmeltre n'était pas dans le naturel de l'humanité ; aussi, tout habitué (pi'élait Colomb aux bontés de sa liante .Majeslé, il disait, en éciivant sa lettre aux Rois, que, si elle leur parvenait, ce serait un miracle.
Ce fut, en effet, par un miracle qu'elle arriva dans leurs mains.
Celte lettre, longtemps oubliée, bien qu'on l'ait autrefois imprimée en Espagne, lit grand bruit dans les sociétés savantes il y a soixante-huit ans. Venise, Rassano, Pise, Florence, Gènes, Turin, Milan, Pavie, Rome et Paris s'en occupèrent. Le savant Morelli, bibliothécaire à Venise, la fit réimprimer, accompagnée de notes, sous le titre de Letteiu rarissima.
Cette lettre n'est pas moins remarquable sous le rapport di'S laits maritimes que sous celui des découvertes, et à cause des événements racontés que des observations recueillies. Elle tire surtout un intérêt
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(■'trango des critiriucs circonstances dans lesquelles Colomb récrivit cl de son mode d'envoi plus étonnant cncoi'c.
A la simplicité toujoius noble de l'Amiral s'ajoute ici nous ne savons cpioi de touchant et d'anlirpie, de supérieur cl de divin qui sendjlc la suprême conscci'ation de la vcriii par le malheur. Comme tous les écrits de Colomb, celui-ci porte le sceau de l'abondance et de la spontanéité ; seulemi;nl la puissance du génie s'y rehausse de la sublimité du chrétien au milieu des épreuves extrêmes. Pourtant le héraut de la Croix semljje n'y plus ('pancher sou amour di' la Création. Depuis qu'une plume élrai'gère, celle de son im|ilacable ennemi Fonseca, a été chargée de lui r(''jiondre, on dirait qu'il veut garder de toute prolaiiation la conlidence de ses vues passionnées de la Nature l't de son intarissable enthousiasme des beautés du Verbe. Un sentiment de découragement perce dans ses paroles, non pas au sujet de ses forces et du temps : l'homme de désir ne doute ni de la Providence ni de lui-même ; mais il devine que la santé de la Reine, consumée de chagrins, va livrer aux conseillers de Ferdinand les all'aires des Indes. En conséquence, il tait, voile ou abrège certains détails ; il a des réserves de cœur et d'épanchement religieux. Clicl' d'une entreprise cluéliennr, il sent que ses paroles seront jugées seulement d'après le monde, j)ar l'esprit du monde, avec les rigueurs de l'inimitié secrète et la défaveur des préventions publiques.
L'Aïuii'al rai'iHile d'abord les soullVances et les
lit.»
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LivaE quatrième;— chapitue vu
Iravcrsos inonïos de celte naviiiation. li aiinoiirc roxistenci' de l'Océan de laiilrc côté de la terre dé. coiiveile, sii^iiale les mines d'or de A'éragua et des coiilri'-es adjacentes; il s'étend particnlièreinent sur celle troii\ailli', ijuil sait èlic ruiiii|iie objet des dé'sirs du Roi, et tlit : « Je lais iiliis de cas de cette échelle et des iiiini's de cette leire ([ue de tout ce qui a été l'ait dans les Indes. »
Avant di' parler de hii-nièmi\ il s'occupe des besoins de SCS é({uipa!:es, de leur solde arriérée ; il appelle sur eux rintérèt des Uois et assure que jamais personne n'aura porté en Es])a5;ne de meilleuies nouvellr-s. Le d(''nù:iient di' ces lioinim's qui ont servi Cl souiïert lui rappelle que ceux qui ont déserté la colonie, fuyant le travail et calomniant son administration, avaient reçu des emplois; ce qui, dil-il, en soi est d'un làcheux exemple, (le manque de justice le ramène au manque de zèle pour la délivrance; du Saint ïoudteau, pensée constante de sa vie. Il semble par dii;nilé chrétienne ne pas vouloir reparler d'un projet déjà sacrifié par l'ambition de Ferdinand à d'incertains agrandissements en Italie. Celte alTaire, il ne l'appelle point par son nom ; il ne la nomme pas, tant elle est connue des Rois ; mais sa pensée, nourrie du jiain quotidien des saintes Ecritures, l'expose dans la forme d'une fi,uurc bibliijue. Il donne à la question des Lii.'ux Saints, attendant leur délivrance, l'image du Sauveur lui-même, allendant les bras ouverts, durant tout le jour, le peuple incrédule.
Disons en passant que cette magnifique image, évi-
CHIIISTOPHE CO:.riMn. (il
déminent inspirée du prince proplièle îsaïe, est restée inapereue par les ijiograplics de Colunilj. Ancun d'eux n'en a compris le sens. Pas même en Italie les savants éditeurs el traducteurs de la Lkttkii.v uarissima ne se soûl doutés de sa sigiiilication ; |)as plus les uns (pie les autres n'onlreconnu (juelle était cette ailaire si importante qui, les bras ouverts, appelant en vain à elle, toujours attendait.
A la suite de cette idée qu'il voudrait, pour l'honneur d'elle-même, ne plus exposer aux iVciids (h'^dains ou aux éternels ajournements de la Cour, le lîévélaleiii' du Globe, voyant bien qu'il lui faudra di'livrer avec ses seules ressources le Saint Sépulcre, sans l'ajipui de Ferdinand, demande ce qui lui est dû, comme la part de Dieu même. Il dit aux Rois : « 11 est juste de donner à Dieu ce qui est à lui ; » coumie si sa part était celle de rËglisc. 11 réclame la restitution de ses biens cl de ses honneurs, le cliàtiment de ceux qui l'ont volé et calomnié. Kn agissant ainsi, dit-il, « Vos Altesses monlrei'ont une très-grande vertu et laisseront à l'Espagne un grand exeuqile cl une mémoire glorieuse, connue princes justes et reconnaissants. »
(Jvoique sa raison, son équité ne soient pas moins révoltées que son cœur de la manière dont on a récompense ses services, ni réticences amères, ni vengeresses ironies ne se font entrevoir dans sa plainte ; il s'excuse même d'avoir réveillé des souvenirs qu'il ev'it V((ulu ensevelir dans le silence. .Mais l'énormitéde 'injustice, l'excès de ringralitude commises contre