LIVRE QUATIUÈME — CIIAPITIIE VIII
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tidii ((lie (li's irpruiiaudi's. >i Loin (Ji> se iiionlici' tmirlii's il'uiii' iiKliilgenrc si iialiTiiellc, li-s deux Porras ii'Sdluii'nt de conqiii''iii' iiiio Inillantc position, aux di'iKMis de riionneur et de la vie uièmc de leur hicnliuli'ui-. lis connilaienl sur l'impunité, à cause de leur sii'iii-, alors réputée la plus grande beauté de Séville.
Les frères Porras attirèrent aisément à eux des Mialelols et des novices de Séville, qui se trouvaicnl tlallés d'entrer en rapport avec des gentillionnnes de Vi cili' natale. Corps robuste, esprit grossier, l'cx-inalc- )(il Pedro de Ledesnia, aussi de Séville, oubliant la liante prouiolion qu'il devait à l'Amiral, se mit do leur paiti. Le pilote major, natif de Cadix, mais aiTdié aux gens de Séville, Juan Sancbcz, qui avait laissé échappiT II' (Juiiiiaii jilacé sous ta garde, après avoir n''pondu avec tant de iiinfaronnade, mécontent de lui-même, ei'oyant réparer cet échec par un crime, s'associa au C('m]ilot. Sauf ces deux officiers, ils n'ébranlèrent aiiiun (1rs iiiiMiilires de ['('lal-maiiu', mais uatrnèrent (I uis la maislraui'c et parmi les matelots ce qu'il y avai! de plus robuste et de plus bardi : le maître tonnelier de Séville, Juan Noya; le maître armurier de Séville, Juan Darba, ferrailleur effronté, Gonzalo Gallego et François Cordolia, (|ui furent déserteurs; Andii'-s et plusieurs autres, tous du port de Séville ou des alentours. Ce complot, exclusivement composé de gens de Séville, s'ourdit lentement.
La di'sertion en masse fui ii'solue. Toutefois, comme on ne pouvait l'effectuer sans canots, sans armes, sans oliji'ts d'écbange, et qu'évidemment ces choses ne
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s'dltliendraienl que par la force ouverte, c'est-à-dire un rombat contn; les gens de l'Amiral, on convint d'attendre l'expiration de l'année; et si aucune nouvelle n'était arrivée à cette époque, dès le i2 janvier, on s'emparerait des choses nécessaires d l'un jiarlirait pour nispaniola.
Cependant Coloiuli, fort occupé des malades, pli'in de sollicitude pour tous ces hommes (pi'il avail ronduits à la recherche du Détroil, était lui-même accahli' de souffrances physiques. Ses douleui's articulaires le retenaient cloué dans son lit, comme perclus. IJahiliu'' à soufî'rir, exercé dès longtemiis à la n'signalion, il ne montrait aucune impatience. Un pressentiment secret l'assurait que Diego Mendez était arrivé heureusement. D'ailleurs sa soumission à la volonté divine, son parfait acquiescement éloignaient de lui les violentes pensées et les secrètes irritalions dont étaient agiles un grand nombre de ses marins.
L'Amiral avait plusieurs fois réuni en conseil tous ses officiers pour leur demander s'ils trouvaient quel(|ue moyen d'améliorer la silualion. QuanI à lui, n'en voyant i)oint, son avis était d'attendre avec constance etconliance, malgré le long temps déjà écoiih'. Dansées conseils, les deux Porras n'avaient rien eu à objecter; presque tous les officiers partageaient l'avis de leur chef.
On était arrivé à l'année lâOi.
L'Amiral avait offert à Dieu tous les jours de l'année qui s'ouvrait.
LIVUK OUATIUftME — GHAPIïUK Vlll
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Le lendemain 2 janvier, époque fixée par les rebelles, ils prirent les armes. François de Porras ouvrit impudiMiiment la rabine do TAniiral, que ses douleurs liMiaii'ul iiniiKiliili' dans son lit, et, d'un Ion provoca- Ifur, lui dil : « il [larail. Amiral, que Votre Soiijneurie ne coippte pas retourner sitôt en Caslille, et qu'elle a résdiu di' nous faire périr ici. » fj; (Irbul siiipril (loloMib, suivant sa pittoresque ima;;'e, « autant que si les rayons du soleil avaient produit des ténèbres ». En entendant ces insolentes paroles, l'Amiral se douta aussitôt de tout ce (|ui ]ioii\ait èlre arrivi'; cl il lui répondit, avec une niodéralion pleine de courtoisie, qu'il devait bien voir l'impossibilité de passera Hispaùiola sans avoir des navires; que, dans la gravité des conjonctures, il n'avait jamais rien voulu décider sans prendre l'avis de ses officiers; qu'il les avait réunis plusieurs Ibis pour délibérer à ce sujet; que s'il venait de trouver quelque expédient, il serait charmé de convoquer, tout exprès, le conseil et de lui communiquer sa iiroposition.
Là-dessus, François de Porras répondit d'un ton laillrur, cruellement ag'i;ravé par l'insolence du geste, ([u'il n'était pas besoin de tant de discours, et qu'il eût à s'embarquer sur l'heure, sinon qu'il restât à la garde de Dieu; puis il lui tourna le dos. « Ji' m'en vais en Caslille : qui m'aime me suive, » criait-il à ces conv paillotes de Séville qui s'étaient approchés. Tous s'écrièrent: Moi! imii! ce sera moi! Et en même [l'iiips ils se n''|ianilii-.'nt sur Idus les points du baraipii'iiieiil. f';iiiiiiiiii'r Jnan liariia osa lirer son sabre, III ■iiiciiit les iv'us de l'Ainiial. i>es marins de Séville
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pillèrc.nl le magasin d'armes, où étaient rangés les olijels crédiange ; ils prirent les marchandises, les ustensiles à leur couvenance , en criant : Castille! Castille! tanilis que d'autres, excités par les Porras, (liaient : « (ju'ils meurent ! (pi'ils meurent! » et que les esprits indécis s'écriaieul : « Seigneur Amiral, que lerons-uous ? »
Au milieu de cette horrible confusion, l'Amiral, tout peiclus qu'il était, essaya de sortir de son lit; tuudja, se releva el retomba encore; mais il persista cependant à vouloir sortir de sa cabine et à se porter sur le champ du tumulle. Son jeune fds, ses officiers, ses éeuyers le prirent dans leurs bras et le remirent dans son lit. Pendant ce temps, l'Adelantado, qui avait saisi une hallebarde, s'était posté près de la pompe pour interdire aux rebelles l'approche du château d'arrière. Les officiers et les serviteurs dévoués de Colomb l'entraînèrent dans la cabine de l'Auiiral, et ils obligèrent les frères Porras à se retirer, en leur repi-ésenlanl que, puisqu'on les laissait faire et prendre ce qu'ils voulaient, il serait prudent à eux de se retirer avant d'être cause de la mort de l'Airiiral, ce dont assurément ils seraient sévèrement châtiés eu Castille par la justice de la reine.
Les rebelles partirent en poussant des cris de triomphe. Le succès grossit leur bande : c'était à qui ramasserait proinplement ses bardes et obtiendrait une place dans les canots. La troupe de Porras se monta à (puirante-huit hommes. 11 ne resta auprès dr l'Amiral que les officiers les plus dévoués, ses servi-
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