‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 165 sur 208 · LIVRE UtJATIlIÈME — CIIAPITRI': VllI · texte numérisé non relu

LIVRE UtJATIlIÈME — CIIAPITRI': VllI

navii'i's, iliiiil imus iivcuis l';\il des iiiaismis de |i;ullr, ils lioiiiToiil raiili'iiii'iil, (11' la li'ifi', \ nirlln' le l'i'U cl nous iiiùliT liMis. I/aiTaiiL;i'iiii'nl (|iir vous ave/ l'ail avec iMi\, [luiir (|u'ils nous aiiporli'iiL dus vivres, pcul hiciilùl lie |ihis leur coiivoiiir, cl il ne sérail i)as surpi/iiaiil que demain ils m; nous apiiorlassent plus l'ien : or nous ne sonnncs pas en posiliou île prendre ces vivres de vive loree, cl nous aurons à en passer par où ils voudront. J'ai pensé à un moyen pour nous lirer d'end)arras, si vous le trouvez bon : ce sérail ([ue ([ueliprun s'aveuluràl sur le cauol (|Ui' vous avez aciiele' jiour se ri'iidre à l'ili' MspaLiuoli' el s'v pi'oeui'er un navire, avee leipiel nous [missions sorlir de la siUialion périlleuse dans laquelle nous nous trouvons. Dites-moi votre opinion. »

Diego .Mendi'z n'poudil : « Seii;nour, je* vois parl'ailemenl le danger qui nous menace, el il est plus graïul qu'on ne saurait l'imaginer. Je considère le projet di' passer de celte lie dans l'ile Espagnole avee un hàlinii'Ul aussi pclit que ce canot non-.;eulenicnl connii'' fort diriicile, mais encore comme impossible, |iarce ([ue je ne connais pi'rsonne qui ose se basarder à couiir le risque si patent de traverser un goH'e de quarante 'ieues entre des îles où la mer est si impétueuse. »

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Il y eut un instant de silence.

Ilolondi ne répiiipia poini, car il n'y a\ail rii'U à objecter. Il ne s'agissail jikis de raisonueuienl, mais de sacrilice. Son rc"ard, son alliludi' disaient assez à son écuyer que c'élail à lui, bomme de loi et de eou-

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rni,'C, qui avait épi'oiivc la bonli'' de Dieu, de s'ollVir d nouveau pour le salul commun.

Diego Mondez comprit ce muet langage de la pensée et répondit : « Seigneur, j'ai hasardé plusieurs fois ma vie pour sauver la vôtre et colle de toutes les personnes qui sont avec vous, et Dieu m'a miraculeusement sauvé. Malgré ma conduite, il n'a pas manqué di' médisants qui aient dit que vous me contiez toujours toutes les choses où il y a de l'honneur à acquérir, lorsque parmi nous il y en avait d'autres (jui les exécuteraient aussi bien que moi. Par ce motif, il me parait convenable (pie Voire Seigneurie les fasse appeler tous, leur propose cette entreprise, pour voir si parmi eux il se trouve quelqu'un qui veuille s'en charger, ce dont je doute ; et si tous refusent, je hasarderai ma vie pour votre service, ainsi que je l'ai déjà fait plusieurs fois. »

Dès le lendemain, tous les olTiciers furent réunis au conseil. Ils élaieul assis en demi-cercle autour de l'Amiral, qui exposa la situation et proposa d'envoyer un canot à llispaniola. Au premier instant ils furent muets de surprise. Ensuite quelques-uns représentèrent qu'une pareille proposition était sans issue, puiscjue tenter une telle traversée était impossible.

Alors Diego Mondez se lova cl dit :

^1 Seigneur, je n'ai qu'une seule vie, et je vmix la hasarder pour le service de Votre Seigneurie el iinur le bien de tous ceux qui sont ici, jiarce que j'espère que Dieu Notre-Seigneur, en voyant l'inteiilion qui me

LlVllH UUATKIKME — CIIAIMÏRE VIII

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ilirijii', nie sauvera coinnu' il l'a drjà l'ail laiit de lois. »

I/Amiral, ayaiil cnti'ndii relie résolution, qnilta son sii-yi', alliia à lui le iiolile Dieuo Mi'iidez, l'enilirassa saiiilement, avec une artectiiiMise admiration, le haisa sur li's joues, el dit Idul haut : « Je savais bien (lu'il n'y aurait que vous ici (jui osassiez vous cliariier d'une telle enti'e|irise. » .\\)VÎ's la juste satisfaction donnée à l'oflii-ii'r, s'adressant au chr(''lii'n, il ajouta avec cette liuissaucc di' foi, secret de sa i^randeiii' : « J'ai la t'cnne ronliauri'fjuel'ii'u .Xulre-Seigncur \(nis l'erasurmontiT les dangers qui vous menacent, comme il l'a fait dans il'aulrcs occasions. »

Bien qu'il comptai sur la bonté divine, Diego Mendcz ne négligeait aucune pn'-caution de la [irudencebmnaine. Il lit tirer à sec son canot sur le rivage, le retourna, y ajusta une quille et un petit mât, en ponla l'avant et l'arrière avec de solides planclies, le calfata soigneusement, le lit passer au suif el au goudron, prit des vivres i)oiu' huit personnes, et ayant reçu les dépèclics de l'Amiral et ses pieuses exhortations, il mil en mer avec six rameurs indiens el un Espagnol que tenta son audace.

Avant d'arriver à la pointe orientale de File, il fallait longer trenle-cin(j lieues de côtes, braver les coups de veut de terre, l'impétuosité des courants, affronter même des périls inconnus. Il fut surpris par une llottillc de pirates indiens, qui se saisirent de lui. Mais, rai'onte-l-il, '< Dieu me délivra miraculeusement x. Sans se laisser intimider par ce genre d'accidents, qui

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n'i'lail |)as {MiIii'; dans le calcul do ses prévisions, il continua sa route et atteii^nit enlin rexliémiléde rile.

Avec confiance, l'envoyé de Colomb attendait là que la mer, alors agitée, se calmât poui' entreprendre la traversée, lorsque les Indiens du voisin.ige complotèrent de le massacrer et de s'enqiarer de son canot avec son contenu. Ttéjà ils l'avaient saisi, entraîné dans les terres à trois lieues et jouaient sa mort à une partie de paume. Les joueurs qui auraient }ii'rdu la partie devaient se charger de l'assassinat. Dieu ])erniit que Diego Mendez comjirît leur lu'ojet, réussît à tromper leur surveillance, à s'échapper, à reconnaître sa roule et à retrouver son canot. Le vent était propice ; ouvrant la voile, l'intrépide capitaine revint au port de Santa Gloria, rapportant sauves ses dépèches à l'Amiral. « Je lui racontai, dit-il, de quelle manière Dieu m'avait délivré des mains de ces sauvages. Sa Seigneurie eut une grande joie de mon retour. Elle me demanda si je reprendrais mon voyage. i> Diego Mendez répondit qu'il allait se remettre en route, pourvu qu'un détachement bien armé l'escortât jusqu'à ce qu'il eût pu s'(''loigner de la pointe orientale de l'île nommée Aomaquique. L'Amiral mit à sa disposition soixante-dix hommes sous les ordres de l'Adelantado, qui devait rester avec lui à la pointe Aomaquique jus qu'à ce qu'il en lu! parti, et y stationner encore pendant trois jours après son départ.

Ce courage excita une noble émulation. Le capitaine de la Bmcith'iDu', iiai-ihélemy Fieschi, de race illustre et admirateur de Colund>, bien qu'il lût son

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